Cheick Taliby Sylla, la gaffe de trop ?

Vis-à-vis de leurs ministres en général, les Guinéens sont souvent méfiants. Soupçonnant ces derniers de rouler davantage pour leurs intérêts personnels que de se préoccuper des véritables problèmes du pays et des citoyens, ils leur font très peu confiance. Mais ces derniers temps, il y en a un qui symbolise tout particulièrement cette crise de confiance entre les représentants de l’Etat et les citoyens. Il s’agit de Cheick Taliby Sylla. En charge de l’Energie depuis le 21 octobre 2014, il peine à rallier l’opinion publique à sa personne, en raison surtout du déficit que le pays continue d’enregistrer dans un secteur aussi stratégique que celui de la desserte du courant électrique. Mais pas que. Cheick Taliby Sylla pèche aussi par certaines de ses sorties médiatiques. Soutien fieffé du pouvoir, il ne fait ni dans la nuance, ni dans la modération. Au point que, très souvent, ses affirmations rament à contre-courant de l’évidence. Ce qui, bien sûr, ne plaide pas en faveur de sa cote de popularité. Même s’il continue d’être investi de la confiance du président de la République. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes de la part d’Alpha Condé.


La dernière bourde du ministre de l’Energie, ce sont ses propos dans lesquels il estime que « la Guinée est le 4ème pays exportateur d’électricité dans la zone CEDEAO ». Plutôt sérieux, le ministre qui s’exprimait le vendredi dernier à l’occasion de la cérémonie de passation de service à la Direction générale d’EDG, ajoute même que cette quatrième place, venait respectivement après le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Ghana et que cela aurait été « dernièrement reconnu » en marge d’une rencontre à Abidjan. Pour les Guinéens qui ont lu cette information chez nos confrères de Guineenews, de tels propos, s’ils ne relèvent pas d’une chimère résultant d’une certaine mégalomanie, sont tout au moins révélateurs de choix hautement discutables des autorités guinéennes. En effet, comment se fait-il que la Guinée soit reconnue exportatrice du courant électrique, alors que ce dimanche 16 février, des jeunes réclamant le courant électrique ont manifesté dans les environs du domicile du premier ministre, à Lambanyi ?  Comment la Guinée peut-elle exporter le courant électrique, pendant que les quartiers les plus chanceux de Conakry ne sont desservis que 6/24 heures ? En quoi tient une telle incongruité ? Telle est la question que posent les Guinéens à propos de cette nouvelle sortie d’un ministre qui est cependant adepte de ce type de controverse.

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Car faut-il le rappeler, c’est le même ministre qui, en juin dernier, alors qu’il était en tournée dans des localités relevant de la préfecture de Kindia, avait accusé les sorciers d’empêcher l’électrification d’une d’entre d’elles. Car, disait-il, la lumière électrique et celle dont usent les sorciers ne sont pas compatibles. Cette autre sortie, avait également été suivie d’un tollé général. Même si dans son entourage, on s’était défendu en alléguant que le ministre avait lancé ses accusations sous forme de boutade. Prétexte difficilement recevable quand on se rappelle que Cheick Taliby Sylla, rapporté par Guineematin, avait textuellement déclaré :

J’ai le rapport et le coût qu’il faut pour l’électrification de ce district. Mais, il faut dire à N’gan Sirayé et Bassokhona d’accepter, à leur tour, l’électrification de Goléah. Car, la lumière du courant et l’autre que vous connaissez (celle des sorciers, ndlr), ne peuvent pas briller à la fois. Les deux ne peuvent jamais émettre une lumière au même endroit. Donc, dites-leur de céder un peu.

Une autre anecdote se rapportant au ministre et qui ne milite pas – là aussi – en sa faveur, ce sont des propos qu’il a tenus en mai 2015. Les élections présidentielles d’octobre de la même année étaient en vue et on venait de lancer opportunément la première turbine du barrage hydroélectrique de Kaleta. Invité dans l’émission les GG d’Espace FM, il affirmait tout de go : « le fameux tour-tour, c’est terminé, Le délestage électrique relève désormais du passé ». Traduction : le courant électrique serait désormais fourni de manière permanente, ne serait-ce que dans les foyers de la capitale Conakry. Depuis, on a pu juger de la validité de la promesse.

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Boubacar Sanso BARRY