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GUINEE : la presse privée, bouclier de tous les temps !

De tout temps, la presse a su se fabriquer un lectorat spécifique en fonction des centres d’intérêts des différents usagers de l’information. Et de ce fait, l’espace médiatique a toujours connu des chamboulements au gré des époques et des tendances. En 1665 en France, “le journal des savants”, périodique qui contenait des extraits de livres nouvellement parus, détaillant notamment les découvertes et les nouveautés dans le domaine de l’art et de la science, a servi à forger l’opinion publique. Ensuite, au début du 20ème siècle, “Le Petit Journal” a eu le mérite d’être le plus grand journal à avoir résisté aux nouvelles concurrences de l’entre-deux-guerres. 

Il en est ainsi de la presse écrite en Guinée – je parle ici de la presse papier, bien différente de la presse en ligne. La presse papier a été dans un passé récent le fil d’Ariane d’une pluralité médiatique et politique, en servant de relais à l’opposition (en partie devenue majorité) dans un climat où l’opinion était le seul apanage des médias d’État aux ordres du général-président Lansana Conté.

Entre 1984 et 2008, qui n’a pas souri des titres moqueurs et de la prose satirique du très dérangeant « Lynx », qui s’offrait le luxe et l’audace d’apostropher le Général Conté au meilleur de sa forme, ou bien encore de “L’Indépendant”, qui faisait sien le combat de l’opposant Alpha Condé. Ils ont connu leur temps de gloire, ces journaux dont le gros du lectorat provenait de la minorité intellectuelle et des cadres de l’administration publique. Ces derniers servaient d’éclaireurs à la masse militante qui, elle, ne savait ni lire, ni écrire. Même s’ils consacraient quelques colonnes aux faits divers et aux affaires de mœurs, ces journaux étaient pour ceux qui savaient lire et critiquer.

A la faveur de la libéralisation des ondes en 2006, les radios privées ont progressivement ravi la vedette aux journaux et ont vaillamment mené en 2007, avec les syndicats, la fronde sociale qui a pour la première fois poussé le Général Conté à la capitulation.

Le capitaine Dadis a lui aussi eu maille à partir avec les médias quand il a voulu entraver la transition après une vingtaine d’années de régime militaire, devenant ainsi la bête noire des journalistes de la presse privée et des médias sociaux.

Que serait l’état de la démocratie en Guinée si la presse privée n’existait pas ?  Combien de scandales ont été dénoncés dans la presse ?
A maintes reprises, comme c’est le cas actuellement, les hommes de médias ont porté la contradiction face un pouvoir marqué par un fort paternalisme présidentiel qui trouve des relais dans les sphères familiale et cultuelle, fragilisant ainsi le droit à la critique et sapant les bases du débat démocratique.

Cependant, la presse est confrontée à plusieurs défis relatifs à sa formation et à sa spécialisation, les journalistes consacrant plus de pages à des articles publicitaires ou de commande que de mener un vrai travail journalistique basé sur la critique. Malgré ces insuffisances, les médias privés de Guinée incarnent le glaive de la pluralité d’opinions. D’où l’impérieuse nécessité de polir le secteur pour qu’ils servent encore et pour toujours de police de la logique contradictoire.

Le faux procès intenté à la presse privée de Guinée est éloquemment interrogé dans les mots du Prix Nobel de Littérature Wole Soyinka : “on dit des Africains qu’ils ne sont pas prêts pour la démocratie, alors je m’interroge : ont-ils jamais été prêts pour la dictature ?

Kabinet Fofana

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