KANKAN: étudiants et exploitants de sable

C’est connu, pour bon nombre d’étudiants guinéens, la vie à l’université n’est pas toujours la plus faste. Et c’est encore plus vrai pour ceux des étudiants orientés dans des zones où ils n’ont pas de parents ou de proches, susceptibles de leur venir au secours pendant les moments durs. C’est notamment le cas à Kankan dont l’université Julius Nyéreré accueille des jeunes souvent venus de plutôt loin. Et pour ceux-là, les primes d’entretien ne suffisant pas à faire face à toutes les charges, d’autres boulots annexes sont nécessaires. C’est ainsi que beaucoup sont parallèlement dans les carrières au bord du fleuve Milo où, à côté des artisans locaux, ils font dans l’exploitation du sable. Notre correspondant dans la région y est à fait un tour et s’est entretenu avec quelques-uns de ces étudiants obligés de se livrer à une activité dont ils ont conscience qu’elle n’est pas sans conséquences aussi bien sur leur formation que sur l’écosystème. Mais ils n’ont pas le choix, expliquent-ils. Une pirogue remplie de sable se négociant entre 15.000 et 30.000 GNF, beaucoup d’étudiants se fixent pour objectifs la recette de 50.000 GNF au terme de la journée de travail.

Ces étudiants momentanément transformés en exploitants de sable, on les retrouve surtout dans les quartiers Briqueterie et Energie. Ne perdant pas de vue la raison de leur présence dans la capitale de la Haute Guinée, ils prennent soin de ne venir dans les carrières que les jours où ils n’ont pas de cours. Nestor Millimono est un d’entre eux. Etudiant en Géographie, il donne les raisons de sa présence dans la carrière : « je fais ce travail pour subvenir à mes besoins. Les parents ne sont pas là et il y a beaucoup de charges auxquelles il faut faire face (loyer, nourriture, frais de brochures et autres besoins). Aussi, si je ne fais rien et ne me contente que de ma prime, je ne pourrai pas m’en sortir. Ce n’est possible ! »  D’autant que, précise-t-il : « cette prime ne nous est versée que tous les trois mois ». Nestor a bien conscience que pour l’étudiant qu’il est, une activité parallèle comme celle à laquelle il se livre n’est pas idéale : « je sais que cela m’empêche de réviser, mais je n’ai pas de choix », dit-il.

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D’Alhassane Cissé, un autre étudiant que nous croisons dans cette carrière, on peut dire qu’il fait office d’ainé. Devant terminer son cycle de trois ans cette année, il fait dans l’exploitation du sable depuis sa première année. Et on peut dire qu’il en retient bien d’avantages : « ce travail m’aide beaucoup. Il me permet de faire face à toutes mes charges depuis ma première année. Bien sûr, ce n’est pas toujours facile de combiner ça avec les études. Mais face aux problèmes, je préfère faire ça que de voler ou quémander ».

Pour les chefs de carrière, avec une longue expérience des misères de la vie, il n’y a rien d’exceptionnel dans le fait que des étudiants puissent parallèlement exploiter du sable pour gagner un peu d’argent. A leurs yeux, cela confirme plutôt le fait que dans la vie, il faut se battre pour réussir et que les étudiants ont plutôt compris cette leçon basique de la vie. Ainsi, maître Mamoudou, un de chefs de carrière nous confie : « chacun de nous a une histoire. Je suis depuis plus de dix ans dans cette activité et nous avons eu plusieurs étudiants qui sont venus passer les trois ans avec nous. Nous les encadrons et les aidons du mieux que nous pouvons ».

Depuis Kankan Michel Yaradouno pour ledjely.com

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