A qui profitait le confinement ?

C’est un des faits marquants des premières manifestations anti-troisième mandat en Guinée. Le confinement des leaders de l’opposition, en l’occurrence, Cellou Dalein Diallo de l’UFDG, et Sidya Touré, de l’UFR. Très tôt le matin, devant leurs demeures respectives, d’impressionnants contingents des forces de sécurité, appuyés par des moyens tout aussi conséquents. Impossible donc pour l’un et l’autre de rejoindre les militants qu’ils avaient appelés à manifester. Et de l’avis de beaucoup d’observateurs, en privant les manifestants de leurs leaders, les autorités auront réussi à affecter la mobilisation. Même s’il n’est pas exclu qu’en revanche, elles aient, de ce fait, quelque peu créé les conditions de la violence. Mais il y a qu’on se demande aujourd’hui si Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré n’ont pas fait exprès de se laisser confiner. En tout cas, que chacun d’eux ait sagement attendu les forces de sécurité chez lui, alors qu’il était certain qu’on tenterait de les confiner, le laisser croire.  

Le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) en particulier le savait. Lui qui, lors de toutes les dernières manifestations, avait été empêché de sortir de son domicile. Or, avec les arrestations anticipées des responsables du FNDC et d’autres responsables de l’UFR, il était évident que les autorités ne croiseraient pas les bras. Des avertissements qui n’ont manifestement pas suffisamment parlé à Cellou Dalein Diallo et à Sidya Touré. Ou dont ils ont délibérément choisi de ne pas tenir compte. En effet, on ne peut s’empêcher de voir dans leur attitude empreinte de naïveté, une manœuvre savamment orchestrée. Les politiques sont avant tout cyniques, de quelque bord qu’ils soient ! Cette manœuvre consisterait alors à se servir du confinement comme prétexte pour s’éviter à aller dans la rue, soi-même. La réticence à battre soi-même le pavé pouvant être justifiée par des raisons de sécurité. Ou parce qu’il s’agit de personnalités qui, n’étant plus tout à fait jeunes, ne supporteraient pas de marcher sur de longues distances. Qui plus est sous un soleil accablant !

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En somme, il est possible que les motifs réels qui les ont empêchés de manifester eux-mêmes soient fondés et plutôt défendables. Mais pour cela, ils doivent avoir le courage de les admettre et d’assumer. Autrement, le prétexte du confinement ne suffit pas. Car avec l’argument du confinement, ils passent dans le meilleur cas pour des leaders peu intelligents, en n’ayant pas anticipé la réaction des autorités. Et dans le pire des cas, on pense d’eux qu’ils ont manqué de courage et que de ce fait, ils ont quelque peu trahi les jeunes militants qu’ils avaient appelé à manifester. Surtout si on se rappelle qu’au soir de la manifestation, ce sont eux qui se relaient dans les médias pour essayer de récolter les dividendes politiques de la journée de violence. Alors qu’ils n’ont pas participé à la bataille, ils veulent s’attribuer la plus grosse part du butin. Il faut admettre que ça manque de cohérence.

Mais cette attitude, on ne l’aura pas notée que chez les deux principaux leaders. En réalité, la classe politique de l’opposition dans son ensemble aura brillé par son absence au moment crucial de cette contestation. Autant ils avaient tous appelé à manifester, autant ils étaient invisibles à l’instant T. On peut noter par exemple que Faya Millimono et Aliou Bah n’étaient pas en Guinée, comme par coïncidence. Mais où étaient les autres ? Ousmane Gaoual Diallo, Faya François Bourouno, Almamy Kabélè Camara, Fodé Oussou Fofana, etc, où étaient-ils parmi les manifestants ? En d’autres circonstances, ce sont là les animateurs attitrés du débat politique, côté opposition. Dans le confort des studios climatisés des radios, ils sont les défenseurs des pauvres et les promoteurs par excellence de la démocratie et des droits de l’homme. Mais pour une fois qu’ils devaient traduire leur engagement en acte sur le terrain, ils n’étaient pas là. Et ça, ce n’est pas très rassurant !

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Boubacar Sanso BARRY