22 MARS : que nous réserve l’après-scrutin ?

Si l’on s’autorise à surfer sur la vague du cynisme et de l’irresponsabilité qui sont particulièrement en vogue ces derniers temps en Guinée, on passerait alors sous silence la dizaine de victimes qui auront ensanglanté les opérations de vote de ce dimanche 22 mars, pour conclure qu’entre Alpha Condé et ses opposants, il y a eu un match nul. Le premier avait juré qu’il ferait tenir le double scrutin à cette date, en dépit notamment de la méfiance et des dénonciations de la communauté internationale. Eh bien, d’une certaine façon, il est arrivé à ses fins. Les seconds, quant à eux, s’étaient absolument engagés à empêcher ce même double scrutin. Eh bien, eux aussi auront plutôt rempli leur part d’engagement. Car, au vu des violences qui les ont émaillées, des incidents enregistrés ça et là et même des manœuvres de fraude que certains candidats dénoncent déjà, d’élections, il n’en était pas véritablement.  Bref, les deux protagonistes s’étant jaugés à l’occasion, chacun sait que l’autre n’est pas si nul que cela. En pareil cas, on peut espérer une trêve synonyme de paix des braves. Dans le cas de la Guinée aussi, cet espoir, bien qu’étant plutôt mince, existe néanmoins.

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Le premier pas dans le sens d’une détente doit tout d’abord partir du camp Alpha Condé. C’est lui qui doit prendre la gravité du moment, après qu’une cinquantaine de Guinéens soient tombés dans le sillage du débat sur sa nouvelle constitution, que des centaines d’autres aient été blessés, arrêtés et incarcérés. C’est lui qui doit réaliser que la société guinéenne est aujourd’hui profondément divisée, que les frustrations accumulées sont immenses et que le précipice est à portée de main. Surtout, le président de la République doit logiquement avoir conscience que sur la durée, à 82 ans révolus, il ne pourra pas continuer à supporter la pression croisée dont il est la cible. Pression de son camp, de son opposition et de la communauté internationale. Bien sûr, il aura montré qu’il est plus tenace que certains de ses adversaires avaient imaginé.

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Surtout qu’à toutes ses pesanteurs, viendra infailliblement se greffer celle d’une crise socioéconomique consécutive au laisser-aller qu’il y a eu dans la gestion du pays ces derniers mois et à la pandémie du coronavirus. Le premier pas du chef de l’Etat consistera pour lui à ne pas briguer un nouveau mandat. Maintenant qu’il a sa nouvelle constitution, s’accrocher à un hypothétique bail supplémentaire reviendra à tenter le diable. Alors que si très vite, il lève le doute sur ce point, il peut espérer calmer le Front national pour la défense de la constitution (FNDC). Et même, dit-on, du côté de Trump, on pourrait fermer les yeux sur les événements des six derniers mois. En somme, s’inspirer de son homologue ivoirien, c’est la seule fenêtre qui lui reste.

Encore que même dans cette éventualité, le problème ne serait pas tout à fait résolu. En effet, le renoncement à un nouveau mandat ne suffira pas à calmer l’opposition politique, privée de participation aux élections législatives de ce dimanche. Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et les autres, privés des juteux postes de députés, ne baisseront pas les armes pour une simple promesse d’Alpha Condé de ne pas briguer un nouveau mandat. Ils voudront certainement plus. Un gouvernement d’Union nationale pourrait dans ce cas être envisagé. Sauf que dans l’entourage actuel d’Alpha Condé, on risque de ne pas cautionner le chantage. D’autant que l’arrivée des uns sonnera le départ des autres. Dans ce cas, il ne resterait plus que l’option d’un dialogue politique, avec en toile de fond le fichier électoral. A six mois des élections présidentielles auxquelles Alpha Condé ne prendrait pas part, un fichier électoral purgé de ses nombreuses scories, pourrait inciter les principaux opposants à envisager l’avenir proche avec un brin d’optimisme. Aussi, ils pourraient consacrer le reste du temps à mieux préparer ces échéances-là. Donnant ainsi au président Alpha Condé et nouveaux députés un temps de répit dont ils auront bien besoin.

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Mais comme on s’en aperçoit, tous ces scénarii ne sont que des arrangements au profit des seuls politiques. La Guinée et les Guinéens n’en feront pas nécessairement partie. Pour le pays et ses habitants, la routine serait la prévision la plus réaliste. Parce qu’ils ont le malheur d’avoir une classe politique qui se soucie très peu d’eux.

Boubacar Sanso BARRY