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GAMBIE : Adama Barrow rattrapé par ses engagements populistes

A l’instar de Conakry, le temps est à la contestation depuis quelques jours à Banjul, la capitale de la Gambie. Dans les deux cas, le mandat du président à la tête du pays, est le fond du problème. Mais les similitudes s’arrêtent bien là. Car si en Guinée, c’est le probable troisième mandat pour Alpha Condé qui pose problème, en Gambie, Adama Barrow n’en est qu’à la troisième année de son tout premier mandat. La constitution du pays lui reconnait un premier bail de cinq ans et même la possibilité d’un second de cinq autres années. Pourtant, ses adversaires exigent qu’il s’en aille du palais. Plutôt paradoxal non ? Surtout pas ! Cette exigence n’est que la conséquence d’engagements tout aussi légers que populistes que le candidat Adama Barrow, à l’époque naïf et vraisemblablement inexpérimenté, avait pris en contrepartie du ralliement des autres opposants à sa cause.

Le coup de poker gagnant

On est dans le dernier trimestre de l’année 2016. Une élection présidentielle est en vue en Gambie. Mais dans le pays comme ailleurs, personne ne se fait aucune illusion quant à l’issue du scrutin. Au pouvoir depuis son coup d’Etat de 1994, la fantasque président Yahyah Jammeh est assuré de l’emporter. D’autant que son principal challenger qu’est Ousseinou Darboe, le leader de l’UDP est en prison. Aux yeux de tout le monde donc, l’élection du 1er décembre n’est d’aucun enjeu. Ceci étant, sans trop de conviction, l’opposition tente un hypothétique coup de poker. Puisqu’il s’agit d’un scrutin à un seul tour, pourquoi ne pas présenter un candidat unique, se dit-elle ? De l’idée à l’acte, la ‘’Coalition 2016’’ est mise en place dans la foulée, et le choix se porte sur le candidat du NPP, Adama Barrow. A une condition cependant ? Que ce dernier consente à ce que, dans l’éventualité peu probable où il serait élu, il n’assumerait la fonction que pour une période transitoire de trois ans, au bout de laquelle il organiserait une autre élection présidentielle ouverte à tout le monde. Tout est parti de là.

Manque de réalisme et excès

Investi le 19 janvier 2017 dans les locaux de l’ambassade de la Gambie au Sénégal, l’actuel président de la Gambie a donc fait trois ans. Mais le deal avec ses ex-alliés de l’opposition, il l’a depuis oublié. Il a le droit avec lui, parce que la constitution lui reconnait le droit de rester en place cinq ans durant, pour ce premier mandat. Mais ses détracteurs n’ont pas la même grille de lecture. Eux sont plutôt sur le terrain des valeurs et de la morale. Le président ayant promis, il doit s’y conformer. Autrement, il n’est pas fiable et n’est conséquemment pas digne de confiance. Ce n’est pas totalement faux. La politique dénuée de tout sens moral, c’est un peu le fléau actuel du continent africain. Mais de toute évidence, les adversaires d’Adama Barrow pèchent un manque de réalisme. Ou tout au plus, ils font un peu dans l’excès. Et d’une certaine façon, ils font courir à ce pays qui demeure encore fragile de gros risques. En effet, qu’est-ce que cela changerait d’attendre que le président achève son premier mandat ? Après tout, il ne reste que deux ans. Par ailleurs, que chacun d’entre eux se mette un peu à la place du président actuel. Aurait-il accepté, sous prétexte qu’il s’y était engagé, de quitter le pouvoir avant la fin de son mandat ? Surtout, que personne ne réponde par l’affirmative, car cela reviendrait infailliblement à mentir. Avec la boulimie du pouvoir qui fait la caractéristique des dirigeants sous nos tropiques, une telle éventualité est même de l’ordre de l’inenvisageable.

Personnalité et bilan

Finalement, l’exigence de l’opposition gambienne vis-à-vis du chef de l’Etat a son explication ailleurs. Elle tient surtout à la personnalité et au bilan d’Adama Barrow. Ce dernier reste en effet peu charismatique. Par ailleurs, il renvoie de lui-même une autorité très peu affirmée. Il est loin de susciter cette sympathie naturelle que l’on remarque tant dans le sillage de bien de dirigeants de ce monde. Or, il y a qu’à ces traits de sa personnalité, vient s’ajouter un bilan de sa gestion qui n’a rien de particulièrement brillant, lui non plus. Certes, il a le mérite d’avoir mis en place et fait démarrer la Commission vérité et réconciliation. Mais c’est pratiquement son seul trophée de guerre, en trois ans. Inflation galopante, chômage des jeunes en hausse, malaise général des populations, gestion peu rationnelle des maigres ressources du pays, menaces sur les libertés…demeurent en effet les autres marqueurs de son bilan. Autant dire qu’il était plutôt facile de soulever une contestation contre lui. Même si la pertinence juridique du soulèvement n’est pas nécessairement prouvée. Mais ça, le cynisme politique s’en fout éperdument !

Boubacar Sanso BARRY

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