MALI : la tragique décente aux enfers…

Comparée aux horreurs à répétition qui nous sont servies depuis quelques mois, l’occupation du Mali par les terroristes entre 2012 et 2013 n’était absolument rien. Le risque de partition du pays, lui non plus, n’était pas aussi désespérant que ces tueries en masse sur fond d’instrumentalisation communautaire. Parce qu’avec cette spirale tragique que rien, ni personne ne semble en mesure d’enrayer, ce sont l’essence et l’existence même de la Nation malienne qui sont en péril. Avec les 157 morts d’Ogossagou, calcinés dans leurs cases ou égorgés de sang-froid, on croyait avoir touché le fond. Eh bien non ! Pour preuve, exactement 78 jours après, dans la même région du centre du Mali, la scène macabre se répète à Sobané-Kou. Quatre-vingt-quinze personnes – le tiers du village – sont exécutées avec la même cruauté et la localité, rayée de la communauté des humains en quelques heures. Bien entendu, les auteurs de ces atrocités n’ont aucune excuse. Ils méritent la pire des sanctions. Mais une fois encore, c’est de la responsabilité de l’Etat malien dont il s’agit. Car à lui seul, et peut-être dans une moindre mesure aux forces internationales déployées dans la région, incombe la protection des personnes et des biens.

Instrumentalisation

Sur ce dernier massacre, un certain flou subsiste quant aux auteurs. Si l’on se fie au modus operandi, absolument identique à celui d’Ogossagou, on est tout de suite enclin à y voir un acte de représailles. Et vu que c’est un village dogon qui est cette fois la victime, on y verrait en premier lieu la main de miliciens peuls venus venger les leurs. C’est d’ailleurs la logique qu’épouse le groupe d’autodéfense dogon, Dan Na Ambassagou, accusé d’avoir perpétré le précédent massacre du genre. Cependant, il faut y aller avec discernement et sérénité. Autrement, les communautés se laisseraient exactement prendre par le piège que leur tendent les groupes terroristes qui écument cette partie du pays. Des groupes terroristes qui, conscients des subtiles identités communautaires dans la zone, instrumentalisent ces dernières. Pour eux, la tâche étant d’autant plus facile qu’entre Peuls éleveurs d’une part, et Bambaras et Dogons agriculteurs de l’autre, il suffit d’un rien pour faire resurgir certains conflits latents.

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L’Etat, encore l’Etat

Toutefois, c’est la déliquescence et la démission de l’Etat malien qui rendent possible cette instrumentalisation. En effet, on l’aura toujours relevé. Le Mali, en tant que qu’Etat, n’existe plus sur certaines portions du territoire. D’où l’émergence çà et là de groupes d’autodéfense composés de miliciens qui ne sont malheureusement pas guidés que par la protection des leurs. Eu égard à la confusion et au laisser-aller qui prévalent, rien n’exclut d’ailleurs des passerelles entre ces fameux groupes d’autodéfense et les terroristes contre lesquels ils prétendent se battre. Par ailleurs, la passivité et la lenteur dont fait montre le processus judiciaire dans la prise en charge des dossiers de crimes et de violation des droits humains sont de nature nourrir des rancœurs et des frustrations pouvant soulever les uns contre les autres. Ainsi, depuis le massacre d’Ogossagou, les promesses d’enquête sont restées lettres mortes. Pas un seul suspect n’a pas été mis aux arrêts.

Le spectre du Rwanda

A cela, il faut ajouter qu’à la suite de ce même massacre, les forces de sécurité et de défense avaient annoncé un meilleur maillage du centre du pays, devenu l’épicentre de l’insécurité. Une annonce dont on se rend compte qu’elle n’a jamais été qu’une intention. Autrement, les assaillants qui ont sévi à Sobané-Kou, dans la nuit du 9 au 10 juin, n’auraient pas pu opérer aussi tranquillement durant des heures. Bien entendu, ce même reproche est valable pour notamment les forces de la Minusma dont la mission au Mali ressemble davantage à du tourisme qu’à un quelque effort de restauration de la paix et de protection des populations. En tous les cas, avec tous les efforts notamment financiers qui sont consentis au nom du retour de la paix au Mali, il est inconcevable que le bilan soit aussi dramatique. Aussi, il est temps que l’ONU réévalue sa présence dans le pays. Parce qu’on ne veut pas d’un autre Rwanda sur le continent.

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Boubacar Sanso BARRY