COUVRE-FEU : ces femmes qui jubilent

African couple having a great time together

Si ailleurs, le confinement a gonflé les chiffres sur les violences conjugales dont dans certains cas des tragédies, en Guinée, le couvre-feu en cours fait des heureux. Des heureuses plutôt. Car ce sont les femmes au foyer qui, jusqu’ici se plaignaient du retour tardif de leurs époux vers la maisonnée qui se frottent les mains. Les réunions prolongées, les embouteillages interminables, un verre avec des amis…aucun des arguments habituellement servis ne résiste au couvre-feu consécutif à coronavirus. De 21 heures à 5 heures du matin, tout le monde doit être à la maison. L’occasion pour certains époux de réaliser toute la pénibilité qu’il y a à s’occuper des enfants turbulents. Ce qui, là aussi, n’est pas pour déplaire aux dames. Même si on n’en a aucune qui ait eu le courage de se confier à visage découvert. Malheureusement !

A lire  M. Le Président… (lettre ouverte d’Aïssatou Chérif Baldé)

« C’est Alpha Condé qui est fort à l’heure-là », dit l’une d’elles sur un air volontairement triomphaliste. Son mari était, selon ses propres termes, devenu « étranger à sa propre maison ». Aussi, madame compte profiter de la période du couvre-feu pour prendre sa revanche. « Je verrai bien s’il va continuer à sortir la nuit », dit-elle.

« Avant, quand il sort le matin pour le service, il ne revenait qu’à partir de 22 heures ou 23 heures voire même dès fois au-delà de minuit. Surtout depuis qu’il a acheté sa voiture », confie une autre au sujet de son mari. Elle aussi savoure son moment de gloire. D’autant qu’il ne lui était pas permis de protester face au comportement de son mari. Comportement qu’elle désapprouvait pourtant intérieurement. « Je n’ose pas dire un mot sans risquer de me faire gronder toute la nuit ». Eh bien, depuis l’instauration du couvre-feu, la torture morale a migré du côté de chez son mari. « Actuellement, dès après le journal de 20 heures 30, il se retranche dans la chambre avec son téléphone et me laisse avec la télé pour suivre mes séries», lâche-t-elle, soulagée.

Une troisième, quant à elle, se réjouit pour une toute autre raison. Elle avoue se tordre de rire quand, agacé par la turbulence des enfants, son mari s’énerve. « Je ne sais pas combien de fois il m’appelle pour m’inviter à venir prendre les enfants, pour lui permettre de se concentrer sur son film ou son émission à la télé », indique-t-elle.  Elle espère qu’avant la fin du couvre-feu, « il va comprendre combien il est difficile de s’occuper des enfants ». Le couvre-feu l’enchante à tel point qu’elle souhaiterait même qu’il puisse demeurer au-delà de la pandémie du coronavirus. Les hommes apprécieront.

A lire  TOUGUE: le discours intégral du premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana

L’argument des embouteillages monstres, c’est fini, se réjouit une dernière. « C’est fini ça ! », insiste-t-elle. « Depuis qu’ils ont instauré le couvre-feu, pratiquement tous les jours, il est à la maison avant 18 heures », rapporte-t-elle. Or, avant, « dès que je lui faisais le reproche sur son retour tardif du service, il me ramenait sans cesse le même argument : les embouteillages. Mais, c’est fini ça».

Qui a dit que coronavirus ne rime qu’avec malheur ?

Ibrahima Kindi BARRY