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TOGO : le 4ème mandat tend les bras à Faure

Les électeurs togolais sont attendus dans les urnes le 22 février prochain. Ils devront voter pour le président de la République. Ça c’est pour le principe. Car dans les faits, le suspense n’est qu’une illusion. Tout le monde sait que le président sortant du Togo est parti pour se faire élire pour son quatrième mandat d’affilée. Au pouvoir depuis 2005, Faure Gnassingbé peut potentiellement rester sur le trône à lui légué par son défunt père jusqu’en 2030. En tout cas, si l’opposition togolaise, comme elle l’aura jusqu’ici démontré, brille par son manque de stratégies et son incapacité à incarner l’alternative.  

Comédie

Ce mardi 7 janvier, c’est une comédie bien connue sous les tropiques que le président togolais et les militants de son parti nous ont servie au siège de l’Union pour la République (UNIR), dans la capitale Lomé. Alors que la candidature du président sortant relevait de l’évidence, Faure Gnassingbé s’est néanmoins prêté à l’exercice de simulation donnant l’impression que ce sont les militants et les responsables du parti qui demandaient qu’ils puissent rempiler. Et c’est ensuite, en guise de conclusion à la saynète, qu’il déclare lui-même : « J’ai été informé du souhait des militants de me voir porter encore les couleurs de notre parti à l’élection présidentielle, j’ai remercié et, en toute humilité, j’ai accepté”. Et c’est ainsi qu’il formalisait ce que tout le monde savait depuis toujours, à savoir qu’il briguerait un quatrième mandat. Un nouveau bail qu’il est d’ores et déjà certain de remporter.

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Bien sûr, cette tendance qu’ont certains dirigeants du continent africain à prendre en otage la fonction présidentielle est fort regrettable. Elle est aux antipodes du fonctionnement normal des régimes démocratiques dont l’alternance est la sève nourricière. Certains voient également en cette tendance un frein au développement et à la redistribution équitable des richesses nationales. Et bien entendu, la boulimie du pouvoir des dirigeants et de leurs entourages respectifs en sont les causes les plus manifestes. La répression, les intimidations, la fraude électorale et les achats de conscience sont entre autres les moyens dont ils usent pour se maintenir et maintenir par la même occasion leurs juteux intérêts. Mais dans un cas comme le Togo, l’opposition y a également sa part de responsabilité.

l’opposition face à ses responsabilités

N’ayant jamais su taire leurs divergences internes pour faire face à l’adversaire commun qu’est le président sortant, les opposants togolais ont souvent facilité les choses à Faure Gnassingbé. Par ailleurs, s’il est évident que le long règne que la dynastie Gnassingbé exerce sur le pays depuis l’indépendance agace et met mal à l’aise plus d’un togolais, il convient d’admettre néanmoins qu’aucun autre leader de l’opposition n’a véritablement su séduire les mécontents au point d’inquiéter sérieusement l’actuel dirigeant. Bien sûr, on se rappelle de l’épisode de juillet-août 2017. A l’initiative de la société civile et des partis politiques de l’opposition, des manifestations monstrueuses avaient failli alors emporter le pouvoir. Mais avec le recul, c’est à se demander si ces soulèvements inédits n’étaient pas exclusivement en lien avec le sommet Afrique-Israël que le pays devait accueillir en octobre de la même année. En tout cas, depuis l’annulation de fait de ce sommet auquel beaucoup de dirigeants du continent étaient opposés, Faure Gnassingbé et son camp ont repris du poil de la bête. En témoigne la facilité avec laquelle il a pu faire passer le semblant de réforme constitutionnelle qui, loin de le stopper dans son élan, lui donne au contraire le droit de briguer deux autres mandats supplémentaires, en sus des trois qu’il a déjà épuisés.

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De toute évidence, l’opposition togolaise doit se remettre en cause. Il lui faut faire sa mue. Objectivement. Quelques phrases assassines ou des discours grandiloquents vides de sens distillés à la va-vite dans la presse ne sont pas de nature à faire chuter Faure Gnassingbé. Pour venir à bout d’un tel adversaire, il faut aller à l’école d’Adama Barrow et de l’opposition gambienne. Autrement, abattre un travail de fond afin de proposer aux Togolais une offre politique qui les séduise et les rassure. C’est la seule voie qui vaille si les opposants ne veulent pas se contenter du rôle d’accompagnateurs éternels dont la participation aux différentes élections ne sert qu’à légitimer ces dernières.

Boubacar Sanso BARRY

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