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GUINEE : quels scénarii après le report du double scrutin ?

En ce lundi 2 mars, la Guinée et ses habitants se réveillent en un seul morceau. La grande implosion qui était redoutée en ce 1er mars n’est finalement pas intervenue. Au contraire, à Conakry et dans l’arrière-pays, on a passé un week-end assorti d’une pointe de soulagement. Mais ce sentiment sera sans doute de courte durée. Avec le report concédé par le pouvoir, la crise n’a été que différée. Le fond du problème demeure. Aussi, il est fort probable que les appréhensions d’il y a deux à trois jours reviennent nous hanter dans deux semaines. Parce que dans son discours de vendredi dernier, Alpha Condé a été très clair. Le report qu’il a accepté n’est point une capitulation. Du moins, pour l’instant. Car pour la suite, toutes les options sont sur la table. De la pire à la meilleure.

Scénario n°1 : Alpha Condé poursuit dans sa logique

La première hypothèse qui s’offre à nous est bien sûr la perspective que le président de la République a lui-même dessinée lors de son adresse à la Nation de vendredi soir. En substance, il avait dit que sa concession avait pour objectif de rassurer les partenaires de la communauté internationale en général et ceux de l’Union africaine et de la CEDEAO en particulier. Autrement, sur le fond, Alpha Condé est resté droit dans ses bottes. Certes, il consent à ce qu’on veuille certifier le logiciel avec lequel la CENI a géré le fichier électoral. Mais même si on venait à relever les anomalies dénoncées par l’opposition guinéenne, le numéro un guinéen promet qu’il ne sera pas question de permettre à ceux qui s’étaient volontairement mis en marge du processus de faire leur com back. Autrement, il tient encore à son référendum constitutionnel et à des législatives dont seraient exit ses principaux adversaires. Ce scénario-là est très probable, parce que le président Alpha Condé et son camp y tiennent. Or, ils sont loin d’être totalement démunis. Toutefois, cette option n’est pas sans conséquences, aussi bien pour le pays que pour le camp présidentiel lui-même. D’une part, l’opposition politique et le front anti-nouvelle constitution ne voudront pas se laisser faire. Et le pays demeurera pour quasiment tout le reste de l’année sur des braises ardentes. D’autre part, quand les tensions auront atteint un certain seuil, il n’est pas exclu que la grande muette se mêle à la danse. Bien sûr, pour l’heure, la hiérarchie militaire semble loyale au dispositif en place. Mais de fortes tensions politiques associée à un malaise social qui risque de résulter de cette ambiance délétère, pourraient donner des idées à certains.

Scénario  n°2 : Alpha Condé revient à de meilleurs sentiments

En face de ce scénario, l’autre éventualité serait que dans le sillage du report ainsi acté, on réussisse à faire entendre raison au président Alpha Condé. Que la conjugaison de la pression de la communauté internationale et des conseils avisés de certains de ses amis d’ici et d’ailleurs, le convainc du bien-fondé de renoncer tout d’abord au projet de référendum constitutionnel. Ou tout au moins qu’il consente à ne pas briguer un nouveau mandat à l’issue de la mise en place de la nouvelle constitution. Cette hypothèse suppose aussi que le président de la République, revenu à de meilleurs sentiments, accepte qu’on remette à plat l’ensemble du processus électoral. Ce qui implique un travail plus consensuel sur le fichier électoral et un nouveau chronogramme, probablement avec une nouvelle personnalité à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Dans cette hypothèse, on peut par ailleurs envisager que les législatives et les présidentielles prochaines puissent être couplées. Présidentielles auxquelles les candidats de l’opposition auraient à affronter celui que le président Alpha Condé se sera choisi comme dauphin. C’est de loin le scénario le plus rassurant et le moins risqué pour l’ensemble du pays. Mais la probabilité pour qu’il advienne est quasi-nulle. Eu égard aux positions figées des uns et des autres.

Scénario n°3 : le glissement

Entre les deux, il y a la logique du glissement. Un peu à la Kabila en RDC. Une éventualité qui ne manque pas d’adeptes, en particulier depuis que le président Alpha Condé a annoncé le report. Ce scénario résulterait d’une part de l’incapacité du président à mettre en place le premier plan, et de l’autre du fait qu’il ne disposerait pas suffisamment de temps pour faire émerger un dauphin. Il lui suffirait dans ce cas de faire semblant d’accepter les réformes préconisées au sujet du fichier électoral et la refonte du chronogramme des élections. Mais que dans les faits, il s’ingénierait à allonger indéfiniment les délais en torpillant la mise en œuvre des différentes opérations. Encore que si l’idée lui venait d’user d’un tel subterfuge, on pourrait, à la fin de son mandat, lui imposer un partage du pouvoir via un gouvernement d’union nationale. Dans ce scénario non plus, les Guinéens dans leur ensemble ne sont pas gagnants. Par contre, la probabilité que cette option puisse prévaloir n’est pas si nulle. Car l’élite politique pourrait y trouver son compte. Or, les intérêts du moment,  c’est ce que les responsables politiques du pays ont en commun, qu’ils soient par ailleurs de l’opposition ou du pouvoir.

Boubacar Sanso BARRY

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