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LEDJELY INTERVIEW : Diallo Souleymane, correspondant de RSF

En Guinée, les autorités ont très mal pris le classement du pays dans le rapport que Reporters sans frontières a publié à la veille de la journée internationale de la liberté de la presse. D’ailleurs, à l’occasion de cette journée, le président de la République, effectuant le déplacement à la Maison de la presse, s’en est pris aux journalistes guinéens qui fournissent des renseignements à RSF de manière à écorner l’image de la Guinée. Correspondant de l’ONG et patron et fondateur du groupe de presse Lynx/Lance, Diallo Souleymane se sentant personnellement visé par le chef de l’Etat a notamment fait une sortie chez nos confrères d’Espace FM. Aussi, notre rédaction a obtenu de lui une interview dans laquelle il revient de long en large sur cette controverse et donne les raisons de la ‘’dégringolade’’ du pays.

Le classement que Reporters sans frontières (RSF) a attribué à la Guinée dans son dernier classement des pays suscite beaucoup de controverse en Guinée. Peut-on connaître le mécanisme par lequel passe l’ONG pour procéder  ce classement?

‘’Reporters sans frontières’’ (RSF) a un correspondant dans chacun des pays du monde. Il y autant de correspondants que de pays. A ce titre-là, le correspondant est responsable du classement, entre autres. Mais, ce n’est pas seulement lui qui fait le classement. C’est un questionnaire à peu près d’une soixantaine de critères qui est utilisé. Ces critères couvrent l’ensemble du paysage médiatique. En ce moment-là, le correspondant répond au questionnaire et le questionnaire est remis à d’autres Guinéens, dans le cas d’espèce, qui peuvent être de la presse ou pas. Et le choix de ces personnes revient à RSF. Les critères sur lesquels ils se basent sont notamment: Est-ce que les journalistes sont en sécurité ? Est-ce qu’ils sont libres de chercher l’information ? Quelle facilité ils ont de recueillir l’information ? Quelles facilités on leur accorde pour développer leurs médias ? Est-ce qu’il y a des obstructions ? Quelles difficultés, ils ont pour reproduire leurs informations de manière à rendre celles-ci accessibles au public ? Qu’est-ce qu’on fait de l’information dans la presse, vérifiée ou non vérifiée ? Qu’est-ce qu’on fait de quelqu’un qui n’a pas vérifié son information jusqu’au bout ? Il y a une foultitude de questions et ça couvre l’ensemble du domaine de la presse.

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Alors, à l’occasion de la célébration,  le 3 mai dernier, de la journée internationale de la liberté de la presse, le président Alpha Condé a particulièrement accusé des journalistes guinéens d’avoir aidé Reporters Sans Frontières à écorner l’image de la Guinée, en la classant 104ème sur 180 pays. Pourquoi vous êtes-vous senti personnellement ciblé par cette accusation ? 

C’est de bonne guerre, l’accusation était adressée à moi. Je n’étais pas en Guinée, mais j’étais directement visé par l’accusation. Donc, je ne pouvais pas rester tranquille, et je n’ai pas répondu au nom de RSF. J’ai répondu au nom de mon propre droit à l’expression pour lequel je me suis battu toute ma vie. Il fallait que je m’exprime sur le problème. C’est un problème national donc, j’ai senti la nécessité de m’exprimer là-dessus, je me suis exprimé. Le président de la république a cloué les journalistes au pilori, il a cloué Reporters sans frontières au pilori. Alors que le public lui-même sait pourquoi la Guinée a dégringolé. Il faut d’ailleurs retenir qu’elle a très peu dégringolé, parce qu’il y a des mesures d’amortissement dont elle a bénéficié. C’est pour cela que la dégringolade n’a pas été totale.

Votre réaction, vous l’avez faite notamment chez nos confrères d’Espace FM. Là, on vous a senti très affecté. Pourquoi l’accusation du président vous a-t-elle fait si mal ?

Vous imaginez, il a demandé aux journalistes s’ils ont cherché à répondre RSF ? Est-ce qu’ils ont cherché le complice par l’action duquel Reporters sans frontières a effectué le classement ? Je dis devant lui et devant tout le monde qu’il n’y a pas de complice, parce qu’il n’y a pas de faute. Il s’agit de classer un pays le plus objectivement possible, et c’est ce que j’ai fait, et j’en suis fier. Il n’y a pas de complice, il n’y a pas de faute. S’il y a faute ? Il faut la rechercher vers ceux qui provoquent la dégringolade de la Guinée.

Plus haut, vous avez dit que même le public sait pourquoi la Guinée a dégringolé. Nous aimerions cependant qu’à l’intention de nos lecteurs que vous reveniez sur les éléments qui ont fait perdre trois places à la Guinée ?

Même les non journalistes savent pourquoi la Guinée a reculé. On a passé toute l’année à tabasser les journalistes, à les insulter, à les emprisonner, des gardes-à-vue de jours et des jours, ça ce n’est pas prévu par la loi. La Guinée a décriminalisé les délits de presse avant l’arrivée de Monsieur Alpha Condé. Donc, que la Haute autorité de la communication (HAC) et Alpha disent qu’aucun journaliste n’a été en prison, c’est une aberration, c’est une insulte à la loi, parce que la loi leur interdit d’envoyer un journaliste en prison pour ce qu’il écrit. On le punit par d’autres moyens (des amendes par exemple) parce que ce n’est pas un simple citoyen. C’est aussi quelqu’un qui fait des fautes, c’est un être humain, il n’y a pas de prison pour lui. Donc, c’est dommage qu’on s’agrippe à un point qui ne devrait pas l’être.

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Plus globalement, quels sont les défis de la presse guinéenne d’aujourd’hui ?

C’est la pauvreté, le manque de formation et la conception du pouvoir actuel vis-à-vis des médias. Le pouvoir actuel a l’impression qu’il n’y a de médias que ceux qui sont sous sa coupe, mais ce n’est pas vrai. Les journalistes ne vont jamais accepter cela. Parce que c’est renier leur liberté, leur façon de faire, renier leurs profession. Je pense que ce n’est pas acceptable pour un pays comme la Guinée. Il faut qu’existe la presse guinéenne, il faut qu’elle se développe, il qu’elle vive de la sueur de son front, et tel n’est pas le cas, on nous transforme en mendiant et malheureusement nous l’acceptons aussi, et ce n’est pas sérieux.

Propos recueillis par Ibrahima Kindi BARRY

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