L’AÏD EL-FITR 2020 : une fête qui s’annonce dans la sobriété à Conakry

Les musulmans de Guinée, à l’instar de ceux des autres pays du monde, célébreront ce weekend la fête marquant la fin du mois sacré du Ramadan. Mais à cause de la crise sanitaire due au nouveau coronavirus, l’Aïd el-Fitr sera célébré cette année dans la sobriété. Depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire pour faire face à la propagation du COVID-19, les lieux de culte sont fermés sur l’ensemble du territoire national, les rassemblements limités à trente personnes maximum et un couvre-feu instauré de 21 heures à 5 heures du matin dans l’ensemble du pays avant d’être maintenu uniquement à Conakry avec un léger allègement, de 22 heures à 5 heures du matin.

A ces restrictions, s’ajoute une conjoncture économique difficile qui s’est empirée avec l’arrivée de la pandémie en Guinée. Et le fait que cette année les fidèles musulmans ne pourront pas se rassembler pour la prière de l’Aïd el-Fitr (il est permis de l’accomplir à domicile avec les membres de la famille) démotive beaucoup de citoyens dans les préparatifs. « Pour parler de fête, il faut d’abord qu’il y ait prière et ensuite les traditionnelles visites familiales. Si ce n’est pas le cas, mieux vaut ne pas gaspiller son argent dans l’achat de vêtements. On va juste manger et rester à la maison, tel que recommandé par les autorités sanitaires », nous a confié Oury Bella, père de famille.

Amadou, aussi, est conscient que la fête de cette année est différente des précédentes. Son père qui avait l’habitude de donner de l’argent à tous les membres de sa famille pour les préparatifs n’a rien donné d’abord cette année. « D’habitude, le vieux nous partage de l’argent pour les habits de fête. Mais ce qui nous dérange, il ne nous a absolument rien dit cette fois-ci. Même pas à ma mère ! A un moment, il nous avait dit qu’il préparait sa retraite. Je ne sais pas si c’est à cause de cela ou c’est simplement que le partage ne s’est pas encore fait (en nourrissant l’espoir de recevoir un peu d’argent de la part de son père, ndlr). Mais j’ai renouvelé mon vieux basin au cas où des amis m’invitent à sortir », a dit anticiper le jeune homme.

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Pour Hadja, le problème d’habit ne se pose pas. « Je ne compte plus sur personne pour me vêtir depuis que je travaille. Si mes parents le font, j’accepte respectueusement. Sinon, je m’en occupe moi-même. Je souhaiterais inviter ma meilleure amie à prendre une glace quelque part à Conakry, mais j’évalue le coût du transport et de la consommation. Je me dis parfois qu’il est préférable de faire des économies, surtout en cette période où les activités sont au ralenti », a indiqué la jeune femme.

Le contexte de restrictions et de conjoncture économique difficile dans lequel la fête s’annonce n’est pas sans conséquence pour les patrons d’ateliers de couture. « On n’a pas eu de clients comme d’habitude. On va finir de coudre tous les tissus qu’on a reçus avant la fête, contrairement aux années précédentes où il nous arrivait d’être là le jour de la fête. Bien qu’on y avait passé des nuits blanches à travailler », a fait remarquer Rose, maîtresse d’un atelier de couture à Simbaya dans la banlieue de Conakry.

La baisse de l’engagement autour de l’Aïd el-Fitr de cette année s’explique en partie par le fait que de nombreux fidèles ignorent que la fête, y compris la grande prière, peut se faire en famille. « On parle de prière (de l’Aïd-el-Fitr) lorsqu’il y a regroupement. Mais il faut au moins 12 personnes plus l’imam pour pouvoir accomplir la prière de Fitr ou du vendredi. Chacun doit porter ses plus beaux vêtements et prier comme pendant les autres fêtes. Pour ceux qui en ont les moyens, il leur est recommandé de s’acheter des vêtements neufs », a expliqué l’imam Amadou Barry de la mosquée sénégalaise que nous avons joint au téléphone.

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Hawa Bah