Politique

GUINEE : où est passé Ali Manet ?

De la lutte estudiantine, en passant par les batailles dans les couloirs de la politique jusqu’au  débat au sommet de l’Etat…le parcours d’Ali Manet est révélateur des ambitions et de la persévérance qui font défaut chez bon nombre de jeunes guinéens. Autant que faire se peut, il a joué sa partition à tous les niveaux.

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L’homme affable, à la stature imposante, aux verves faciles et aux allures de combattant, s’est invité dans la vie politique guinéenne dans les années 1990, le visage recouvert d’un masque de révolté. A l’époque étudiant à l’université Julius Nyéréré  de Kankan, Ali Manet  participe à la création de l’Association des jeunes révolutionnaires (AJR) dont il devient le président. Objectif : changer le ‘’monde’’. Dans la foulée, il décide de passer de l’ombre à la lumière de l’action politique. Et le parti politique qui répondra à ses aspirations a été le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), présidé par le Pr Alpha Condé, en qui il voit un leader modèle. Des années durant, l’homme œuvre aux côtés des cadres de cette formation, tantôt pour distribuer des tracts, tantôt pour haranguer les foules en vue d’ancrer l’esprit de l’alternance politique dans le pays.

Au lendemain de la présidentielle de 1998, le leader du RPG, Pr Alpha Condé est arrêté et emprisonné à la maison centrale. Ali Manet y voit une manigance politicienne avec pour objectif inavoué de nuire son idole. Ancré dans ses convictions et mu par une détermination à toute épreuve, l’idée qui lui traverse la tête et qu’il partagea autour de lui fut la création d’un front composé de jeunes vaillants, prêts à aller au charbon. Ainsi, lors d’une réunion tenue dans la cour du leader du RPG sise à Mafanco, Ali Manet et ses collègues, notamment M’Bany Sangaré qui fut Secrétaire général du ministère de la jeunesse, s’inscrivent dans la dynamique de la création du Mouvement des jeunes partisans du changement (MOJEPAC), avec pour priorité l’exigence de la libération d’Alpha Condé.

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Quitte à verser dans la radicalité,  le MOJEPAC, dans ses différentes déclarations, prônait le changement du régime Conté. Lors d’une interview qu’il accorda à RFI, Ali Manet déclara : « La Guinée a à manger et à boire pour tout le monde. Elle n’a besoin que d’une seule chose : l’alternance politique vaille que vaille. » La multiplication de ce type de prise de position par voie de presse notamment sur les quelques sites traitant de l’information guinéenne à l’époque,  a provoqué, au fil du temps, des adhésions aussi bien en Guinée qu’à l’étranger. Si fait qu’en 2004, Ali Manet  fut discrètement invité à Dakar  par un groupe de personnes issues de la diaspora guinéenne, déterminé à en finir avec le régime Conté. A cette occasion, il a été question de rentrer dans le ‘’maquis’’ en complicité avec des militaires guinéens déjà prédisposés. « Je suis pour le changement, mais pas pour la violence », a respectueusement mais fermement décliné Ali Manet. Quelques mois plus tard, l’hebdomadaire ‘’le citoyen’’ affirmait que le régime Conté  venait de déjouer une tentative de putsch et que discrètement une dizaine d’officiers et sous-officiers avaient été mis aux arrêts.

Pour autant,  Ali Manet n’a pas baissé les bras. Pendant la révolte populaire de janvier et février 2007, où plusieurs  citoyens ont été tués à Conakry et à l’intérieur du pays, un état de siège a été instauré en Guinée. Deux jours après, au cours d’un débat contradictoire  auquel  il a pris part sur les antennes de la  Radio Soleil FM avec Me Boubacar Sow, alors Bâtonnier de l’Ordre national des avocats, Ali Manet a pris par devers lui le courage de demander à l’armée de plutôt déposer le président Lansana Conté au lieu de tirer sur la population. En réponse, une expédition punitive a été dirigée, 15 minutes après,  vers les locaux  de cette station. Plus de 10 ans après, les traces de balles sont encore visibles sur le bâtiment qui abritait cette radio à Simbaya. Quelques mois après la nomination de Lansana Kouyaté au poste de Premier ministre, chef du gouvernement sur recommandation de toutes les forces vives de la nation, Ali Manet est en tête du comité national de soutien aux actions du gouvernement (CNSAG). Au fil du temps, le désenchantement se généralise : Lansana Kouyaté qui devrait s’inscrire dans la logique du changement souhaité et espéré par le peuple, a été pris au piège. Depuis cette date, il entretient de bon rapport avec celui qui deviendra deux ans après, le leader du Parti de l’espoir et le développement national (PEDN).

Au lendemain de la prise du pouvoir par le CNDD, Ali Manet,  interrogé par RFI et BBC a ouvertement salué la nouvelle équipe dirigeante du pays. «  Il faut donner du temps à cette équipe de nettoyer pour amorcer un élan démocratique sans controverse », a-t-il dit.  Ce soutien à visage découvert et tant d’autres activités menées sur le terrain politique en faveur de la junte provoquèrent contre lui des inimitiés. De sorte que dans la journée du 27 septembre 2009, une rumeur s’est emparée de Conakry, rependant à dessein son assassinat. Dans les jours suivants, les choses se précipitent pour lui,  étant apprécié du capitaine Moussa Dadis  Camara, à l’époque président de la junte.  Copté par le CNDD en qualité de personne de ressource, il a été l’un des rares civiles à participer aux négociations d’Abuja et de Ouagadougou, qui ont débouché sur les  accords politiques grâce auxquels la Guinée a enregistré une fin pacifique de la transition militaire en 2010.

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Récemment, du côté de la Guinée forestière,  il a constitué le mouvement de soutien pour le maintien du président Alpha Condé au-delà de 2020. Ce qui explique une chose fondamentale : l’homme politique ne change pas, même si d’une  époque à l’autre, il ne dévoile toujours pas les mêmes passions, les mêmes sentiments, les mêmes émotions, les mêmes admirations. Mais, certaines passions sont si fondamentales qu’elles finissent par  renaître à chaque époque. Celle d’Ali Manet semble  portée sur le leader qu’il a choisi alors qu’il n’était qu’un étudiant.

Gilles Mory Condé

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