SIEGE DU RPG : la petite débrouille sur le dos des motards

En Guinée, le laxisme et une certaine précarité se conjuguant, la débrouille s’impose en règle. Et par débrouille, on entend les petites magouilles et manigances dont use chacun pour pouvoir joindre les deux bouts ou arrondir les fins de mois. Le phénomène est si généralisé qu’au siège même du RPG-arc-en-ciel (parti au pouvoir, ndlr), certains y recourent. Dans une opacité totale et sur le dos du Bureau politique national (BPN) du parti, les agents qui y sont déployés pour assurer la sécurité des environs, viennent en effet d’instaurer une sorte taxe pour y garer sa moto. Et tout le monde – militants ou journalistes – doit payer. Selon la tête du client ou l’humeur de l’agent, on débourse entre 5000 et 10000 GNF. Le mécanisme n’étant pas suffisamment assumé, le versement de ce montant ne garantit pas pour autant la sécurité des engins.

C’est d’abord un confrère qui, quelque peu étonné, nous a alertés. «  Ce matin, je suis venu garer ma moto comme d’habitude à côté du siège du RPG Arc-en-ciel. Aussitôt après un agent de la sécurité du parti qui m’observait, m’a appelé et m’a demandé de venir enregistrer le numéro d’immatriculation de ma moto. Ce à quoi il ajoute qu’à la sortie, je devrais lui donner un peu d’argent », raconte le journaliste sous le sceau de l’anonymat. Il précise bien que l’agent de la sécurité a dit « un peu d’argent ». Pour lui, ce manque de précision sur le montant est en soi révélateur du caractère illicite de la démarche.

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Pourtant, à la sortie de l’Assemblée générale, le confrère qui s’imaginait visiblement que l’agent de sécurité lui a fait une mauvaise blague, est intimé de payer. Et il a dû s’exécuter en donnant 5000 GNF. Mais « je pense que j’ai été victime d’arnaque, parce que cette décision ne vient pas du Bureau politique ».

Il faut croire qu’au niveau même des militants, on est quelque peu agacé par cette mesure. D’autant que la sécurité des engins qui sert de justification au versement de l’argent n’est pas si garantie que cela. Ainsi, le mécanisme ne fonctionnant pas sur la base de ticket, quelqu’un peut bien venir s’emparer d’une moto qui n’est pas à lui et partir. « Ils risquent d’avoir des problèmes. Quelqu’un peut venir dicter le numéro d’immatriculation d’une moto qui ne lui appartient pas et ils vont le laisser partir avec. Ils doivent normalement chercher des tickets pour ça », suggère Amadou Diakité, militant.

Sauf que le brigadier-chef qui s’occupe de l’enregistrement des motos, ne se soucie pas de ces détails. Stylo et papier rame en mains, il enregistre l’un après l’autre, les numéros d’immatriculation.  Il assume que la décision d’instauration de ce mécanisme ne vient nullement du BPN. Mais elle est parfaitement justifiée à ses yeux. « Cet argent va dans la caisse de la brigade et cela nous permettra de résoudre certains de nos problèmes internes », explique-t-il.

Balla Yombouno