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KABINET FOFANA : « toutes les options sont envisageables désormais »

A la suite de la publication récente du rapport de l’étude sur la ‘’Participation des Guinéens à la vie politique-Conakry’’, nous recevons Kabinet Fofana, politologue et président de l’Association guinéenne de science politique (AGSP), à la base de cette étude. Dans cet entretien, il décrypte certaines des données de l’enquête et commente les derniers développements de l’actualité politique en Guinée. Il trouve notamment qu’après le report du double scrutin initialement programmé le dimanche dernier, toutes les options sont désormais sur la table. Y compris celles du retour des opposants dans le processus et même de l’abandon de l’idée du référendum.

Entretien…

Dans le rapport que vous venez de publier suite à une enquête sur la participation politique des populations de Conakry, il se révèle que 98,6 % ont pris part aux trois dernières élections (législatives de 2013, présidentielles de 2015 et communales de 2018). Comment expliquez-vous que les citoyens de Conakry soient aussi politisés ?

Kabinet Fofana : cela s’explique par plusieurs facteurs, il y a la forte couverture médiatique de la capitale. A Conakry, les gens sont très friands des produits de médias et, si je prends les radios, elles émettent toutes pratiquement à Conakry. Il y a aussi un encrage des réseaux sociaux ce qui fait que les gens accèdent facilement à internet avec leur Smartphone pour suivre les infos. Il y a aussi l’impact des discours politiques à l’occasion des réunions hebdomadaires des différents partis politiques, donc, ce qui fait que les gens vivent la chose au quotidien.

En soi, une telle proportion est-elle une bonne ou une mauvaise chose ?

Pour les partis politiques c’est une bonne chose parce qu’ils vont s’enorgueillir. De l’autre côté, c’est inquiétant.  Si les populations sont autant politisées alors que les motivations de vote sont plus guidées par un relent communautaire que la capacité des partis politiques à pouvoir répondre efficacement aux problèmes des populations, ce n’est pas très rassurant pour notamment la cohésion nationale.

D’une part, vous dites que les Conakrykas sont vraiment politisés et de l’autre, il ressort de votre rapport que ces mêmes citoyens ne sont pas satisfaits de l’offre politique. Comment expliquez-vous que les gens aient voté avec une telle proportion aux dernières élections, mais que paradoxalement, ils ne sont pas satisfaits des offres politiques qui sont proposées ?

Tout simplement parce que les gens votent pour leur ethnie. Ils se disent qu’au lieu de s’abstenir, ils préfèrent voter pour quelqu’un de leur localité ou de leur région. Ces mêmes personnes qui disent que l’offre politique est négative, sont les mêmes personnes qui trouvent que les nominations d’Alpha Condé sont négatives parce qu’il a suffisamment nommé d’anciens cadres de Lansana Conté. Sauf que si vous comptabilisez les votes des dernières élections, vous vous rendrez compte que ces mêmes citoyens auront voté, dans une écrasante majorité pour un ancien cadre de Conté, qu’il soit de l’opposition ou de la mouvance.

Donc, ils trouvent qu’il y a un besoin de renouvellement de la classe politique, mais un renouvellement qui permet de mettre à disposition une offre politique capable de résoudre les problèmes auxquels les populations sont confrontées au quotidien.

Dans votre étude, vous dites que 52,7% des Conakrykas ne voudraient pas d’un changement constitutionnel et que 20,2% optaient plutôt pour la modification constitutionnelle et non pour le changement. Est-ce que cela voudrait dire que le projet de nouvelle constitution du chef de l’Etat est illégitime ?

Il faut préciser que ce résultat ne concerne que la zone spéciale de Conakry, et cette population ne veut pas d’une nouvelle constitution. Parmi eux, beaucoup se reconnaissent aux idéaux du FNDC. Il y a une autre frange qui n’a aucun problème avec la modification constitutionnelle ou non. Par contre, leur souci est de voir Alpha Condé partir en 2020. Cette étude prouve aussi que les gens sont réticents au projet de nouvelle constitution par peur qu’Alpha Condé reste au pourvoir. Sans quoi, pour eux, il n’y a aucun mal à changer cette constitution, tout le fond du problème c’est le troisième mandat.

Sur cette question, on entend de plus en plus des appels demandant au président Alpha Condé de s’engager ouvertement à ne pas briguer un nouveau mandat même s’il venait à faire adopter la nouvelle constitution. Ces appels vous semblent-ils d’une part, réalistes, et de l’autre, s’inscrivent-ils sur la voie d’une solution ?

