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DECRISPATION EN VUE : quelle réponse l’opposition entend réserver à la main tendue du pouvoir?

Il y a des signes qui ne trompent pas. Le pouvoir du président Alpha Condé veut maintenant aller à la décrispation. Quitte à mettre à profit la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus. Trois indices renvoyés par le régime au cours de ces derniers jours permettent de percevoir cette nouvelle attitude. D’abord, le message du président de la République à l’ancien chef de file de l’opposition. Ensuite, le passage de trois des membres de l’opposition extraparlementaire récemment dans le JT de la télévision nationale. Enfin, la main tendue du nouveau président de l’Assemblée nationale.  Bref, après la saison de la fermeté et de l’intransigeance, arrive enfin le temps de la séduction et de la tentative de rabibochage. Mais à l’évidence, Alpha Condé et son camp devront faire mieux pour convaincre. Parce qu’en face, on a une saine lecture de la stratégie qui se met en place. Et à en croire les uns et les autres, le dialogue politique et la réconciliation espérés n’adviendront pas si facilement.

L’opération de charme

Les choses se sont enchainées. Le lundi 20 avril, c’est le président de la République qui envoie un message de félicitation à Cellou Dalein Diallo. Le lendemain, jour de l’élection du nouveau président de l’Assemblée nationale, la télévision nationale pour illustrer l’unité nationale autour de la lutte contre le Covid-19, se fait l’écho des messages et des actions que le PEDN, le PADES et l’UDD mènent sur ce front. Entre les deux, aucun lien à priori. C’est d’ailleurs ce que croit Faya François Bourouno, du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN). « Sincèrement, je ne peux pas faire de lien entre tous ces aspects. En tout cas, nous au niveau du PEDN, ce qui nous a conduits à faire cette action (consentir à passer dans le JT), c’est la menace qui pèse  sur le peuple de Guinée. On a fait ça mais on n’est pas rentré vraiment dans ce calcul (politicien), pour nous ça n’a  rien à voir avec le message du président de la République à El Hadj Cellou Dalein Diallo », nous confie-t-il. Du côté du PADES, le président du parti avoue qu’en voyant arriver vers lui une équipe de la RTG, il était étonné. « J’étais très étonnée, mais j’ai dit tant mieux ». Son étonnement résultant du fait que les nombreuses revendications des opposants en vue de leur accès aux médias de service public étaient jusqu’ici restées lettres mortes. Etonné, Bah Oury l’était lui aussi. D’autant qu’en ce qui le concerne, il attend toujours la diffusion d’une émission de la télévision publique à laquelle il a récemment pris part. Conséquence ? Le leader de l’UDD reste convaincu que  toutes ces manœuvres ont pour objectif d’apaiser « les tensions au sein de la classe politique, mais aussi au sein de la population ». Dr. Ousmane Kaba en a la même lecture. Mais l’ancien ministre en parle avec une pointe d’ironie : « le président de la République ayant atteint ses objectifs, maintenant il peut appeler au dialogue. Ça ne lui coûte plus rien ». D’ailleurs, le leader du PADES rajoute aussitôt : « je ne sais pas qu’est ce que cette nouvelle donne va changer, puisque l’Assemblée est déjà en place. On a déjà exclu nos partis de l’Assemblée, et je ne vois pas très bien qu’elle est l’utilité, d’un point de vue politique, d’engager un dialogue, puisqu’on est déjà hors jeu ».

Quant à lui, s’il n’a pas directement réagi au message à lui adressé par le président Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, dans une récente déclaration, a réitéré que le « FNDC a décidé de ne pas reconnaitre la Constitution et le Parlement qui sont issus de cette mascarade électorale et est déterminé à poursuivre son combat jusqu’à l’annulation pure et simple de ce double scrutin qui ne repose sur aucune base légale et qui a été organisé en violation flagrante de la Constitution et des Lois de la République ».

Amadou Damaro Camara tend la main

Pourtant, les autorités, elles, veulent bien désormais aller à la décrispation. Ainsi, à l’issue de son élection à la tête du nouveau parlement, Amadou Damaro Camara, quoique perçu comme étant du rang des durs du régime, a annoncé l’avènement d’une nouvelle ère. « Par-delà les appréciations partisanes, souvent qui grossissent ou minimisent tel ou tel aspect de la réalité nationale, il reste que les conditions de déroulement du scrutin législatif imposent de nous un comportement nouveau et appelle de notre part, la recherche constante des conditions de restauration de la confiance entre les Guinéens et les acteurs politiques. Le parlement ne saurait rester indifférent devant une telle situation. Aussi, devons-nous examiner le plus tôt possible les initiatives à prendre pour renouer le dialogue entre les acteurs politiques dans un climat de sérénité retrouvée », déclarait-il alors.

Le dialogue, oui, mais à quelles conditions ?

