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COTE D’IVOIRE : un rapprochement dicté par les circonstances

En Côte d’Ivoire, les acteurs de premier plan de la scène politique restent discrets sur leur stratégie. Ainsi, à l’exception de Guillaume Soro, on ne connait pas encore ceux qui entendent briguer la succession d’Alassane Ouattara. Le président sortant maintient lui-même le suspense sur son intention de se succéder à lui-même. Quant aux vieux crocodiles que sont Henri-Konan Bédié et Laurent Gbagbo, on ne sait guère ce que chacun rumine dans son coin. Mais une chose reste claire. Le rendez-vous d’octobre 2020, chacun des trois y pense à sa façon. Et c’est ainsi qu’il faut comprendre les discrètes rencontres que l’ancien président Laurent Gbagbo, en résidence surveillée dans la capitale belge, et son ancien premier ministre, Pascal Affi N’guessan, ont eues respectivement vendredi 3 et samedi 4 janvier 2020. Des rencontres, prélude à une réunification du Front populaire ivoirien (FPI), dans l’optique des élections présidentielles d’octobre 2020.

Tout le monde y gagne

La réconciliation qui se dessine dans le sillage de ces entrevues furtives et secrètes, toutes les deux tendances du FPI, ont intérêt à ce qu’elle se fasse enfin. En tout cas, si le parti veut encore compter sur la scène politique ivoirienne. D’abord, du côté de Laurent Gbagbo, le réalisme justifie qu’il envisage sa non-candidature comme une éventualité plutôt probable. D’une part, il n’en a pas tout à fait terminé avec la justice internationale. Même si beaucoup voient la main d’Abidjan derrière les derniers obstacles qui se dressent sur la route de sa libération. D’autre part, l’ancien président doit prendre très au sérieux l’obsession d’Alassane Ouattara, l’actuel président, de s’en aller avec tous ceux de sa génération. Avec surtout cet obstacle incarné par son successeur, Gbagbo qui n’a certainement plus les réflexes du redoutable manœuvrier politique qu’il fut, doit envisager que son parti prenne part aux élections avec quelqu’un autre comme chef de file. Dans cette éventualité, il a intérêt à renouer les fils avec son ancien premier ministre, en vue de réunifier le parti.

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Mais il est pareillement de l’intérêt d’Affi N’guessan de recoller les morceaux avec le camp fidèle à Laurent Gbagbo. D’autant que lui aussi aura eu le temps, en sept an de brouille avec l’ancien président, de se rendre compte que seul il ne pèse pas grand-chose. Sans la bénédiction de Gbagbo et du soutien de ceux qui demeurent fidèles à ce dernier, la tendance Affi ne fera que de la figuration aux prochaines échéances électorales.

Alassane Ouattara, cavalier solitaire

Ce rapprochement en perspective au sein de la famille FPI doit néanmoins parler à Alassane Ouattara et à ses lieutenants. Contrairement à ce qu’on pourrait penser en effet, tous ces développements sonnent comme une réponse aux agissements et propos que tient l’actuel président ivoirien. Ils relèvent tous des préparatifs de la présidentielle charnière de cette année 2020. Présidentielle à propos de laquelle les propos et les actes du président de la République sont loin d’être rassurants. On en veut pour exemple le harcèlement judiciaire dont font l’objet Guillaume Soro et Charles Blé Goudé. Il y a aussi les modifications constitutionnelles qu’il promet pour ce premier trimestre. Modifications dont on ne connait ni la nature, ni la teneur, encore moins les motivations réelles. S’y ajoute la question de la commission électorale indépendante. Enfin, la volonté du président Alassane Ouattara de barrer la route à Henri-Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Sur chacun de ces points, le président ivoirien n’en fait qu’à sa tête. Sûr de son fait et péchant quelque peu par orgueil et suffisance, il dicte la marche à suivre. Aucune concertation. Or, cette tendance à s’enfermer sur soi-même et à mépriser les autres, est une source de frustration et de rancœurs.

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Toutes choses dont la Côte d’Ivoire, dont la dernière crise postélectorale remonte à 10 ans, n’a pas besoin. D’autant que les plaies laissées par cette crise-là – qui avait fait plus de 3000 victimes – ne sont pas encore refermées. Il serait par conséquent irresponsable de souffler à nouveau sur les braises et de rallumer la flamme.

Boubacar Sanso BARRY

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