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BURUNDI : ainsi donc, Pierre Nkurunziza s’en ira vraiment ?

Heureusement que dans le flot incessant des mauvaises nouvelles qui font si souvent la trame de l’actualité africaine, il y a de temps en temps ces quelques lueurs qui permettent d’entretenir l’espoir. Des lueurs comme celles qui nous parviennent en ce moment du Burundi, dans la région des Grands Lacs. En effet, la perspective que le président Pierre Nkurunziza ne brigue pas un nouveau mandat est une bonne nouvelle. D’autant qu’elle n’était pas nécessairement attendue il y a à peine deux ans quand, dans un contexte de tension extrême, le président burundais n’en faisant qu’à sa tête, avait procédé à la réforme de la constitution. Or, désormais, cette heureuse perspective se confirme, avec le choix de celui qui portera les couleurs du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, aux présidentielles du 20 mai prochain. Bien sûr, il y a de quoi épiloguer sur la retraite juteuse que Nkurunziza a pris le soin de s’aménager avant d’envisager son retrait. Mais il ne faudra pas oublier qu’il avait tout de même la possibilité de demeurer en place jusqu’en 2034.

Certes, moins d’un mois après l’adoption de la nouvelle constitution, le 17 mai 2018, Pierre Nkurunziza avait fait savoir qu’il ne se présenterait pas pour un quatrième mandat. Mais en réalité, personne n’y croyait. Du moins, jusqu’au 21 décembre dernier quand, évoquant la cérémonie de présentation de vœux aux corps de défense, de sécurité et du renseignement qu’il présidait, il a indiqué que celle-ci constituait la dernière qu’il officiait en personne. Mais avec le choix, ce dimanche 26 janvier 2020 à Gitega, du candidat du CNDD-FDD pour la présidentielle du 20 mai prochain, la perspective de la retraite de l’actuel président burundais devient plus évidente encore. Et la probabilité que le flambeau soit repris par le général Evariste Ndayishimiye est très grande. C’est en effet sur le secrétaire général du parti au pouvoir qu’on mise pour briguer la succession de Nkurunziza. Il aura été finalement préféré aussi bien à Pascal Nyabenda, le président de l’Assemblée nationale, qu’à Denise Bucumi Nkurunziza, la première dame. De toute évidence, son passé d’ancien maquisard comme Nkurunziza aura ultimement milité en sa faveur. Encore que ce n’est pas le seul lien qui unit le président sortant et celui qui est pressenti pour lui succéder. Le général Evariste Ndayishimiye a en effet successivement assumé les fonctions de ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique et de chef de cabinet militaire et civil du président Nkurunziza. D’une certaine façon, son choix est donc quelque peu le choix de la continuité.

Et comme on le disait, les chances que le candidat du CNDD-FDD remporte la présidentielle prochaine sont particulièrement élevées. En face, il n’y plus de véritable opposition qui soit en mesure de tenir tête au parti au pouvoir. D’un côté, Agathon Rwasa qui fait office d’opposant historique, a trempé dans la compromission en acceptant de siéger à l’Assemblée nationale, à l’issue des législatives de 2015. D’un autre côté, le Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit (Cnared) composé de l’aile dure de l’opposition, essentiellement en exil, reste profondément divisé. Par ailleurs, le fait que les principaux animateurs de la plateforme soient loin du pays limite considérablement leur capacité d’action et d’influence sur le terrain. C’est dire que le général Ndayishimiye est parti pour être le futur président du Burundi.

Quant à lui, Pierre Nkurunziza, avant d’acter son départ, s’est assuré une retraite confortable. C’est ainsi qu’en vertu d’une loi votée exprès en sa faveur le 21 janvier 2020, il pourra en tant qu’ancien président, disposer d’une dotation exceptionnelle de 500.000 USD. Elevé au rang de Visionnaire éternel du CNDD-FDD et de Visionnaire du patriotisme par le Conseil des ministres, il bénéficiera en outre d’une villa qu’il pourra faire construire dans la ville de son choix. Enfin, il jouira également d’autres dispositions spéciales dont ne bénéficie en tant normal que le chef de l’Etat. Bref, Nkurunziza, même en raccrochant les crampons, ne devrait pas avoir à se plaindre. A condition que le général Ndayishimiye ne se laisse pas inspirer par un certain Joao Lourenço.

Boubacar Sanso BARRY

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