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Amara Mansa Doumbouya du SLECG : « nous sommes prêts à tout, nous n’abandonnerons pas »

Le samedi 4 janvier 2020, le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) a mis à exécution la menace qu’il brandissait depuis des mois. Reprochant au gouvernement le non respect des engagements pris via le protocole d’accord de janvier 2019, le syndicat de l’éducation annonce une grève générale et illimitée à partir du 9 janvier prochain. Annonce à l’issue de laquelle notre reporter a approché Amara Mansa Doumbouya, membre du bureau exécutif du SLECG pour en savoir davantage sur les dessous de ce nouveau débrayage en perspective. Pas du tout sensible aux promesses du président de la République dans son discours de l’an, notre interlocuteur assure que la détermination des enseignants est sans faille. Bien que conscient que les autorités emploieront toutes sortes de manœuvres pour casser la grève, Amara Mansa Doumobuya, dans cette interview qu’il accorde à notre rédaction, promet que le SLECG fera triompher ses revendications. 

Après l’annonce du déclenchement de la grève par le SLECG à l’issue de l’Assemblée générale du samedi, vous avez, nous apprend-on tenu une autre réunion tard dans la soirée de ce samedi. Sur quoi portait-elle ?

La réunion de ce samedi soir portait, elle aussi, sur l’avis de grève. Il s’agissait pour le secrétaire général de donner l’opportunité à la base de se prononcer dessus. Car la signature de l’avis de grève doit se faire après une Assemblée solennelle. Et donc, nous comptons déposer l’avis aux autorités dès ce lundi.

Mais pourquoi n’avoir pas commencé par cette réunion, avant l’annonce de l’avis de grève à l’Assemblée générale ?

Ce n’est pas fondamentalement important de commencer par l’une ou l’autre. Parce que ce qu’il convient de savoir c’est que les éléments qui font la trame de l’avis de grève qui a été lu à l’Assemblée générale, nous les avons reçus de la même base. Toutes les préfectures et les 5 communes de la ville nous ont écrit pour nous demander d’aller en grève. Quelques-uns avaient même demandé d’aller en grève en novembre, d’autres en décembre. Donc, nous avons fait la synthèse de l’ensemble de ces correspondances que nous avons relues encore devant la base.

La coïncidence du dépôt de votre avis de grève avec la manifestation du FNDC d’une part, et l’opposition de l’autre n’est elle pas suspecte ?

Je vous laisse libre de votre opinion. Autrement, vous savez vous-même qu’avant que le FNDC ne commence ses manifestations par rapport au respect de la constitution, depuis 2017 nous sommes sur le terrain. Nous avons une plateforme revendicative qui n’a rien à voir avec celle FNDC ou de l’opposition. Nos statuts et règlements sont contre tout ce qui est politique, les activités d’un syndicat sont apolitiques, nous n’avons rien de commun avec ces structures. Il importe toutefois que l’on sache que le syndicat est une partie intégrante de la société civile, donc aujourd’hui nous reconnaissons solennellement que nous sommes membre de la PCUD (plateforme des citoyens unis pour le développement), et son président c’est Abdourahmane Sanoh, par ailleurs coordinateur national du FNDC. Mais j’insiste là-dessus, nous n’avons rien à voir avec les activités que mène le FNDC.  La plateforme revendicative du SLECG est claire, précise et concise. Premièrement, nous demandons à ce que nous discutions des 8 millions GNF. Deuxièmement, nous demandons à ce que, conformément au besoin qui se fait sentir sur le terrain, les contractuels soient engagés.

Pourtant, initialement, il était envisagé que vous déclenchiez votre grève à la date de ce 6 janvier, jour de la marche de l’ultimatum du FNDC. N’est-ce pas troublant ?

Ecoutez, je pense que nous devons pouvoir nous débarrasser de la subjectivité et de la suspicion à tout-bout-de-champ. Nous avons retenu la date du 9 janvier comme début de la grève, parce que la plupart des correspondances que nous avons reçues de nos syndiqués à la base voulaient que l’on déclenche la grève à cette date. Cependant, il est vrai qu’au niveau de la ville de Conakry, les communes de Dixinn et Matam avaient demandé à ce qu’on parte en grève le 6 janvier. Mais la majorité s’est dégagée en faveur du jeudi 9 janvier. Et c’est la voix de la majorité que nous avons finalement écoutée. Sans oublier que d’un point de vue pratique, on ne pouvait tenir une Assemblée le samedi 4 et demander aux enseignants d’aller en grève le 6.

