CPI : Gbagbo face à son destin

Pour Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, c’est un jour décisif qui se lève ce mardi. L’ancien président de la Côte d’Ivoire et son compagnon d’infortune, accusés de crimes contre l’humanité, attendent en effet ce jour une décision des juges de la Cour pénale internationale qui devrait déterminer leur avenir. Le leader historique du Front populaire ivoirien et ses partisans espèrent que, dans la foulée de la chance qui a souri à un certain Jean-Pierre Bemba, les juges se prononceront en faveur de l’acquittement. Ou tout au moins la liberté provisoire. Mais en face, l’accusation bataillera ferme pour que l’ex-président ivoirien et l’ex-leader des jeunes patriotiques n’obtiennent ni l’un, ni l’autre. Le peu de crédibilité qui reste à l’instance judiciaire internationale est aussi à ce prix.

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Procureur vs avocats

Deux paramètres pourraient guider les juges dans leur décision. Bien entendu, les arguments respectivement présentés par le bureau du procureur d’une part, et par les avocats des accusés de l’autre, tout d’abord. Ils devront, sur la base de l’appréciation des preuves fournies en particulier par le bureau du procureur, déterminer s’il convient de maintenir ou non Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en détention. Dans le cadre des violences postélectorales de 2010-2011 en Côte d’Ivoire, qui avaient fait quelques 3000 victimes, l’accusation présente les deux prisonniers de renom comme des acteurs d’un plan savamment conçu en vue du maintien du dispositif qui était le leur, ce à n’importe quel prix. A cette fin, ils auraient ordonné ou laisser faire des violences contre des populations civiles, dans la logique de l’instauration d’un chaos dont ils pensaient tirer profit. Des accusations dont la consistance et la fiabilité sont vertement contestées par les avocats de la défense. Pour ces derniers, les faits reprochés à leurs clients sont tirés par les cheveux, épars et n’ayant aucun lien irréfutable avec leurs présumés auteurs. De fait, pour les avocats, dans ce dossier, la justice internationale, à l’image de celle de la Côte d’Ivoire, s’est laissée manipulée par le camp des vainqueurs dans lequel se trouvent quelques puissances occidentales dont la France. Autant dire que tout dépendra de la capacité de l’accusation à administrer des preuves au-delà de tout doute raisonnable.

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ADO, le facteur ultime ?

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Le second paramètre qui devrait être pris en compte dans la décision qui est attendue des juges, c’est la perception que les autorités actuelles en Côte d’Ivoire et une certaine communauté internationale se font d’une probable libération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Leur acquittement sera-t-il perçu comme une chance pour la dynamique de l’apaisement qu’Alassane Ouattara a voulu mettre en marche en graciant notamment Simone Gbagbo ? Ou bien sera-t-il considéré comme un risque supplémentaire dans l’optique du rendez-vous très redouté de 2020 ? Les réponses à ces deux questions pèseront lourd dans la décision des juges de la CPI. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, s’il y a bien un dossier dans lequel l’indépendance de cette juridiction internationale s’est le moins manifestée, c’est bien dans cette gestion de la crise ivoirienne. Encore que si les juges venaient à avaliser la thèse de la légèreté des preuves fournies par le bureau du procureur, il ne resterait plus rien de la CPI.

Boubacar Sanso BARRY