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Dr. ALSENY CAMARA : bientôt, « l’enseignement dans les langues nationales »

Dans le cadre des réformes annoncées dans le secteur de l’éducation en Guinée, il est envisagé l’enseignement dans les langues nationales. Jugée performante d’un point de vue pédagogique, l’approche devrait également aider à promouvoir les langues nationales, patrimoine culturel et sociétal en vue de disparition. Pour en parler, notre reporter est allé  à la rencontre de Dr. Alseny Camara, directeur national de l’Alphabétisation. Et de l’entretien avec lui, il ressort que la phase pilote de la réforme est si avancée qu’elle pourrait commencer à l’ouverture prochaine. Dix écoles de la région de Kindia sont déjà identifiées à cet effet.

Vous avez annoncé l’instauration des langues nationales à l’occasion de la Journée internationale des langues maternelle, à quand peut-on s’attendre à son effectivité?

Ce dont il s’agit aujourd’hui, est un projet expérimental avec l’appui de certains partenaires comme l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et l’Agence française de développement (AFD). Ces agences nous accompagnent aujourd’hui pour qu’on expérimente l’enseignement des langues nationales, c’est à dire le bilinguisme.

En principe, cela va commencer à l’ouverture prochaine, si toutes les conditions sont réunies. Il  y aura le Français et le Soussou de la première à la troisième année pour le moment. Lorsqu’on aura fait l’évaluation, nous allons continuer dans les autres langues nationales si l’évaluation se révèle concluante. Mais il faut des investissements en amont. Lorsque vous expérimentez une langue, il faut investir dans la formation des enseignants, il faut introduire la pédagogie bilingue, il faut faire des supports pédagogiques, donc il y a beaucoup de contraintes. D’autres pays l’ont déjà fait. Ils sont huit à le faire, mais chacun a commencé par une langue nationale. Aujourd’hui, certains pays ont fait extension à 4 langues ou 5 langues nationales.

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Dans un premier temps, nous voulons commencer à l’élémentaire, puisqu’il y a une importante étude qui dit que quand l’enfant commence l’enseignement dans sa langue maternelle, il lui est plus facile de poursuivre l’apprentissage dans les autres langues. Et, vous conviendrez avec moi que l’Afrique aujourd’hui est le seul continent où l’enfant commence l’enseignement dans une langue étrangère.

Comment comptez-vous vous y prendre ?

Chez nous, il y a huit langues qui ont été homologuées depuis la première République. Donc, l’enseignement des langues nationales n’est pas une première en Guinée. Au temps de la première République, ça a été systématisé. On enseignait les langues nationales pendant tout le primaire et le secondaire. C’est quand il a été décidé de faire le brevet en langues nationales qu’il y a eu changement de régime.

Aujourd’hui, le plan d’action national pour la mise en œuvre est déjà disponible. Il est validé. Et ce plan d’action comporte 100 activités et 5 objectifs principaux avec une enveloppe financière que l’OIF va prendre en charge en partie. On attend que la convention soit signée par l’OIF et le gouvernement guinéen. La part de l’OIF est garantie. Aussi, d’autres partenaires comme l’UNICEF et la banque mondiale se sont engagés à nous accompagner. Nous les attendons.

 Quels sont les enjeux de l’enseignement en langue nationale?

D’abord, je vais vous dire que l’article 1 de la constitution stipule que nous devons promouvoir nos langues de cultures, c’est extrêmement important.

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Pour l’introduire dans le cursus scolaire, en 1ère année par exemple, on prendra une certaine proportion en langue  nationale.  Exemple : on enseigne jusqu’à un certain pourcentage en Soussou (parler et écrire), et au dernier trimestre, le Français va être introduit, mais en parlé. En 2ème année également, ce sera une proportion de Soussou. La langue nationale ira en décroissant, au fur et à mesure qu’on introduira le Français jusqu’en troisième année. Donc, en 3ème année le français sera écrit et parlé ainsi que les langues nationales et on procédera à l’évaluation.

Pour cela, il y a déjà 10 classes expérimentales qui sont retenues à Kindia, donc tout va se dérouler là-bas. L’évaluation va être nationale et internationale, pour qu’on se rende effectivement compte de l’impact que cela a donné.

Ne pensez-vous pas que cela pourrait affaiblir le niveau des élèves en Français?

Non! Allez dans les écoles aujourd’hui, vous vous rendrez compte qu’ils font du bilinguisme. Parce que la plupart des maîtres et maîtresses du primaire, parlent déjà Soussou ou d’autres langues nationales avec le Français et ce n’est pas interdit. Parce que, le bilinguisme est une porte d’entrée pour les enfants.

Aujourd’hui on n’enseigne qu’en Français, mais on constate que le niveau de l’enseignement, surtout en Français, ne fait que baisser et ce n’est pas qu’en Guinée seulement. Donc tous les pays qui ont pratiqué cette méthode se sont rendu compte que ça n’a aucune influence sur le niveau de l’enseignement en  Français.  Au contraire ça améliore l’apprentissage.

Ce retour aux langues nationales, n’est-ce pas un clin d’œil au premier régime?

Vous savez, l’essentiel des cadres aujourd’hui au sommet de l’Etat, ont été formés pendant le premier régime. Et il est reconnu et prouvé que ce sont d’excellents cadres.

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Les politiques éducatives évoluent. Plusieurs années après, ceux qui viendront vont  certainement faire des réformes.  C’est comme ça la procédure : vous dépassez une étape, vous atteignez une autre étape, vous tirez les leçons, les points faibles et les points forts, et vous continuez.

Quand vous sortez  de la Guinée, vous rencontrez les autres pays qui vous diront que c’est la Guinée qui a commencé tout ça.  Ils venaient apprendre ici, mais  aujourd’hui, ils nous dépassent tous. Nous sommes obligés d’aller dans ces pays pour apprendre.

Propos recueillis par Hawa Bah

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