Je pense bien qu’ils peuvent constituer une piste de solution.

Mais est-ce qu’ils sont réalistes ?

Je pense que si vous m’aviez posé cette question avant le report, j’aurais dit qu’ils ne sont pas réalistes. Mais du moment où le report est intervenu, après tout ce qu’on a entendu notamment de la part de certains responsables du parti au pouvoir, je me dis que toutes les options sont envisageables désormais ; il est même possible qu’Alpha Condé soit en ce moment même en train de se poser sérieusement la question de savoir s’il ne ferait pas une déclaration dans laquelle il annoncerait qu’il ferait juste adopter la nouvelle constitution, mais qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. Une telle remise en cause pouvant résulter des avis qui lui viennent désormais de partout, la communauté internationale, les amis, etc.

Le président Alpha Condé dans sa déclaration du vendredi 28 février, a indiqué clairement qu’il ne permettrait pas à ceux qui ont boycotté le scrutin de revenir. Comment appréciez-vous cette déclaration du président ?

Cette position c’est plus pour assouvir certaines opinions qui sont essentiellement celles de ses partisans. Il en avait besoin pour apaiser ses militants. Je pense qu’on est là en présence d’un élément de langage lié à une communication de circonstance. Car autrement, ça n’aurait pas de sens. Ne perdons pas de vue que le retrait des instances de la communauté internationale du processus électoral résulte bien de la contradiction entre le pouvoir du président Alpha Condé et l’opposition guinéenne. C’est le boycott du scrutin par certains qui a amené le report. Aussi, je ne vois pas quel est le capital politique de laisser les experts de la CEDEAO qualifier le fichier électoral, mais que derrière les partis politiques de l’opposition ne puissent pas participer aux échéances.

Toutefois, on peut toujours envisager l’hypothèse qu’Alpha Condé ait fait cette concession pour mieux ajuster sa stratégie. Par ailleurs, vu l’échec cuisant que la CEDEAO est en train de récolter dans la crise en Guinée Bissau, on ne peut pas dire qu’elle peut imposer tous ses diktats à Alpha Condé. Du coup, s’il est poussé par sa base, il pourrait bien à aller à l’encontre des préconisations que pourrait faire l’organisation sous-régionale.

Mais si c’est un élément de langage comme vous le dites, est-ce que cela ne voudra pas alors dire que le président Alpha Condé s’est mis une corde au cou vis-à-vis de ses partisans, en leur faisant une promesse qu’il ne pourra pas tenir ?

Il faut dire à ce niveau qu’Alpha Condé est fort de l’emprise qu’il a sur ses militants. Il y a une sorte de pacte sacro-saint qui lie Alpha à ses militants. Il en est lui-même persuadé. C’est d’ailleurs parce qu’il se sent fort de cette assurance, qu’il s’est autorisé aller au lendemain du report au siège du RPG.

En fait, si on vous suit, le délai de deux semaines concédé pour le report, n’est qu’indicatif. On pourrait bien aller au-delà… ?

Oui, on pourrait bien aller au-delà. Ecoutez, si le logiciel de déboulonnage de la CENI était une solution, on n’en serait pas là aujourd’hui. Du coup, on peut entrevoir deux pistes de solution possibles. Soit, on résout le problème sur le plan législatif, ça veut dire qu’on trouve un accord qui permette à la CENI d’extirper complètement les électeurs problématiques. Soit, c’est la solution technique (informatique) avec le logiciel actuel de la CENI. Sauf que je ne vois ni l’opposition guinéenne, ni la CEDEAO laisser cette seconde hypothèse prospérer. Du coup, je me dis que les deux semaines restent indicatives. Dans la mesure où on pourrait probablement avoir besoin de plus de temps pour résoudre le problème.

De même, on évoque aussi l’hypothèse que les élections législatives et les prochaines présidentielles puissent être couplées, peut-être en octobre prochain. Qu’en pensez-vous ?

Cette hypothèse ne me parait pas particulièrement pertinente. Si on traine, ce qui pourrait éventuellement arriver, c’est qu’Alpha Condé n’accepterait pas qu’il soit frappé par l’impératif du mandat. Il pourrait par conséquent davantage s’intéresser à la présidentielle. Et pour ce qui est du référendum, on pourrait simplement laisser tomber. Bien sûr, ce que je dis intègre l’éventualité que le président ne veuille pas briguer un nouveau mandat et qu’il soit disposé à passer le relai à un successeur.

Propos décryptés par Ibrahima Kindi BARRY

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