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GUINEE : les non-dits de la mission avortée de la CEDEAO

Ce mardi 17 mars 2020, une mission de haut niveau de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) était censée séjourner à Conakry, en vue de discuter avec le président Alpha Condé du double scrutin référendaire et législatif du dimanche 22 mars prochain. Une mission qui devait être composée du Nigerian, Muhummadu Buhari, du Ghanéen, Nana-Akufo Ado, de l’Ivoirien, Alassane Ouattara ainsi que du Nigérien, Mahamadou Isoufou, par ailleurs président en exercice de la CEDEAO. Mais à la surprise générale, elle a été annulée hier dans l’après-midi. Alors même que certains émissaires notamment ceux du président ivoirien étaient dans la capitale guinéenne. Sur les raisons de cette annulation, il y a ce qu’on a dit et ce qu’on n’a pas voulu mettre sur la place publique.

Tout d’abord, si dans la quasi-totalité des médias, on parle d’annulation, la déclaration officielle du ministère des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, quant à elle, évoque plutôt un « report sine die ». « J’ai été informé cet après-midi, par le Ministre nigérien des Affaires étrangères, au nom du Président en exercice de la CEDEAO, que la mission des Chefs d’Etat a été reportée sine die », dit le chef de la diplomatie guinéenne dans la déclaration distillée à la presse dans la soirée du lundi. De son côté, l’ambassade de la Côte d’Ivoire en Guinée a présenté au ministère guinéen des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger des excuses pour les désagréments que cette « décision inattendue de dernière minute » a pu causer. Enfin, selon nos confrères de RFI, c’est l’expansion de l’épidémie du coronavirus qui a refroidi les ardeurs des présidents ghanéen et ivoirien. « C’est une question de cohérence avec les mesures strictes annoncées en interne pour fermer nos frontières et nos écoles » a même confié un officiel ivoirien à la radio française.

Toutefois, ces raisons paraissent plutôt minces. Surtout eu égard aux enjeux qui sous-tendent la crise guinéenne, d’une part, et au fait que jusqu’ici il n’y ait qu’un seul cas de coronavirus confirmé en Guinée, d’autre part. D’ailleurs, au micro de RFI, un responsable gouvernemental trouve que le coronavirus est encore un « problème mineur ».  

Par ailleurs, à Abuja, siège de la CEDEAO, une source avait, dès le jeudi 12 mars (veille de la publication du décret convoquant le corps électoral), confirmé le principe de la venue des chefs d’Etat, avec comme objectif de plaider « l’inclusivité » des élections législatives.

Ce mardi, une source proche des autorités nigériennes que nous avons pu joindre nous explique que l’annulation de la visite résulterait de la réticence que les autorités guinéennes avaient à l’égard de l’initiative de la CEDEAO. Selon notre interlocuteur, dans un premier temps, c’est la partie guinéenne qui a mis du temps à autoriser la venue des chefs d’Etat de l’instance sous-régionale. « Ce sont les autorités guinéennes qui ont refusé les autorisations de vol. Le Ghanéen et l’Ivoirien étaient prêts à venir dans un premier temps. Le président guinéen n’a pas autorisé le survol du territoire par les deux avions présidentiels. Le président Buhari a été informé, il y a eu des discussions très chaudes entre les chefs d’Etat et les Affaires étrangères guinéennes. Pendant 48 heures, les autorités guinéennes n’ont pas voulu donner l’accord de principe », nous rapporte notre source basée à Niamey.

Après cette âpre tractation, le président Alpha Condé, nous susurre-t-on, a fini par consentir à la venue des chefs d’Etat. Mais à la clef, il aurait clairement et fermement signifié son refus de reporter le double scrutin de dimanche prochain. « Vu la détermination qu’ils ont perçu de la part du président guinéen de tenir les élections, ils se sont dit qu’il est préférable d’annuler la mission pour ne pas que leur venue puisse servir à cautionner le processus. Ils préfèrent le laisser aller droit dans le mur », souligne-t-on dans la capitale nigérienne. L’épidémie du coronavirus, rajoute-on, n’aurait été qu’un simple prétexte. « Puisqu’ils n’étaient pas question qu’ils rendent public le différend avec le président guinéen, ils ont saisi l’aubaine que leur offre la crise sanitaire du moment ».

« Nous sommes dans le même scénario que celui d’avant le 1er mars 2020″, analyse pour sa part, un observateur. Qui rappelle qu’avant le report du double scrutin décidé le 28 février par le président Alpha Condé, les responsables guinéens avaient refusé la venue d’une autre délégation de la CEDEAO et qu’à l’appui de ce refus, ils avaient servi des « fake news à l’opinion publique guinéenne« . Suivant cette logique, notre observateur estime qu’il ne serait pas étonnant que la CEDEAO et l’Union africaine rendent publiques dans les prochains jours des « décisions qui pourraient confondre les autorités guinéennes« . D’autant que sur le plateau de l’émission « Internationales » de TV5Monde, Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale de l’OIF a récemment dit espérer que « la Guinée ne va pas se fâcher avec tout le monde« .

Boubacar Sanso BARRY

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