Aussi, dans un tel contexte, il importe de savoir quelles sont les conditions que l’opposition pourrait exiger du pouvoir, en vue d’un dialogue ? Autrement, au-delà de la surenchère, qu’est-ce que l’opposition pourrait-elle prendre et qu’est-ce qu’elle n’accepterait du tout ? Tous nos interlocuteurs pensent que c’est une rencontre de l’opposition entière qui devrait répondre à cette question. Cependant, au nom de leurs formations respectives, chacun des leaders a sa petite idée. Ainsi, pour Dr. Ousmane Kaba, un engagement du président Alpha Condé à ne pas briguer un troisième mandat et la mise en place d’un mécanisme consensuel d’assainissement du fichier électoral, en vue de l’organisation d’une présidentielle transparente et crédible à la fin de l’année, pourraient être un bon début. Mais d’ores et déjà, le président du Parti des démocrates pour l’espoir (PADES) ne croit pas qu’Alpha Condé puisse renoncer au mandat supplémentaire. « Je ne pense pas qu’il va renoncer à son troisième mandat, c’est l’origine de tout ce à quoi nous avons assisté ces derniers mois ». Au PEDN, le principe est de n’engager aucune discussion en dehors du cadre constitutionnel de 2010. Le principe et la fermeté,  ce sont là ce que prône également Bah Oury, président de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD). De fait, dans les rangs de l’UDD, il y a que tout d’abord on ne fait plus confiance au chef de l’Etat. En sorte que même s’il venait à promettre qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat ou s’engageait à faciliter l’assainissement du fichier électoral, le parti de Bah Oury n’y croirait pas.  « Je vous dis, les promesses de ce régime ne seront jamais tenues », proclame le président du parti. Aussi, pour lui, de la part de l’opposition, la seule stratégie qui vaille, c’est la fermeté. Car selon lui, le pouvoir a « franchi le rubicond ». « Pour avoir un pays stable demain et pour que d’autres ne puissent pas  massacrer de manière beaucoup plus importante les populations, il faut que nous soyons fermes. Ce qui s’est passé ne doit être accepté sous aucun prétexte. Il faut que chacun réponde de son acte, sinon on ne pourra pas éviter le pire demain avec d’autres dirigeants aux commandes » estime le transfuge de l’UFDG.

Quelle marge de manœuvre pour l’opposition ?

Comme on le voit, dans l’ensemble, les opposants ne sont pas encore prêts à se bousculer pour saisir la main que leur tendent les autorités. Une posture qui peut paraître irréaliste dans la mesure où la nouvelle constitution adoptée et promulguée et le nouveau parlement mis en place, leur marge de manœuvre semble plutôt mince désormais. « Surtout pas », rétorque prestement François Bourouno. Pourtant, entre les lignes, il admet que pour l’heure, l’opposition n’a pas une stratégie clairement définie quant à la suite de la bataille. « Des actions politiques seront envisagées et menées. Bien sûr, si vous me demandez de vous les décliner, je ne pourrai pas les citer. Mais nous allons mener des actions politiques et je puis vous assurer que la victoire attendue adviendra », se borne-t-il à répondre ». Bah Oury, lui, compte sur le fait que le système en face « est à bout de souffle ». En dépit de ce qu’il fait croire. Cependant, le leader de l’UDD n’est pas de ceux qui pensent que la victoire interviendra dans quelques semaines. Mais il pense que de la part de l’opposition, il n’y a pas d’alternative à l’intransigeance avec laquelle il faut défendre le droit et les principes. « Il y a une démarche à suivre. Vous êtes avec des gens qui se disent qu’avec la force, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Si on abdique, on leur donnera raison et on donnera raison à la violence de toujours s’imposer dans le débat politique guinéen. Soyez rassuré que le système a atteint les limites en Guinée. Pour reformer la Guinée, il ne faut pas secourir un système qui est à sa perdition. Il ne faut pas se précipiter et croire qu’en quelques semaines les choses peuvent changer. Les équilibres sont en train d’être bousculés et cela va remettre en cause tout l’édifice. Ce n’est qu’une question de temps. Sur le plan économique la situation sera désastreuse et dans ce contexte, aucun régime qui ne bénéficie pas d’une aide substantielle de l’étranger ne pourra survivre, à moins de créer le chaos dans son propre pays. Regardez, avec le plan de riposte contre Coronavirus. Le Sénégal a eu 446 millions de dollars du FMI et de la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire 880 millions de dollars, le Ghana 1 milliard 20 millions. En Guinée, on nous dit de patienter encore ! Imaginez tout ce que cela peut avoir comme répercussion ? À l’allure où vont les choses, les entreprises seront obligées de fermer. La situation est très explosive ; les denrées de première nécessité ont tous flambé, … ». A en croire Bah Oury, cette mutation progressive de la crise politique vers une dégradation sociale de la situation en Guinée contraindra le régime à imploser de l’intérieur ou à lâcher du lest. Mais pour cela, il faudrait selon lui que la classe politique de l’opposition ne se précipite pas à prendre «  les sucettes » que va lui tendre le pouvoir.

Propos décryptés par Hawa Bah, Balla Yombouno & Ibrahima Kindi Barry

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