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TRIBUNE : le racisme persiste ici aussi, en Europe !

C’est ce qu’on appelle mettre le pied dans le plat. Maria Esmeralda, fille du roi Leopold III aborde elle-même le débat très sensible sur le racisme qui revient au-devant de la scène depuis l’assassinat, le 25 mai 2020, de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans par un policier blanc. Et la princesse qui n’en est pas à son premier engagement sur ce registre n’y va pas de mains mortes. Le racisme, selon elle, est aussi présent en Europe qu’il l’est de l’autre côté de la rive atlantique. Certes, sur le Vieux continent, la discrimination à l’égard des minorités ethniques, se manifesterait sous des traits plus sournois. Mais elle y est bel et bien présente, insiste la princesse de Belgique. En conséquence, elle invite les Blancs à se débarrasser de leurs œillères pour voir la réalité en face. Et quant à l’attitude à tenir face à ce racisme persistant, elle demande un engagement plus actif. « Il ne suffit pas de n’être pas raciste, il est essentiel d’être antiraciste », écrit-elle notamment dans ce texte dont le titre original est ‘’Le poids du passé’’. Bref, elle assume totalement son aversion contre le racisme et invite les autres à en faire autant…

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Il est des moments de l’Histoire où tout semble s’accélérer. Des instants d’émotion,  d’indignations collectives qui provoquent des bouleversements. On a coutume de souligner que les changements surviennent surtout à la suite de guerres, de crises économiques, de pandémies et de mouvements sociaux guidés par la morale. Or nous vivons en ce moment 3 de ces conditions.

Un événement isolé peut mettre le feu aux poudres et souligner un phénomène que l’on ne percevait pas ou refusait de voir. En octobre 2017, dans le sillage de l’enquête sur les agissements du producteur Harvey Weinstein, l’actrice Alyssa Milano propose de rassembler les témoignages de femmes victimes d’agressions sexuelles sous le hashtag #MeToo créé dix ans auparavant par Tarana Burke, une travailleuse sociale de Harlem. Le mouvement est lancé. Il se propagera dans plus de 80 pays, générant en une année sur les réseaux sociaux plus de 17 millions de réactions. En dépit de certaines outrances et délations, il a incontestablement libéré la parole des femmes violées ou harcelées – de certains hommes aussi – dans le monde du spectacle, de la politique et des entreprises. Il a révélé le sexisme et le machisme au sein des structures et dénoncé les violences contre les femmes.

De même, il y a eu de nombreux assassinats d’Afro-américains, mais aujourd’hui, le meurtre de George Floyd par un policier blanc aux Etats-Unis nous propulse face à une réalité qui dérange: le racisme persiste ici aussi, dans notre Europe, et n’est pas vraiment différent de celui qui sévit de l’autre côté de l’Atlantique. Peut-être moins violent, plus sournois, mais tout aussi présent. Qu’il s’agisse de leur accès à l’emploi ou au logement, de la façon dont elles sont traitées par les forces de l’ordre ou la justice, les minorités raciales sont encore trop souvent défavorisées. Difficiles pour nous Blancs d’imaginer la perpétuelle angoisse d’être l’objet d’un contrôle ou d’une arrestation, de brimades et d’insultes, d’être pris pour le chauffeur ou la secrétaire quand on est le CEO de l’entreprise ou professeur d’université. Dans nos sociétés, malgré des efforts indéniables, le Blanc est la référence. Dans la culture, dans les médias, la diversité reste peu intégrée. A l’heure où l’on se bat encore pour accroitre la présence féminine dans tous les secteurs et où l’on doit avoir recours aux quotas pour atteindre l’équilibre, la représentation des minorités ethniques reste trop insuffisante. Sans oublier les stéréotypes dont on a du mal à se débarrasser : des manifestants noirs d’Amérique du Nord seraient simplement des hommes et des femmes en colère, les Latinos seraient tous des narco trafiquants, l’attaque terroriste perpétrée par un individu musulman rejaillira sur toute sa communauté, tandis que l’agression perpétrée par un extrémiste blanc sera présentée comme le fait d’un déséquilibré isolé. Il est temps de reconnaître que les paramètres ne sont pas les mêmes.

Deux exemples en Angleterre récemment révélés par la chaîne de télévision Channel 4 nous servent d’illustration: l’écrivain et poète britannique d’origine jamaïcaine Benjamin Zephaniah a été arrêté par la police dans le quartier où il réside depuis vingt ans. Il se promenait avec l’enfant blanc de l’un de ses amis !… Agirait-on de même envers un homme blanc accompagnant un enfant noir ? Ou encore ce directeur de banque d’origine africaine appréhendé, incarcéré, relâché plusieurs fois pour, tour à tour, suspicion de détention d’armes à feu, blanchiment d’argent, trafic d’êtres humains et terrorisme. Accusations se révélant toutes sans fondement au bout de 18 mois d’enfer pour le jeune homme qui n’a reçu à ce jour ni excuses, ni compensation. Seule une explication : son style de vie ne semblait pas compatible avec sa couleur de peau…

En Belgique, même constat, le délit de faciès est toujours aussi présent, les propos xénophobes en augmentation. La politologue Fatima Zibouh, l’une des ambassadrices de la diversité en Belgique, souvent victime de réflexions racistes en raison de ses origines marocaines et de son port du foulard réclame une “narration plurielle tenant compte des différentes communautés“. Et que dire du torrent d’abus racistes déversé sur la présentatrice de télévision Cecile Djunga?

