La rue, l’autre consultation !

Les résultats des consultations récemment conduites par Ibrahima Kassory Fofana sont-ils déjà caducs ? Sont-ils déjà rangés dans les oubliettes ? Ce sont entre autres les questions que nous nous posons à la veille de la réception grandiose que les partisans du président Alpha Condé entendent lui réserver ce jeudi 31 octobre, à l’occasion de son retour du sommet Russie-Afrique.

La position de l’opposition guinéenne et plus largement du FNDC au sujet de ces consultations nationales, est connue de tout le monde. On se rappelle à propos qu’au lendemain de l’adresse à la Nation du chef de l’Etat, le 4 septembre 2019, dans une déclaration rendue publique à l’Université Kofi Annan, le Front national pour la défense de la constitution (FNDC) avait clairement rejeté le principe de ces consultations. En conséquence, que cette opposition veuille utiliser la rue pour faire entendre un autre son de cloche, est à la limite compréhensible. Les autorités ayant prétendu qu’à travers les consultations nationales, les Guinéens s’étaient exprimés autour de la question sensible de la réforme constitutionnelle, il était attendu que l’opposition cherche à relativiser une telle conclusion.

Par contre, que le pouvoir, lui aussi, souscrive à logique de la rue, paraissait moins évidente. Après avoir elles-mêmes offert le cadre du débat conduit par Kassory Fofana, il est aujourd’hui étonnant que les autorités, à leur tour, veuillent recourir à la rue pour démontrer la légitimité de leur position. Surtout qu’elles semblaient plus ou moins se féliciter du fait que les tenants de leur position l’aient emporté lors des consultations nationales. Est-ce à dire que le gouvernement et ceux qui le soutiennent remettent eux-mêmes en cause les résultats du travail mené par Kassory Fofana ? C’est en tout cas l’impression que ça donne.

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Et cela confère un sentiment de gâchis. On se rappelle effet que les consultations nationales auront duré trois semaines. Trois semaines durant lesquelles le pays dans son ensemble était  à l’arrêt. Le premier ministre et une bonne partie des membres du gouvernement étant occupés à écouter ceux qui avaient souscrit à la démarche. Mais voilà que tout d’un coup, entraîné par l’opposition, le pouvoir met ce travail de côté pour invoquer la rue. Aux consultations dans l’enceinte du palais de la colombe, il substitue, celle plus bruyante de la rue. Aussi, il est à se demander pourquoi ne nous a-t-on pas fait l’économie de cette comédie ? Et cette fois, tout le monde est là. D’autant que c’est l’opposition qui a donné le ton. On aurait gagné en temps et en efficacité dans les actions du gouvernement. Et certainement, on se serait gardé d’offrir, de notre pays, cet autre spectacle-là au monde entier !

Boubacar Sanso BARRY