PRISE EN CHARGE DU COVID-19 : le double discours d’Alpha Condé

Face à l’explosion du nombre de cas confirmés au coronavirus que connait la Guinée depuis quelques jours, le président Alpha Condé s’est résolu à réunir ce vendredi 3 avril 2020 les principaux acteurs, en vue de les inviter à taire les divergences et dissensions. Ce, parce qu’il était de notoriété publique que le ministère de la Santé et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) se faisaient ouvertement la guerre. Et que cette guéguerre n’était pas de nature à stopper la folle progression du virus qui, à la date du 3 avril justement en était à 73 cas positifs notifiés. En marge de la rencontre, le chef de l’Etat s’est posé en défenseur d’une Guinée dans laquelle tout le monde serait logé à la même enseigne. S’il est prêt à faire en sorte que les capacités d’accueil des malades du Covid-19 soient revues à la hausse, Alpha Condé ne veut pas cependant que cela donne lieu à une prise en charge différenciée, selon qu’on est riche ou pauvre. Si cette posture est fort louable, il convient toutefois de relever qu’elle est l’exact contraire de ce que le même Alpha Condé défendait il y a juste deux semaines.

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Devant les acteurs impliqués dans la gestion de la crise sanitaire qu’il avait convoqués au palais Sekhoutouréya ce vendredi, le président Alpha Condé a déclaré : « Si l’hopital Donka ne suffit pas, nous sommes prêts à prendre l’hôtel Onomo. Mais je ne veux pas non plus qu’on nous accuse de deux poids deux mesures. C’est-à-dire que certaines personnes sont traitées comme ça et d’autres non. Je ne veux pas être dans la situation où ceux qui ont les moyens envoient leurs parents à Tunis, pendant que le paysan meure là-bas. Je ne veux pas de ça non plus ! Ce n’est pas le schéma des malades à 2 étoiles d’un côté, et les malades à 4 étoiles de l’autre. Tous les Guinéens sont égaux devant la maladie ». Ce discours est bien beau. Il est particulièrement conforme à ce que le Guinéen lambda souhaite entendre de son président de la République.

Mais on ne sait jamais si la volonté qui semble le sous-tendre est authentique ou s’il s’agit d’une simple déclaration aux relents populistes. On est d’autant confus que le 20 mars dernier, au cours d’une rencontre similaire, le même chef de l’Etat avait tenu un discours diamétralement opposé. Ce jour-là, devant l’essentiel des partenaires techniques et financiers du pays, le président Alpha Condé avait tout aussi ouvertement défendu le principe de la prise en charge différenciée. « C’est vrai qu’à Nongo, il n’y a pas pour le moment des lits pour VIP, mais on fait dans les conditions actuelles pour le moment. On va tout faire pour améliorer les installations là-bas, pour que, quand ce sont des personnalités, elles soient mieux traitées », avait-il déclaré ce jour-là.  

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Finalement, la question est de savoir lequel des Alpha Condé faut-il croire ? Celui du 20 mars, avant le double scrutin ? Ou bien celui de ce 3 avril, alors que la Cour constitutionnelle venait de valider la nouvelle constitution ?

Boubacar Sanso BARRY