MAMADOU TARAN DIALLO : « Le dissensus ne doit pas être porteur de division et de troubles détruisant le consensus »

En ces temps de tension et de fébrilité, les appels au calme et à la responsabilité se multiplient. Et c’est dans ce cadre que le ministre de l’Unité nationale et de la Citoyenneté, profitant de l’atelier de partage et d’appropriation du rapport national sur l’Examen périodique universel (EPU), a également envoyé un message à l’endroit de tous les acteurs de la vie politique et sociale du pays.  Selon son diagnostic, Mamadou Taran Diallo estime que la Guinée est essentiellement confrontée à des crises récurrentes, en marge des périodes électorales. Et souvent, selon lui, ces crises ont lieu au niveau de l’élite. Aussi, pense-t-il, le défi est de faire en sorte que ce dissensus au sommet n’affecte pas le consensus à la base. Pour cela, il préconise la concertation, le dialogue, en lieu et place des logiques de confrontation.

Nous vous proposons ici l’intégralité de son discours à l’occasion de l’ouverture de l’atelier

Je voudrai tout d’abord vous remercier, vivement, pour avoir bien voulu répondre à cette invitation en vue de partager  le troisième rapport de l’Examen Périodique Universel (EPU) de la République de Guinée.

Ensuite, je veux relever que la présentation de ce rapport EPU coïncide avec des manifestations politiques ayant encore engendré fort malheureusement, des blessés et des morts. C’est le lieu et le moment de condamner fermement tous ces comportements et actes de violence, présenter les condoléances les plus attristées aux familles des victimes décédées et souhaiter un prompt rétablissement aux blessés.

Le Ministère de la Citoyenneté et de l’Unité Nationale, en charge de la promotion et de la défense des droits de l’homme en Guinée, salue fortement le communiqué du 13 octobre 2019 de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Professeur Alpha CONDE  réitérant le libre exercice des Droits et des Libertés reconnus à tous les citoyens, comme le droit de manifester consacrés par la constitution et diverses lois et textes d’application. Le Ministère appuie pleinement les initiatives en cours du gouvernement sur ces manifestations, sous la conduite du Premier Ministre Dr Ibrahima Kassory FOFANA, pour :

  1. Conduire des enquêtes sur les causes et responsabilités des blessures et de mort des citoyens ;
  2. Réaliser des visites de compassion aux familles des victimes décédées ;
  3. Apporter un soutien aux blessés.

Les conflits politiques, particulièrement ceux liés aux élections, sont les plus prégnants en Guinée. Le défi majeur à relever est de faire des élections, non pas des occasions d’affrontement et de violence mais un moment de compétition politique pacifique permettant aux citoyens de faire valoir leurs choix. Il est impérieux pour la classe politique guinéenne de régler les incompréhensions et différends, par la prévention axée sur la consultation, la concertation et le dialogue plutôt que de faire des constats macabres de morts, de blessés, de dégâts matériels et de condamnations.

La Guinée est une famille où le dissensus entre l’élite d’en haut, dans la conquête, la conservation du pouvoir, la redistribution de la richesse nationale ébranle souvent le consensus, la quiétude du citoyen lambda d’en bas dans la quête du quotidien et l’aspiration au bien-être. Il faut agir pour que le dissensus ne soit pas porteur de division et de troubles détruisant le consensus.

Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, la création d’un département en charge de la problématique des droits de l’homme est manifestement une volonté politique du Pr Alpha CONDE. Malgré de nombreux scepticismes et appréhensions, le Président de la République a gardé le cap en permettant à ce département de travailler effectivement sur cette problématique jusque là taboue dans notre pays.

C’est cette volonté ferme et ce soutien constant qui produisent, fort justement aujourd’hui, les avancées en matière de promotion et de protection des droits de l’homme.

