[TRIBUNE]: La nécessité de créer une nation est plus urgente qu’une nouvelle constitution.

Vivant loin du pays, ce lecteur suggère à ses compatriotes guinéens (gouvernants et gouvernés) de s’atteler davantage à la construction de la Nation. Il pense même qu’une telle oeuvre serait hautement plus salutaire que la nouvelle constitution qui vient de faire l’objet d’un référendum. Se voulant pondéré et un brin pédagogue, il a conscience que le travail ne sera pas facile. Mais il demeure convaincu que ce n’est pas impossible pour autant. Mais il est surtout certain que c’est la seule voie qui mène au salut de la Guinée. Une Guinée dans laquelle il rêve qu’un jour les citoyens de tous les bords et de toutes les communautés se reconnaîtront indistinctement dans la République et ses institutions et dont ils seront tous fiers. Très pragmatique par ailleurs, il propose ici quelques pistes très concrètes. 

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  • La Guinée a-t-elle un État ?
  • Oui
  • La Guinée a-t-elle des hommes d’Etat ?
  • Non
  • La Guinée a-t-elle un peuple ?
  • Oui
  • La Guinée a-t-elle une Nation ?
  • Non

Justement, c’est là le véritable problème, on n’a jamais réussi à construire une nation

Cela est dû au fait qu’on n’a pas une histoire commune. Certes, une histoire, le pays en a bien sûr. Mais elle n’a jamais été partagé par tout le monde du fait que chacun tire le drap de son côté.

On a préféré mentir pour cacher la vérité.  Car certains ont toujours qu’en détruisant les archives et en faisant disparaître les preuves, ils effaceraient les douleurs chez les victimes et qu’ils éviteraient de ce fait aux générations futures de juger la cruauté de certains devanciers.

Cette pensée est malsaine, car au lieu de construire une nation unie, elle détruit, elle divise, elle met d’un côté les victimes et leurs descendances et de l’autre côté, elle regroupe ceux dont le passé est une construction mensongère.

Lorsqu’on écrit l’histoire d’un peuple, on ne doit pas le faire avec passion, ni avec parti pris

C’est un exercice qui nécessite beaucoup de courage et d’intelligence. Car une nation, pour qu’elle existe, se  doit d’être fidèle à son histoire. Une histoire dont elle tiré les aspects positifs pour continuer à rayonner. Mais aussi une histoire dont elle doit courageusement admettre les péchés, pour pouvoir se maintenir en équilibre et avancer. L’histoire a montré que toute chose qui est fondée sur la trahison de la vérité est appelée à s’effondrer. Aussi, au risque de nous répéter, disons le tout net, il est impossible de construire une nation viable autour d’une histoire basée sur des mensonges, des calomnies et de la traîtrise.

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L’histoire informe, elle éduque et elle permet à chacun de prendre conscience, de savoir les lignes à ne pas franchir.

La France a fait la guerre de cent ans avec les anglais, elle a fait la guerre plusieurs fois avec les allemands, l’Europe en un mot était la poudrière du monde, du 12ème  au 20ème  siècle, des millions des personnes ont été décimées dans des conflits sans aucune raison.

Mais avec le travail des intellectuels, des historiens et des hommes d’Etat responsables au lendemain de la seconde guerre mondiale, on a débouché sur un autre monde, une autre Europe. Dans chacun des États de l’Europe occidentale, des hommes et des femmes se sont mis à la tâche pour construire des sociétés responsables et civilisées.

Ils ont commencé par écrire leurs histoires. Du bon et du mauvais côté de cette histoire. Tout a été écrit et enseigné, cela a permis à tout le monde de connaître la vérité, de mesurer combien de fois les conséquences de la bêtise humaine peuvent être lourdes.

Aujourd’hui, quoi qu’on dise, l’Union européenne demeure le foyer mondial de la démocratie et du respect des droits humains, bien que tout ne soit pas rose. Mais avons-le, le progrès de l’Europe dans ce domaine est remarquable.

Est-il possible de construire une nation guinéenne viable ?

Ce n’est pas gagné, mais c’est bien possible ; et la nécessité de le faire est plus imminente que le besoin d’une nouvelle constitution.

Une nation ne peut se construire sans prendre en compte des valeurs essentielles comme l’histoire partagée et acceptée de toutes et tous, d’une langue et surtout « la volonté de vivre ensemble ».

Donc, il faut se rendre à l’évidence et reconnaître que les bases d’une nation viable n’existent pas aujourd’hui. Ensuite seulement, il faudra ressentir du plus profond de soi la volonté de construire un avenir meilleur et mettre les intellectuels au travail.

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Écrire la vraie histoire, celle qui doit être commune et partagée. Ce qui suppose qu’il faudra l’écrire sans rien occulter.

Il faudra mettre en place un système éducatif performant, enseigner dès le plus jeune âge l’histoire de notre pays, le civisme, la morale, les valeurs patriotiques, les valeurs démocratiques et surtout la nécessité de la volonté de vivre ensemble, tout cela dans un cadre de fraternité et d’amour. Cela permettra de créer l’unité nationale pour les prochaines générations autour des valeurs essentielles.

La justice et l’égalité, sont des valeurs primordiales pour bâtir une nation forte.

La justice représente pour un peuple, ce que le moteur est pour une voiture. Sans la justice, il n’y a pas de confiance, pas de sérénité. Sans la justice, on a que des frustrations et de la colère. Ce qui conduira les gens à se détester et se haïr les uns les autres.  Et la haine une fois installée, chaque victime ou prétendue victime cultivera l’esprit de vengeance et il sera impossible de construire l’unité nationale dans un tel contexte.

Par contre, en présence d’une justice en laquelle tout le monde se reconnait, quiconque se sent léger se tournera vers elle et tout le monde se reconnaîtra en l’Etat et éprouvera de la fierté vis-à-vis de son pays et de ses institutions.

L’Egalité de tout le monde en droit et devoir, l’égalité de tout le monde devant la loi et devant les opportunités et les richesses du pays doivent être effectives pour construire une nation unie.

Dans un contexte où tous les citoyens sont soumis aux mêmes traitements, aux mêmes exigences, aux mêmes procédures, aucun président ne sera considéré comme le président d’une communauté ou d’une région et cela favorisera la lutte contre le vote communautaire. Dans un tel contexte, aux critères subjectifs qui guident actuellement les choix des électeurs, se subitement celui objectif fondé sur l’évaluation tout aussi objective du programme des candidats.  .

Nous sommes dans un pays multiculturel, plusieurs communautés y vivent, il faut tenir compte de l’équilibre social dans la formation des gouvernements et des nominations dans l’administration publique.

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Cela ne veut pas dire qu’il faut faire des nominations communautaires à des fins politiques mais vu que chaque communauté, chaque région à des fils et filles capables, il est souhaitable de choisir les meilleurs et les mettre ensemble et ainsi montrer par les faits que nous sommes une famille.

La langue, il en faut pour construire une nation.

Aujourd’hui, imaginez un soussou qui ne parle pas français et qui ne parle pas poular, s’il se rend à Poredaka au Fouta, il devient automatiquement étranger dans son propre pays.

Et si un peul qui ne parle que poular se rend dans le pays kissi, en forêt, ça sera comme s’il partait dans un pays à l’étranger.

Donc à défaut de trouver une langue nationale consensuelle, il faut rendre l’école obligatoire et par conséquent l’apprentissage de la langue officielle obligatoire.

La langue est un facteur qui permet de créer des liens forts entre les humains.

Avec la volonté de chacun et de tous, nous pourrons construire une grande nation.

MB DIALLO