GBAGBO : est-ce une jurisprudence ?

Hier mardi, la décision qui a été prise par les juges de la CPI fera date dans l’histoire de la justice pénale internationale. Pour deux rasions – premièrement, il s’agit d’une décision qui concerne le tout premier chef d’Etat traduit devant la cour pénale pour des crimes dont elle a seule la compétence. Peu importe l’annonce par le procureur de sa décision faire appel. La deuxième raison qui confère le caractère  jurisprudentiel à la décision, est en soit l’acquittement que les juges demandent en faveur de Laurent Gbagbo. Un camouflet infligé à la cour et que tous les analystes mettent en exergue. Ceci étant, à quelque chose malheur étant bon, l’institution devrait en profiter pour essayer de réhabiliter son image. En effet, avant la série d’acquittements en règle intervenue ces derniers temps, elle était déjà présentée par bon nombre d’observateurs comme étant taillée exclusivement contre transgresseurs africains. Pour le cas précis de Gbagbo, on se rappelle du dossier spécial de Mediapart, dans lequel le journal dénonçait la rapidité et l’arrangement dont avaient usé l’ancien juge Luis Moreno Ocampo et les nouvelles autorités ivoiriennes d’alors, pour expédier à la va-vite le président Gbagbo. Autant de choses que la CPI devra examiner avec objectivité pour en tirer les leçons qui s’imposent si elle tient à survivre à ces déconvenues successives.

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Gbagbo héroïsé ?

Sans conteste, si l’acquittement est confirmé pour Gbagbo, il sortira de cette autre confrontation, un peu en vainqueur. Il sera pas moins réhabilité. Comme il en a fort le secret. L’opposant devenu président sous la bannière de son jadis clandestin FPI, les Ivoiriens retiennent de l’homme son intrépidité. Ne courbant jamais l’échine, il a, aux yeux de ses partisans, l’esprit de la gagne. « La victime » qui aura triomphé de la justice des Blancs, « des bourreaux ».  Cette perception des choses se renforcera désormais.  L’appel du procureur n’y changera rien d’ailleurs. Quoiqu’il ne doive assurément pas se présenter à la présidentielle prochaine de 2020, l’ancien président gagnera néanmoins en estime dans les cœurs des Ivoiriens autant qu’en dehors de son fief naturel. Ce qui serait bien évidemment d’un positif  impact dans la réunification  de  son parti qui a sérieusement souffert de ses querelles intestines pendant que son fondateur plaidait non coupable à la Hay. Par contre, les autorités ivoiriennes, quant à elles, sortent plutôt perdantes de cette bataille.  En effet, la chaine de commandement n’ayant pu être établie par le procès à la Haye, le sentiment d’une justice des vainqueurs n’est que renforcé à propos des verdicts rendus par les juridictions ivoiriennes. Mais les politiques étant imprévisibles par essence, il n’est pas exclu quand la continuité de l’action de réconciliation initiée par le président Ouattara, il accorde l’amnistie au président Gbagbo suite à la condamnation par contumace dont ce dernier a fait objet.

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 Kabinet Fofana, analyste politique