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WASHINGTON : la France cherche allié pour le Sahel

Pour le continent africain, la démarche a quelque chose d’à la fois ironique et humiliant. En effet, c’est Florence Parly, la ministre française des Armées, qui est depuis le lundi dernier à Washington pour tenter de convaincre le pentagone et l’ensemble de la hiérarchie militaire américaine de ne pas mettre à exécution la menace de retirer leurs troupes du Sahel. Et si l’on s’en tient aux réponses mitigées que ses différents interlocuteurs lui ont réservées, ce n’est pas gagné. Mauvaise nouvelle donc en perspective pour notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Et même pour le Tchad où Boko Haram continue encore à sévir via quelques audacieuses attaques. Mais pour l’Afrique en général et le Sahel en particulier, ce n’est pas tant le niet catégorique que l’Oncle Sam pourrait réserver aux requêtes de Florence Parly qui est essentiel. Ce qui est préoccupant, c’est plutôt le fait que des questions aussi stratégiques que la sécurité et la défense de pays indépendants depuis 60 ans puissent aussi fatalement échapper à ces mêmes pays. C’est d’autant plus préoccupant que l’Afrique ne peut que piteusement constater l’implacable réalité qui est celle qu’elle n’est pas en mesure d’assurer sa propre sécurité.

Une capacité de nuisance intacte

Pour le Sahel, le défi est pourtant entier. Au lendemain du sommet de toutes les vérités de Pau, les attaques terroristes succèdent les unes aux autres. Ainsi, il y a moins d’une semaine, c’est au centre du Mali que les djihadistes s’en prenaient à une gendarmerie, avec une vingtaine de gendarmes tués sur place. Ensuite, dans la nuit de samedi à dimanche, c’est le village martyr de Silgadji, dans la région du Soum, au nord du Burkina Faso qu’ils envahissent une nouvelle fois, avec un bilan variant entre 10 et 70 morts. Mais l’horreur avec laquelle les terroristes ont sévi dans ce dernier cas mérite qu’on s’y attarde. Prenant le soin d’encercler le village, ils ont d’abord détruit l’antenne relais pour priver leurs proies de toute possibilité d’alerter le monde extérieur. Ensuite, ils ont fait le tri entre les hommes et les femmes, preuve qu’ils n’étaient nullement pressés. Enfin, après leur sanglante besogne, ils ne trouvent pas mieux que de semer des mines le long de la route menant aux villages, sans doute pour retarder le plus possible l’arrivée des troupes loyales au secours. A cela s’ajoute l’embuscade tendue le lundi dernier sur l’île de Tetewa à des soldats tchadiens par des combattants de Boko Haram. Six morts côté tchadien.

Le Sahel n’y peut rien

C’est dire donc que le terrorisme est encore bien présent au Sahel. Malheureusement, rien ne permet de présager qu’il en partira de sitôt. D’autant qu’au moment où le mal se renforce au gré des recompositions entre les différents groupes, du côté de ceux qui le combattent, c’est l’incertitude et le désespoir. D’abord, les pays du Sahel eux-mêmes ont amplement prouvé qu’ils ne peuvent y faire face. Leurs armées respectives ne sont ni formées, ni outillées pour opposer aux terroristes la résistance que ces derniers méritent. Ces pays ont à leurs têtes des dirigeants qui, du fait des soupçons de mauvaise gouvernance qui pèsent sur eux, n’ont aucune légitimité pour mobiliser leurs populations respectives autour du défi du terrorisme. Enfin, ces pays baignent dans des contextes socioéconomiques si précaires que les jeunes très peu formés et sans emploi sont plus enclins à épouser les doctrines obscurantistes dont les abreuvent les djihadistes.

Le terrorisme au Sahel, une question de fatalité ?

Le Sahel, il ne faut pas y compter donc ! Il ne reste plus alors que la France. Parce que le grand frère américain, lui, commence déjà à plier bagage. Donald Trump pense que les enjeux pour son pays sont plus importants dans la bataille qu’il devra désormais livrer contre la Chine et la Russie que de continuer de gaspiller ses soldats et ses moyens de surveillance dans cette bande sahélienne, aussi aride. Au-delà, il est de l’intérêt même du président américain, en cette année électorale, d’honorer l’autre de ses promesses de rapatrier les GI’s à la maison. C’est en somme le mur contre lequel viennent de se fracasser les doléances de Florence Parly. La ministre des Armées françaises a beau plaidé, la hiérarchie militaire américaine semble bien résolue à commencer le retrait de ses troupes début mars prochain. Il se dit même qu’en réalité, pour ce qui est des drones notamment, ce retrait a en fait déjà commencé. Une mauvaise nouvelle pour le Sahel. Mais aussi une mauvaise nouvelle pour la France qui commence à être hantée par la sombre perspective de l’enlisement de son intervention dans cette crise interminable du Sahel. D’autant que d’autres partenaires de relai ne se bousculent guère au portillon. A ce rythme, on finira par admettre que le terrorisme au Sahel est une question de fatalité.

Boubacar Sanso BARRY

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