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GUINÉE : à quand la réouverture des classes ?

Depuis le 24 mars 2020, le gouvernement a ordonné la fermeture des établissements scolaires et universitaires pour freiner la propagation du nouveau coronavirus en Guinée. Une décision renforcée quelques jours après par l’état d’urgence sanitaire décrété le 26 mars. Pour rattraper les cours perdus et sauver l’année scolaire, le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation a démarré le 27 avril dernier des cours à distance à travers les médias publics (radio et télévision) à destination des candidats aux différents examens nationaux.

Ces cours qui devraient s’étendre aux élèves des classes intermédiaires n’ont finalement pas connu un grand engouement. Les conditions nécessaires n’étant pas réunies pour mener à bien ce projet (à cause notamment des coupures d’électricité et des difficultés d’accès à la télévision surtout dans les zones rurales), peu d’élèves et leurs parents n’ont adhéré à cette initiative de cours à distance.

Partant de ce constat et alors que le nombre de personnes infectées par le nouveau coronavirus a franchi le cap des 4 000 cas, on peut se demander si le gouvernement guinéen va suivre la recommandation de certains citoyens qui proposent la réouverture progressive des classes en commençant par les zones qui n’ont pas été touchées par la pandémie afin de permettre aux élèves guinéens de reprendre le chemin de l’école pour éviter une année blanche.

Contacté par Ledjely.com, Aboubacar Mandela Camara, chercheur et consultant en éducation, estime que la Guinée n’a pas tiré les leçons de l’épidémie d’Ebola et appelle à une réouverture progressive des classes pour sauver l’année scolaire. « Il faudrait vraiment qu’on pense à un plan spécial de réouverture des classes. Il ne faudrait pas qu’on fasse comme les cours à distance : un beau matin, comme il y a X ou Y qui a fait quelque chose, nous aussi nous reproduisons cela sans l’adapter à nos réalités », dit-il, ajoutant que les cours à distance sont un échec.

« On a compris qu’il n’y avait pas une motivation, une adhésion parce qu’on a raté dès le départ. Il n’y a pas eu de plan de communication pour une mobilisation sociale, une implication des acteurs notamment la société civile qui pouvait jouer un grand rôle en terme de communication et de mobilisation sociale. Les apprenants eux-mêmes et leurs parents n’ont pas été impliqués. On a pris des mesures qui n’étaient pas inclusives ni efficaces parce qu’on a vu par exemple avec les cours à la télévision, le filmage se passait très mal, le positionnement des enseignants également… Et ce n’était pas inclusif parce que ça n’a pas touché l’ensemble des élèves sur l’étendue du territoire national. Et malheureusement il n’y a pas eu des améliorations malgré les alertes, sinon lorsqu’on réalise une activité pendant un mois, il faut s’arrêter pour faire une évaluation et faire des ajustements afin de corriger les lacunes. Mais ça n’a pas été le cas et les problèmes continuent toujours. Finalement, les cours à distance n’ont aujourd’hui aucun impact. Les élèves et leurs parents n’en parlent plus. Même quand il y a l’électricité, ils sont sur d’autres chaînes au lieu de suivre celles qui diffusent ces cours. Les élèves ne connaissent même pas le calendrier des cours à distance », assure-t-il.

Interrogés par notre rédaction, des élèves candidats aux examens nationaux ont admis n’avoir pas pu suivre normalement les cours dispensés à distance à travers la radio et la télévision. Ils expliquent cela par les problèmes d’électricité et la façon dont les cours sont dispensés. « Je n’ai suivi les cours que deux fois à la télévision, mais j’ai constaté que ce sont des choses qu’on a déjà vu en classe, donc j’ai arrêté. Mais je révise de temps à autre mes cahiers », nous a confié Mariama Diallo, candidate au Brevet d’étude du premier cycle dans un établissement privé de Conakry.

Le jeune Komano, élève en Terminale Sciences sociales, pointe du doigt la rareté de l’électricité dans les foyers surtout à l’intérieur du pays. « Le courant électrique revient à 18 heures ou parfois à partir de 23 heures ici au centre-ville de Kissidougou. C’est une seule fois que j’ai suivi les cours (qui ont lieu la journée), c’était chez un ami dont la famille dispose d’un panneau solaire. Les cours passent également à la radio rurale mais la télévision est plus pragmatique », a t-il fait remarquer au cours d’un entretien téléphonique.

Du côté des autorités éducatives, c’est silence radio. Nos tentatives d’échanger avec le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation sont restées infructueuses. Bien que des kits sanitaires seraient déjà disponibles pour l’ensemble des établissements scolaires, aucun mécanisme de réouverture des classes n’a encore été rendu public. On se contente de rassurer que la Guinée sera sauvée d’une année blanche. Pas plus de détails pour le moment…

Hawa Bah

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