GUINEE BISSAU : Bravo à la CEDEAO !

Ce n’est certes pas encore la fin de la crise en Guinée Bissau. Mais nous prenons le risque d’applaudir la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) pour sa position claire et son intransigeance vis-à-vis en particulier du président José Mario Vaz. Après les positions tout aussi courageuses et empreintes de fermeté qui s’étaient révélées payantes en Gambie, la voilà en passe de rafler un second trophée de taille en évitant à la Guinée Bissau de sombrer de nouveau dans une crise inextricable. Pour un continent africain plutôt habitué à regarder du côté de l’occident quand ça ne va pas chez lui, ces initiatives, certes isolées, sonnent comme une évolution symbolique vers la prise en charge de ses propres problèmes.

Le président José Mario Vaz a manifestement voulu se comporter comme le politicien classique sous nos tropiques. Alors qu’en juin dernier, il avait librement consenti à l’arrangement mis en place par la CEDEAO, il a voulu au dernier moment en violer les principes, avec l’espoir de mettre l’instance sous-régionale et ses adversaires à l’intérieur du pays, devant le fait accompli. Mais à son jeu de poker, la CEDEAO a tenu à répondre par une certaine cohérence. Selon les termes de l’arrangement trouvé à l’époque entre le président Vaz et le premier ministre Gomes, le chef de l’Etat dont le mandat est arrivé à terme resterait en place à titre honorifique jusqu’à la tenue des élections prévues le 24 novembre. Autrement, il n’avait surtout pas, contrairement à ce qu’il a fait le 28 octobre dernier, le droit et la légitimité pour démettre le premier ministre. Sans équivoque, la CEDEAO le lui a rappelé dès la prise de sa décision. Et l’instance sous-régionale l’a également notifié au nouveau premier ministre. Joignant l’acte à la parole, les dirigeants de la sous-région ont donné des consignes fermes aux troupes de l’Ecomib pour que le nouveau gouvernement ne prenne pas fonction. Les élans du président Vaz sont donc stoppés net. Et la grosse mobilisation qu’il y a eu lors du sommet extraordinaire du 8 novembre à Niamey a permis de réaliser que cette approche de fermeté n’est pas que le fait que quelques dirigeants isolés. Mais qu’il s’agit d’une position largement partagée au niveau de la région.

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Unité et fermeté sont donc les deux leviers que la CEDEO entend actionner de manière parallèle pour désamorcer la bombe que le président Vaz voulait faire exploser. Il convient néanmoins de relever que cette stratégie n’aurait probablement fonctionné si, à l’intérieur même la Guinée Bissau, il ne s’était pas trouvé des acteurs qui auront fait montre tantôt de réalisme, tantôt de bonne foi. Il s’agit notamment du nouveau premier ministre que le président Vaz avait chargé de composer le gouvernement. Empêché de prendre véritablement fonction et de travailler, Faustino Imbalo a démissionné. Bien sûr, on peut s’imaginer qu’il n’a pas rendu le tablier de gaieté de cœur. Mais à sa place, d’autres auraient fait le choix de l’entêtement stupide. Au-delà de sa personne, son choix aurait pu alors tendre davantage le climat et engendrer une situation où des Bissau-guinéens le soutenant, se dresseraient contre d’autres Bissau-guinéens. Mais il a préféré céder, et partant invite le président bissau-guinéen à faire de même. Un autre dont le choix est également à saluer, c’est le chef d’Etat-major général des armées bissau-guinéennes. C’est en grande partie sur l’armée que misait le président pour mener son plan. Sauf que cette armée-là, elle non plus, n’a pas voulu faire un choix stupide. Sollicité par le président Vaz, le chef d’Etat-major a recommandé à l’armée et aux forces de sécurité de rester en dehors des querelles entre les acteurs politiques. A ses troupes, il a demandé la neutralité stricte. Pour qui se rappelle que ce pays a son histoire ancrée dans la tradition des coups d’Etat, ce choix de l’armée a même quelque chose de totalement révolutionnaire. Bien sûr, là aussi, on pourrait toujours rétorquer qu’il n’avait pas le choix, parce que ne pouvant tenir tête aux troupes de l’ECOMIB. Mais si ! Le chef d’Etat-major aurait pu ne pas opter pour une solution aussi intelligente.

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En somme, nous disons donc que les choix effectués par la CEDEO, venant se combiner ou influencer ceux de certains acteurs à l’intérieur de la Guinée Bissau semblent se révéler payants. C’est en tout cas l’espoir que nous caressons. Pour la stabilité et la paix en Guinée Bissau tout d’abord. Pour la grandeur et le rayonnement de la CEDEAO ensuite. Cependant, une question se pose : la CEDEAO sera-t-elle aussi prompte et aussi ferme le jour où ce sera le tour d’un des mastodontes de la sous-région ? Nous préférons croire que la réponse est Oui.

Boubacar Sanso BARRY