Sur le plan international :

  1. La participation de la Guinée à toutes les rencontres internationales sur les droits de l’homme ;
  2. La mise à jour de la Guinée en matière de dépôt des différents rapports devant les organes de traités des Nations Unies et de la sous-région où notre pays ne figure plus sur la liste des pays en retard dans le dépôt des rapports conformément aux engagements internationaux ;
  3. Le passage de la Guinée pour les différents Examens Périodiques Universels (EPU) devant le Conseil des Droits de l’homme à Genève : EPU 2010, 2015 et 2020 ;
  4. Le passage, en 2013 et 2018, de la Guinée devant le comité contre la torture des Nations Unies, et ce après plus de 30 ans d’absence pour la présentation de son rapport sur la situation en Guinée. A la suite du dépôt, présentation et débats de ce rapport, la Guinée a reçu les félicitations et les encouragements des Etats membres qui ont reconnu les avancées notoires de notre pays.

 L’Examen Périodique Universel (EPU) est un mécanisme unique du Conseil des droits de l’homme ayant pour but d’améliorer la situation des droits de l’homme dans chacun des  États membres des Nations Unies. Il consiste à examiner, dans les sessions de janvier/février, avril/mai et octobre/novembre,  tous les cinq ans les réalisations des Etats.

Le résultat de chaque examen est un “document final” listant les recommandations faites à l’État examiné qu’il devra mettre en œuvre avant l’examen suivant. L’EPU est un cycle complet qui comprend 3 étapes : la préparation de la rédaction du rapport national, l’examen de la situation et la mise en œuvre des recommandations.

En janvier 2015, la République Guinée s’était présentée pour rendre  compte du niveau de la mise en œuvre des 114 recommandations reçues lors  de son premier examen en 2010 . A l’issue de cet examen qui avait attiré l’intérêt de beaucoup de pays, 194 recommandations avaient été formulées à notre pays et devaient être mises en œuvre avant son troisième examen en Janvier 2020.

Dans la perspective de ce troisième examen en janvier 2020, mon département a élaboré un rapport au nom de la Guinée, adopté par la session du Conseil des Ministres le 03 octobre 2019, comportant les avancées janvier 2015 –  janvier 2020 synthétiques, en termes :

  1. De poursuite de la qualification du système judiciaire ;
  2. Du dispositif pour le procès du 28 septembre 2009 ;
  3. Des programmes de sensibilisation, d’éducation et de formation des forces de défense et de sécurité sur les droits de l’homme ;
  4. De la promotion, protection des femmes, des filles et des jeunes ;
  5. Des progrès dans la scolarisation des garçons et filles dans le primaire ;
  6. De création d’une direction des droits de l’homme au Ministère de la Citoyenneté et de l’Unité Nationale ;
  7. De l’adoption par le gouvernement de la Stratégie Nationale de Prévention des Conflits et de Renforcement de la Citoyenneté (SNPC – RC), le 25 avril 2019 ;
  8. De l’adoption par le Gouvernement de la Lettre de Politique Nationale de Promotion et de Protection des Droits de l’Homme (LPNPPDH), le 25 août 2019.

Le rapport EPU fait la situation des nombreuses avancées en matière de promotion et protection des droits de l’homme dans notre pays. Il ressort aussi les défis auxquels notre pays fait face dans sa perpétuelle volonté de mettre cette problématique au cœur de ses préoccupations pour que les guinéens disposent de cadre de vie favorable à la jouissance pleine de tous les droits universels inhérents à la dignité humaine.

L’adoption et la sa soumission, en octobre 2019, au Conseil des droits de l’homme à Genève, Suisse pour son examen en janvier 2020  confirme, éloquemment, la dynamique engagée depuis 2010 par le Professeur Alpha CONDE, de la qualité, ponctualité et régularité du respect, enfin, des engagements internationaux de la Guinée.

Pour terminer, c’est l’occasion pour moi de témoigner toute ma reconnaissance aux membres du gouvernement et aux points focaux membres du conseil interministériel qui ont activement contribué à la rédaction du présent rapport.

Enfin, je voudrais adresser mes particuliers remerciements à notre partenaire de lutte pour l’effectivité des droits de l’homme en Guinée, le Haut- Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme.

Je vous remercie pour votre bienveillante attention

Mamadou Taran DIALLO     

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