COTE D’IVOIRE: Laurent Gbagbo acquitté de crimes contre l’humanité

La nouvelle est tombée ce matin peu après 11 heures (10 heures GMT), l’ex-président ivoirien a été acquitté de « crimes contre l’humanité » par la CPI.

La Cour pénale internationale (CPI) s’est prononcée ce mardi 15 janvier en faveur de l’acquittement de l’ancien président. Les juges de la Cour de La Haye devaient rendre leur verdict à 11 heures (10 heures GMT). Cette décision était très attendue sur le sort de l’ex-chef d’État ivoirien, 73 ans, en détention au centre pénitencier de Scheveningen depuis le 30 novembre 2011. Le sort des deux anciens hommes forts, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé dépendait du juge-président Cuno Tarfusser et de ses collègues. «  Il faut rester prudent car on ne sait jamais à quoi s’attendre avec la CPI. Depuis 2011, date de l’incarcération de Monsieur Gbagbo, des dizaines de demandes de liberté provisoire ont été déposées et aucune n’a aboutie. Alors qu’il est innocent, il n’a pas commis les crimes pour lesquels il es jugé » avait exprimé quelques minutes plus tôt Maître Rodrigue Dadjé, avocat de Simone Gbagbo, l’épouse de l’ancien président, amnistiée au mois d’août dernier. Et maintenant ? « Sa libération aura un impact positif pour la Côte d’Ivoire, et pourra mettre en marche, véritablement la réconciliation nationale. Jusqu’ici rien n’a été fait en ce sens. La libération et le retour de Simone Gbagbo a décrispé les esprits, et a adressé un message de paix au peuple ivoirien : il en sera de même si son mari revient lui aussi. Son retour est aussi une bonne chose pour les élections de 2020. Toutes les forces seraient en présence, et cela peut rassurer la population quant à la crédibilité des élections. Mais cela dépend aussi du gouvernement en face et de sa volonté de vouloir réunir tous les acteurs politiques pour le scrutin » a commenté Maître Dadjé.

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Trois ou quatre scénarios

Trois scénarios s’offraient aux deux coaccusés : dans le premier, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont acquittés. Dans ce cas précis, ils seront libres de pouvoir regagner leur pays, mais, pour Laurent Gbagbo, ce ne sera pas la fin des ennuis judiciaires puisqu’il a été condamné par la justice ivoirienne à vingt ans de prison dans le cadre de l’affaire du braquage de la BCEAO.

Dans la deuxième hypothèse, ils ne sont pas acquittés, mais mis en liberté provisoire.

Il faudra alors que la CPI leur trouve un pays d’accueil présentant des garanties sécuritaires et de proximité avec la Cour, où ils peuvent se rendre à tout moment pour nécessité de procédure. La ville de Bruxelles a été citée par la CPI comme une possibilité pour les deux prisonniers, d’autant plus que, pour Laurent Gbagbo, sa seconde épouse Nadiana Bamba y a de fortes attaches.

Dans la troisième option, ils ne sont ni acquittés ni libérés. Et, pour de nombreux observateurs, la quatrième option serait celle de l’ajournement de la décision des juges.

Premier ancien chef d’État africain à avoir été remis à la Cour, il est jugé pour des crimes commis pendant la crise postélectorale de 2010-2011, née de son refus de céder le pouvoir à son rival, l’actuel président ivoirien Alassane Ouattara. Après avoir occupé le palais présidentiel pendant plusieurs mois, Laurent Gbagbo avait finalement été arrêté en avril 2011 par les forces militaires, soutenues par les Nations unies et la France, avant d’être remis à la CPI.

L’ex-chef d’État s’est « accroché au pouvoir par tous les moyens », a martelé l’accusation, qui a convoqué plus de 80 témoins depuis le début du procès en janvier 2016. Les violences avaient fait plus de 3 000 morts en cinq mois. Autre décision attendue, celle portant sur la demande de liberté provisoire de Charles Blé Goudé, 47 ans, ex-chef du mouvement des Jeunes Patriotes, fidèles à l’ancien président. Tous deux sont accusés de quatre chefs de crime contre l’humanité : meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains. Des crimes pour lesquels ils ont plaidé non coupable. Pour la défense, ces accusations reposent sur une « déformation de l’histoire ». Lors d’une audience en décembre, elle a par ailleurs argué que l’ancien président, « âgé et fragile », ne poserait aucun risque de fuite.

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Sur le terrain, toute la presse nationale se faisait l’écho de cette attente et d’un espoir pour les partisans de Laurent Gbagbo. « Liberté provisoire ou acquittement de Laurent Gbagbo et Blé Goudé : le monde suspendu aux lèvres des juges aujourd’hui », défend en sa une Le Temps, qui informe de la tenue d’une grande mobilisation à Yopougon, dans le fief de l’ex-président ivoirien.

La Cour en question

Les tentatives précédentes de la CPI de juger des personnalités politiques de haut rang – la plupart en Afrique – ont toutes rencontré des obstacles. En 2014, le procureur de la Cour avait abandonné, faute de preuves, les poursuites contre le président kényan Uhuru Kenyatta. L’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba avait quant à lui été acquitté à la surprise générale en appel en juin 2018. Il avait d’abord été condamné à dix-huit ans de prison pour des crimes commis par sa milice en Centrafrique entre 2002 et 2003.

« Si Gbagbo est remis en liberté, la CPI devrait repenser ce qu’elle est en mesure d’accomplir », a déclaré Thijs Bouwknegt, spécialiste en droit international interrogé par l’AFP. Dans l’éventualité où les juges de la Cour décident d’accorder une liberté provisoire à Laurent Gbagbo, il pourrait rejoindre sa femme, Simone Gbagbo, surnommée la « Dame de fer ». Arrêtée avec son mari, elle avait été condamnée en 2015 à vingt ans de prison, avant de bénéficier d’une amnistie accordée par le président Ouattara après sept ans de détention. Pour le président d’un collectif de victimes qui regroupe 8 000 personnes, Issiaka Diaby, il n’y a pas de doute : si Laurent Gbagbo obtient la liberté provisoire, il s’enfuira. « On sait qu’il va disparaître. »

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Lundi, à Abidjan, environ 200 personnes se sont rassemblées pour exprimer leur hostilité à une éventuelle libération. « La CPI travaille comme si les victimes n’existaient pas », déplore à l’AFP Issiaka Diaby. « Si on libère Laurent Gbagbo, il n’y aura plus de justice à notre égard », a affirmé Karim Coulibaly, 43 ans, amputé d’une jambe après avoir reçu une balle lors de la crise. « J’étais chauffeur, je suis chômeur aujourd’hui. On n’est pas contre la réconciliation, mais il faut d’abord satisfaire les victimes. »

Source: LePointAfrique