Ibrahima Kalil Sidibé explique pourquoi il était de la manif de ce jeudi

Il est de ceux qui ont marché aujourd’hui à Conakry pour dire non à une nouvelle constitution. Une participation qu’il assume et dont il donne l’explication via une publication sur les réseaux sociaux. Mais au-delà de l’explication, il y a dans son texte un message d’une profondeur telle que nous n’avons pas résisté à la tentation de reprendre la publication dans nos colonnes.

Au lendemain des élections de 2010 j’étais de ceux qui se réjouissaient de l’arrivée du président Alpha Condé au pouvoir.

À mes yeux il présentait le meilleur profil parmi les compétiteurs. 40 ans d’opposition et de lutte avec constance pour l’avènement d’une Guinée libre et démocratique.

Voilà 9 ans qu’il est au pouvoir et force est de constater que rien n’a vraiment changé. Le système Conté persiste et les vieux démons divisionnaires font leur retour.

Alors oui certains diront qu’il a eu des réalisations et qu’il a entamé des chantiers. Mais en âme et conscience, je pense qu’il aurait pu mieux faire sur le plan des infrastructures.

Pour moi, son plus grand échec est dans l’instauration de la justice et de l’Etat de droit. Pendant 9 ans, notre pays a vécu au rythme des manifestations politiques et des revendications sociales parce que le professeur de droit a échoué à respecter sa promesse. Une assemblée périmée, la Haute cour de justice non installée, une CENI politisée, une criminalité d’Etat légitimée à moins d’être légalisée.

Je ne suis pas un partisan des marches politiques, encore moins un sympathisant des partis politiques majeurs en Guinée. Je considère même le plus souvent leurs leaders comme les premiers bourreaux de la démocratie en Guinée et les complices involontaires du régime actuel.

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Toutefois, mes convictions personnelles ne me permettent pas de rester les bras croisés face au recul démocratique en cours. C’est pourquoi je suis sorti aujourd’hui dire non à toute modification constitutionnelle et toute velléité de confiscation des droits et libertés.
Pour autant que je m’en souvienne, depuis 2007 jusqu’à nos jours, trop de vies humaines ont été perdues pour l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit. Je ne peux pas tourner le dos à tous ces sacrifices et laisser s’installer un autre régime autoritaire et anticonstitutionnel.

Je ne me reconnais pas dans plusieurs partis membres du FNDC mais je me reconnais dans les idéaux prônés par le mouvement. Nul ne peut confisquer ma voix et ma volonté pour s’arroger une présidence à vie. C’est dans l’intérêt commun et général que notre pays tourne la page des dictatures sanglantes et des accords politiques pour surmonter des problèmes que la loi a déjà tranchés

Je me suis joins à la marche d’aujourd’hui et j’ai été très heureux d’être à côté d’autres Guinéens de différentes obédiences politiques et d’origines ethniques différentes. Mais tous, nous étions d’accord pour dire Amoulanfé.

Un dernier message à l’endroit des frères du RPG arc-en-ciel, le FNDC n’a pas dit non à un troisième mandat, c’est la constitution qui le dit. Si vous aimez votre pays, alors vous devez respecter ses lois . Nul n’empêche votre parti de trouver un successeur à votre président et de le présenter en 2020.

Ibrahima Kalil Sidibé