SIAKA BARRY : « seul Alpha Condé sera face au tribunal de l’histoire »

A l’endroit du président Alpha Condé qui l’a tant fait rêver par le passé, Siaka Barry, ancien ministre des Sports, désormais à la tête du parti Guinée Debout, n’est plus tendre. Estimant que ce dernier a trahi les idéaux qui avaient fait de lui un leader historique à la dimension du continent africain, Siaka Barry, à travers cette interview exclusive qu’il nous a accordée,  l’appelle à la raison et à la retenue. En tout état de cause, il précise à l’intention du président de la République qu’il sera seul à rendre compte devant l’Histoire. Ceci étant, le leader de Guinée Debout réitère la détermination des Guinéens, à travers le Front national pour la défense de la constitution (FNDC) à se battre contre le troisième mandat. Une lutte à laquelle Siaka BARRY et Guinée Debout entendent prendre toute leur place.

Comment réagissez-vous aux accrochages de ce lundi à Bambéto, avec à la clé désormais 3 morts ?

Merci à votre illustre site pour cette opportunité que vous m’offrez de me prononcer sur la vie sociopolitique actuelle, très préoccupante de notre nation. Nous suivons avec une attention très soutenue l’évolution de la situation politique du pays qui se dégrade très dangereusement et dont le point marquant fut la répression sanglante qui s’est abattue le lundi 4 novembre sur le cortège funèbre des onze jeunes guinéens abattus à la fleur de l’âge en marge des manifestations du 14 octobre passé. La violence de ce lundi était une violence gratuite et inopportune, elle n’est que la traduction d’une barbarie sans précédent dans les annales de l’histoire guinéenne. Quel que soit le contexte politique, les coutumes et mœurs en Afrique, nous enseignent le respect des morts. Comment comprendre alors ce déferlement de violence sur des familles éplorées au point de faire de nouvelles victimes. Nous voici encore avec 3 nouvelles victimes sous la main, portant à quinze ce décompte macabre. Je m’incline pieusement devant la mémoire de ces jeunes martyrs, tout en priant le Tout-puissant d’éloigner de la Guinée, le spectre des conflits ethniques. Je le dis et je le répète, le Président Alpha Condé seul a la clé de la décrispation et c’est lui qui sera face au tribunal de l’histoire.

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Vous avez longtemps milité pour le président Alpha Condé. Comment expliquez-vous que ces événements se produisent sous son magistère ?

Effectivement, j’ai longtemps milité pas pour la personne du Président Alpha Condé, mais pour les valeurs et principes démocratiques qu’il défendait pendant ses difficiles années d’opposition. Voir ces événements se dérouler sous son règne est un véritable choc pour moi. Et cela me fonde à croire que l’homme est en train de trahir ses propres idéaux en sacrifiant ces valeurs sur l’autel d’une soif personnelle du pouvoir. Ce qui est vraiment triste pour moi qui ai très tôt cru en cet homme et aux valeurs qu’il incarnait.

Au compte du FNDC, vous répétez sans cesse que la nouvelle constitution ne passera pas. Mais comment comptez-vous vous y prendre avec toutes ces tueries ?

Nous au FNDC nous n’avons pas de solution miracle face à une crise créée de toutes pièces et entretenue par nos dirigeants dans le seul but de confisquer le pouvoir en empêchant l’alternance. Nous n’avons aucune arme, si ce ne sont les armes constitutionnelles et légales, et parmi ces armes les manifestations constituent un moyen de pression. Certes, nous faisons face à cette tuerie aveugle entretenue par l’Etat et qui devient de plus en plus aveugle, mais notre détermination face au combat patriotique ne doit pas faiblir. Les responsabilités de la tuerie n’incombent qu’aux planificateurs et donneurs d’ordre. Nous, nous exerçons simplement un droit constitutionnel en appelant au respect de notre constitution et des clauses qui régissent notre démocratie.

De votre point de vue, à quoi doit-on ces pertes en vies humaines émaillent si fréquemment les manifestations politiques en Guinée ?

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Il serait prétentieux de ma part de vouloir situer les culpabilités dans ces tueries en absence d’une quelconque enquête. Mais s’il est difficile de parler de culpabilité, il est très loisible de parler de responsabilité. La première responsabilité incombe à l’Etat qui est le seul détenteur de la force légale de répression et qui en abuse au point d’endeuiller nos familles. Certes l’Etat a le devoir de garantir la libre circulation des personnes et des biens face à toute forme de vandalisme, mais le maintien d’ordre exige une réponse proportionnelle et mesurée évitant tout excès. Ajoutons à cela la responsabilité des partis politiques dans l’éducation citoyenne de leurs militants. Or le constat est là, cette répression aveugle n’épargne plus un seul endroit, mêmes les mosquées et le cimetière en font désormais les frais, au grand dam de notre démocratie…

Mouctar Diallo, le ministre de la Jeunesse, disait récemment qu’il a connaissance de jeunes armés durant les manifestations de l’opposition. Comment réagissez-vous à cette affirmation ?

Sincèrement ce n’est pas à moi de réagir à cette affirmation du Ministre Mouctar Diallo. S’il a des pistes pouvant conduire les enquêteurs vers les présumés criminels, il appartient à la justice et à l’Etat de lui demander des explications…

Que vous ont également inspiré les propos de Papa Koly Kourouma traitant la constitution guinéenne de « chiffon »

Je ne sais pas si le Ministre Papa Koly a eu à tenir des propos aussi gravissimes. Je ne l’ai pas entendu dire une telle chose. Toute fois, j’invite humblement tous les Guinéens au respect de notre république et de ses textes fondateurs. Cessons de vendre une image bananière de notre république. Si notre constitution est traitée par nous-mêmes de “chiffon”, alors que dire de toutes ces institutions qui sont l’émanation de cette constitution ? Sommes-nous en train d’insinuer que notre président de la république a juré deux fois sur un “chiffon” ? Sommes-nous en train de dire que notre Assemblée nationale dérive d’un “chiffon” ? Que les conventions et traités que nos ministres et cadres signent à longueur de journée, s’appuyant sur cette constitution sont aussi des “chiffons”? Sachons raison garder enfin dans ce pays !

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Le FNDC appelle à une novelle manifestation ce jeudi 7 novembre,  serez-vous parmi ceux qui vont sortir et pourquoi ? 

Notre parti Guinée Debout est un parti à la pointe du combat du FNDC. Ce combat, nous en sommes des pionniers au même titre que d’autres partis politiques et des mouvements de la société civile. C’est le lieu pour moi de rendre hommage à tous les camarades arrêtés arbitrairement dans ce combat et qui croupissent dans les geôles politiques de ce régime aux allures dictatoriales. Ceci dit, nous restons totalement solidaires de tous les mots d’ordre du FNDC et demandons à tous nos militants de rester vigilants et de répondre massivement aux appels du Front !

Propos recueillis par Ibrahima Kindi BARRY