LIBERATION DE GBAGBO : le procureur s’arc-boute

Finalement, la sortie du duo Gbagbo-Blé Goudé de la prison de la Haye risque de prendre plus de temps que prévu. Parce qu’un scénario qu’on n’envisageait pas forcément vient de s’introduire dans l’équation. En effet, après avoir été débouté du premier appel qu’il a interjeté dans la matinée d’hier, le procureur revient à la charge. Et cette fois, il insiste sur le fait que l’appel devra être suspensif de la décision libération des deux célèbres détenus. Une attitude qu’on ne comprend pas. D’autant qu’elle s’apparente à de l’entêtement de la part d’une accusation qui peine à se remettre de la cuisante déconvenue et qui, de manière quelque peu déraisonnée, tente de résister. Quitte à se couvrir de plus honte.  

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On croyait le débat clos. L’ancien président ivoirien lui-même ne s’imaginait plus qu’un ultime obstacle se dresserait sur la route le menant, lui et Charles Blé Goudé, à la liberté. C’est ainsi qu’à l’issue du rejet du premier appel, dans l’après-midi d’hier, il a pour la première fois esquissé un sourire, manifestant ainsi son soulagement que cette retentissante traversée du désert prenne fin. Sinon, jusqu’ici, il était resté impassible, ne laissant transparaître aucun sentiment. Malheureusement pour les deux détenus, le procureur n’en a pas fini avec eux. Il s’évertue à faire en sorte que ces derniers ne revoient pas de sitôt le soleil de la liberté. Ou en tout cas, que ce soit à certaines conditions. Ainsi, hier, tard dans la soirée, il a introduit un nouvel appel. Et cette fois, il a explicitement demandé que celui-ci soit suspensif de la décision de libération des prisonniers.

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Mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne comprend pas le motif et le bien-fondé de ce nouvel appel. D’autant que le seul argument que le procureur ait pu donner hier pour justifier son opposition à la sortie de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, c’est le risque qu’ils ne puissent pas se re-présenter devant la Cour au cas où on aurait besoin de les entendre. Et ses doutes reposent essentiellement sur le fait que les deux détenus détiendraient assez de ressources et d’influence pour se soustraire à l’appel de la Cour. Est-ce suffisant pour continuer à garder notamment Laurent Gbagbo qui en est déjà à 7 ans de séjour en prison, alors que par ailleurs, il a été estimé que les charges contre lui ne sont pas suffisamment étayées ? Pourquoi donc insister ainsi ? On pourrait penser que cette résistance acharnée du procureur est dictée par la cause des victimes, véritables dindons de cette farce juridico-politico-diplomatique. Ce serait louable de sa part. Encore qu’il se tromperait d’approche. Parce que ce n’est certainement en s’acharnant aussi piteusement sur les Gbagbo et Blé Goudé qu’il saura rendre justice à ces pauvres victimes. Mais en révisant sa méthode et en tirant les leçons des camouflets successifs qu’il a collectionnés ces derniers temps. Ce qui suppose de sa part, humilité et un certain sens de la remise en cause. Autrement, il s’enfonce plus profondément qu’il ne l’a été jusqu’ici. A lui donc de faire le choix.

Boubacar Sanso BARRY