TIBOU KAMARA-KASSORY FOFANA : les origines de la brouille

C’est une amitié que les circonstances et les nécessités de la vie ont scellé il y a plus de deux décennies. A l’époque, le premier – Tibou Kamara – est un journaliste à la plume particulièrement vantée. Le second – Kassory Fofana – est un fringant ministre délégué chargé du Budget et de la Restructuration du secteur parapublic. Pourtant, cette relation des plus étroites a été, ces derniers jours, mise rude épreuve.

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Comme l’ont révélé nos confrères de Mosaiqueguinee, la brouille entre le premier ministre et son ministre de l’Industrie et des PME trouve son origine dans le choix du successeur de Abdoulaye Yéro Baldé, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Sa lettre de démission une fois rendue publique le 27 février 2020, le président de la République qui n’avait aucun intérêt à ce que la polémique consécutive à ce départ inattendu perdure, charge son premier ministre de lui proposer deux potentiels remplaçants. Selon nos informations, dans un premier temps, Tibou Kamara caresse lui-même le rêve de succéder à Abdoulaye Yéro Baldé. « Il faut dire qu’avec le budget qui est alloué à l’Enseignement supérieur, il y a de quoi aiguiser des appétits », nous dit un connaisseur des arcanes de l’administration guinéenne. Seulement, suite un subtile sondage qu’il réalise dans le sillage du premier ministre, il se rend compte que ses chances à lui sont plutôt minces.

C’est alors que, selon nos informations, il reporte son choix sur le Pr. Alpha Amadou Bano Barry, le conseiller du président de la République en charge de l’éducation. « Il n’y a pas que Tibou Kamara qui l’avait proposé. Il était également le choix du ministre des Sports, Sanoussy Bantama Sow », confirme une source.  Qui rajoute : « en misant sur Bano, Tibou défendait une position de principe selon laquelle, puisque c’est Bano qui, ces derniers temps, a défendu le système éducatif sur tous les fronts, il lui revenait de droit de succéder au ministre démissionnaire ». Tel n’est pas l’avis de Kassory Fofana. Pour autant, le premier ministre reçoit en bonne et due forme la proposition de son ministre de l’Industrie. Toutefois, à Tibou, il dit ceci : « le président me charge de lui faire une proposition de deux personnes. C’est donc ce que je vais faire. A lui de faire le choix ultime ». Ce qui en réalité n’était qu’une posture de principe. Car dans les faits, ses préférences étaient pour le jeune Kadher Yacine Barry. Mais Tibou qui n’a pas le choix acquiesce.

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Mais à l’annonce du nom du nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, Tibou n’est pas content. Il en veut à son premier ministre. A ses yeux, si son choix n’a pas prospéré, c’est parce que Kassory Fofana ne l’a pas suffisamment défendu. Et pour lui, une telle attitude s’apparente à une trahison. Surtout de la part d’un collaborateur avec qui il est lié depuis 1996. Conséquence, il refuse de décrocher les appels de Kassory Fofana. Ce dernier tente et retente. Aucun succès. Entre temps, par personnes interposées, il fait savoir son mécontentement à son premier ministre. Celui-ci envoie des émissaires à la rencontre de Tibou. Nos sources évoquent particulièrement Alexis Diallo, un ami commun aux deux. Mais le ministre de l’Industrie reste inflexible.

Et c’est à ce moment précis qu’intervient un autre facteur aggravant. En effet, dans la presse et sur les réseaux sociaux, apparaissent opportunément des publications dénonçant d’une part le plan d’urgence anti-Covid-19, et de l’autre, évoquant l’hypothèse du départ imminent de Kassory Fofana du palais de la colombe. Avec à la clé une peinture particulièrement sombre du bilan du chef de gouvernement. Dans l’entourage de Kassory, on fait vite le lien. C’est l’œuvre de Tibou Kamara, susurre-t-on à l’oreille du premier ministre. Il ne se donne même pas le temps de vérifier. Il avalise la thèse d’une tentative de sa déstabilisation par son ministre de l’Industrie et des PME. Et c’est la faute impardonnable à ses yeux. Conséquence, désormais c’est lui qui se braque et qui ne veut plus entendre parler de Tibou Kamara. Et qui le fait clairement savoir autour de lui.

Depuis, la brouille perdure. Une mésentente à laquelle certains imputent même le fait que Tibou Kamara ne soit pas rendu au premier conseil des ministres qui a suivi après la nomination de Kadher Yacine Barry. “Il y a une tradition que nous avons instaurée en Conseil des ministres. Quand un ministre prend pour la toute première fois part au conseil, il doit tout au début passer serrer la main de chacun des participants afin que ceux-ci lui souhaitent la bienvenue. On pense que notre collègue de l’industrie ne voulait pas se prêter à cet exercice vis-à-vis de Kadher Barry“, explique un membre du gouvernement.

La rédaction