La Marocaine Nadia Essalmi partage son expérience pour initier les enfants à la lecture

Dans de nombreux pays et ceux africains en particulier, la lecture est en crise. On lit de moins en moins de livres notamment. Un phénomène qui affecte un peu plus encore le segment de la littérature de jeunesse. Car dans un contexte où les adules eux-mêmes ne lisent pas, il est autrement plus difficile d’initier les plus jeunes à la lecture. Pourtant, la crise de la lecture au niveau de ces jeunes n’est pas une fatalité. C’est du moins la conclusion à laquelle est arrivée Nadia Essalmi. Co-fondatrice des Editions Yomard, au Marco, elle saisit l’occasion de la cérémonie de lancement de la troisième édition du Salon international du livre de jeunesse de Conakry pour partager les astuces qu’il a dû employer pour amener des jeunes marocains à la lecture. ‘’Lire pour grandir’’ tel est le nom de son initiative qui, selon elle, rencontre un franc succès du côté royaume chérifien.

Toutefois, d’entrée, elle énonce un principe de base. Pour qu’un enfant trouve du plaisir à lire un livre, le contenu du bouquin doit avoir un lien avec l’environnement socioculturel de cet enfant. C’est donc la première exigence qu’elle a dû satisfaire. « L’enfant marocain n’avait pas de livres locaux, c’est à dire qui parlaient de sa culture. Et donc quand j’ai créé ma maison d’édition en 1998, on créait un chemin pour que l’enfant marocain, comme tous les autres enfants, ait des livres qui parlent de sa culture, de son quotidien, de ses traditions. C’est pour moi essentiel et ça l’est pour l’enfant marocain également. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de livres pour enfants, au contraire il y en avait beaucoup, mais c’étaient des livres importés. Et qui parlent de livres importés, dit cultures importées. Je ne suis pas contre les cultures importés, c’est une richesse, mais un enfant doit comprendre sa culture pour pouvoir se développer et pour pouvoir survivre à d’autres cultures », Nadia Essalmi

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Ayant donc réuni des livres de jeunesse avec des contenus en phase avec l’environnement socioculturel de l’enfant marocain, la seconde étape pour Nadia fut de trouver une salle à la bibliothèque nationale en vue d’y programmer des séances de lecture pour les enfants. La salle trouvée et aménagée et les bouquins réunis et rangés sur les rayons, Nadia s’est ensuite penchée sur le canal de communication. Elle porte son dévolu sur les réseaux sociaux en général et facebook en particulier. « J’ai passé l’annonce. Je me suis fixée pour objectif de faire venir par le biais de cette annonce 20 personnes le dimanche qui suivait. Et donc arrive le dimanche prochain, j’ai 80 personnes ! J’ai compris que les parents surtout ne demandent que ça ».

Du succès que connait l’initiative ‘’Lire pour grandir’’ depuis quatre ans, la patronne des Editions Yomad tire un enseignement qu’elle partage en guise de recommandation à tous les éditeurs :

Nous les éditeurs, nous faisons des livres, mais nous ne faisons rien pour les accompagner. Il faut aller rencontrer les lecteurs sur le terrain,  parce qu’on est encore au stade où le lecteur va difficilement vers le livre. C’est ce que je fais les dimanches : c’est gratuit, c’est sans inscription, c’est sans engagement. Je me débrouillais pour avoir des livres et de temps en temps j’invitais des écrivains, de artistes, des conteurs, des comédiens, des acteurs, des actrices. Je les utilise en quelque sorte pour drainer du monde et maintenant les dimanches, il m’arrive d’avoir jusqu’à 400 personnes. Le concept c’est de mettre des tables avec des livres, mettre des tapis et des chaises où je recevais les enfants avec leurs parents.

La relation parent-enfant dans l’initiation de l’enfant à la lecture, Nadia Essalmi la préconise tout particulièrement :

L’idée de recevoir les parents avec les enfants c’est pour installer une tradition de lecture à la maison, parce que l’enfant, il lit peut-être pour la première fois avec papa ou maman, à la maison. J’ai des témoignages des parents qui disent que les enfants les agacent pour cela. On sait tous comment ça se passe, on rentre du travail, le temps de faire le dîner, de faire les devoirs, etc. c’est fatiguant. Mais quand on fait des enfants, c’est une responsabilité, et la responsabilité c’est d’accompagner son enfant dans tous les secteurs, pas que la culture, pas que l’école, et donc le soir, il faut transmettre l’amour du livre à l’enfant, il faut que le livre soit dans l’entourage de l’enfant, qu’il touche au jouet, mais qu’il trouve le livre à côté, on s’habitue au livre comme l’on s’habitue au jouet, et qu’après on ne soit pas étonné que l’enfant ne lise pas.

Le concept ‘’Lire pour grandir’’ a désormais un tel succès au Maroc qu’il est dupliqué dans une quinzaine de villes du royaume chérifien.

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Hawa Bah