Est-il néanmoins possible qu’un accord soit trouvé entre vous et les autorités d’ici l’expiration de votre avis de grève ?

Il faut toujours prôner le dialogue, parce que nous ne sommes pas là pour organiser une rébellion contre le gouvernement. Il se peut qu’il revienne à de meilleurs sentiments en nous proposant un montant, et c’est ce que nous voulons. On ne peut pas mettre en péril la formation de nos enfants et de nos frères qui sont dans ces écoles publiques, pour le simple plaisir de le faire.

Dans son discours de l’an, le président de la République vous a pourtant fait des promesses. Ne sont-elles pas suffisantes ?

Je pense que ceux qui ont rédigé ce discours ne sont pas en Guinée, parce que tout ce que le président a dit n’a rien de commun avec les réalités du terrain. Par exemple, lorsque le président dit qu’ils vont préparer les Etats-généraux de l’éducation, je me suis dit que lui et les rédacteurs de son discours ne sont pas informés. Les États généraux de l’éducation ont été préparés depuis 2017. Par ailleurs, c’est le même président qui a mis en place la commission de réflexion sur le secteur éducatif guinée,, avec Pr. Bano Barry, comme président. Ainsi, le document sur les Etats-généraux de l’éducation est déjà élaboré, il fait 193 pages. Lorsque le président dit que les économies dégagées par le processus d’assainissement du fichier des enseignants serviront à améliorer les conditions de vie des enseignants, mais sans affecter l’indice salarial conformément au protocole d’accord, il faut dire que nous n’avons jamais signé un protocole d’accord où il est écrit que le montant engrangé ne va pas affecter l’indice salarial. Le protocole du 13 mars 2017 en son point 3 est clair : ‘’les économies réalisées doivent être orientées sur le salaire de base’’. Quant au protocole du 10 janvier 2019, en son point 2, il dispose : ‘’les économies réalisées doivent être orientées sur le salaire indiciaire’’. Je me demande si le président a pris connaissance du protocole que nous avons signé avec ses représentants (ses ministres et l’inspecteur général du travail). Donc c’est un discours qui n’a rien à voir avec les protocoles. De même, quand il dit que les enseignants sont sa priorité, cela fait penser à une moquerie. Car il convient de noter que nos amis ont été bastonnés, les uns ont été emprisonnés, d’autres ont trouvé la mort à cause l’effet du gel satanique des salaires. En clair, ce qu’il faut dire c’est que la politique éducative du président de la République est passée à côté. Depuis 2017, personnellement, je n’ai reçu qu’une seule formation continue. Et maintenant que le régime est au soir de son règne, nous pensons que seule la grève peut nous permettre d’avoir ce que nous voulons.

Dans son discours de nouvel an, le président avait évoqué la mise en œuvre du statut particulier de l’éducation. Qu’en dites-vous ?  

Il y a un statut particulier de 106 articles qui a été élaboré depuis 2007. Si on avait voulu mettre le contenu de ce statut-là en pratique, on n’en serait pas là aujourd’hui. On ne serait pas en train de demander l’amélioration de nos conditions de vie. L’article 100 de ce statut dit en effet : « il faut améliorer les traitements des enseignants en fonction de la cherté de la vie ».

Vous en parliez vous-même tantôt. La dernière grève du SLECG, en raison de la  suspension des salaires, a été très éprouvante pour les enseignants. Du coup, ne risquez-vous pas de vous faire désavouer ?

C’est pourquoi nous avons pris du temps (3 mois) avant de prendre cette décision. Un syndicat responsable base toujours ses décisions sur une consultation. Nous on sait que les enseignants conscients de Guinée vont suivre la grève à l’unanimité, et nous allons triompher.

Comme ils savent aujourd’hui que les contractuels ne vont pas répondre à leur appel, ils sont en train de recruter des gens un peu partout. Pourtant, n’est pas enseignant qui le veut mais qui le peut. Il faut non seulement avoir une capacité académique, mais aussi une aptitude pédagogique. Nous savons bien qu’ils tenteront toutes les manœuvres. Mais nous sommes préparés à tout ceci, y compris au gel probable des salaires. Pas plus tard que le samedi dernier, les enseignants nous assuraient qu’ils sont prêts à cela. C’est un salaire insignifiant qui ne répond pas à nos attentes quotidiennes, donc nous nous attendons à cela, nous nous attendons à tout. Nous sommes prêts à la répression, nous sommes prêts aux arrestations, nous sommes prêts même au licenciement, mais nous n’abandonnerons pas.

Propos recueillis par Hawa Bah

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