Mais, me direz-vous, déboulonner des statues ne règlera pas le problème et risque, au contraire, d’envenimer les rapports entre les différentes communautés. Sans doute ! Et l’on voit déjà des contre manifestations d’extrême droite s’organiser en réplique à celles, majoritairement pacifiques, de BlackLivesMatter. Cependant ériger un monument n’est pas un acte anodin et le symbole est puissant. Il peut blesser. “Durant toute les périodes révolutionnaires, la façon la plus radicale d’attaquer un régime ou un système a été de s’en prendre aux monuments“ explique dans le Washington Post James Simpson, professeur de Harvard. Et il rappelle que l’étymologie du mot représentation signifie “de nouveau présent”. Les statues ne renvoient donc pas seulement au passé…

Le fait que notre espace public soit dominé par des effigies à la gloire d’hommes blancs, de conquérants et de certains colonisateurs ou marchands d’esclaves contribue sans aucun doute à donner le sentiment que l’Histoire perpétue, sinon célèbre, la conviction en la suprématie de la race blanche. La « découverte » des Amériques par Christophe Colomb, quels que soient les mérites de l’explorateur, reflète une vision euro centrique du monde. N’était-ce pas un continent par essence découvert puisqu’habité… Ses troupes pillèrent les richesses locales, réduisirent les populations autochtones à l’esclavage et propagèrent des maladies extérieures. La conquête des Amériques, au Nord comme au Sud, tant par les Espagnols que les Anglais, a fait des millions de victimes d’assassinats, maltraitance et épidémies, sans omettre la traite négrière. Dans plusieurs régions, on peut sans exagérer parler d’extermination. Un constat qui suscite toujours débat aujourd’hui aux Etats-Unis. Là-bas comme en Grande Bretagne, ce souvenir laisse une blessure douloureuse, d’autant plus si l’on ajoute l’injure faite lors de l’abolition, en dédommageant les propriétaires d’esclaves pour compenser la perte de main d’œuvre! Signe des temps : Winston Churchill lui-même, héros national britannique qui s’est opposé au fascisme, est épinglé aujourd’hui pour sa longue liste de propos racistes et sa conviction de la supériorité de la race blanche et en particulier des Anglo-Saxons.

En Belgique, le passé colonial n’a jamais été évoqué de manière transparente et systématique. De nombreux historiens ont certes étudié le sujet, mais au niveau politique, le thème a été très peu abordé, si pas évité…. Et la plus grande lacune réside dans l’enseignement. Notre société multiculturelle du 21ème siècle doit être informée des faits et non des mythes transmis de génération en génération. Déboulonner les statues de Léopold II participe d’une volonté d’expurger un passé écrit avec partialité par les colons, sans tenir compte des colonisés et de leurs souffrances. Et à ceux qui affirment que l’on doit aller de l’avant et ne plus parler de cette époque lointaine, je répondrai: n’est-il pas important de se souvenir afin que jamais de telles horreurs ne se reproduisent? Afin de bâtir de nouvelles relations dans la paix et le respect mutuel.

Je me rends compte que les échanges sont difficiles tant les émotions sont vives. J’ai personnellement reçu de nombreuses critiques suite à mon intervention télévisée car j’y soulevais l’éventualité de présenter des excuses. Pourtant tout le monde a salué l’état allemand quand il s’est excusé au sujet de l’extermination des Juifs, ou l’Etat français par la voix de Jacques Chirac pour la déportation, et le président De Klerk pour l’Apartheid ou encore Jean-Paul II pour les Croisades, l’Inquisition, l’antisémitisme et l’oppression des femmes. Le Pape ajoutait que l’on ne peut cicatriser le Présent sans faire amende honorable au Passé. Les pays européens et en particulier la Belgique ne peuvent-ils faire de même à propos de la colonisation, de l’exploitation brutale des populations et de l’extraction des ressources locales à leur profit au nom de la supériorité de la race blanche, sa culture et sa religion, qui ont engendré des millions de morts sur plusieurs continents? Le système mis en place alors explique en partie le racisme structurel qui persiste dans nos sociétés. Et j’insiste : je condamne ici un système dont personne aujourd’hui ne peut honnêtement défendre la valeur, puisqu’il se basait sur la prétendue supériorité d’une race. Il est bien entendu que durant la période des Belges au Congo, il y eut également des personnalités aux intentions louables, voulant sincèrement participer au développement du pays. Mais cela ne justifie en rien le système adopté.

On a aussi écrit que mon nom devrait m’interdire d’intervenir dans le débat. J’estime que c’est précisément parce que je porte ce nom que mes recherches doivent être orientées avant tout par la quête de l’honnêteté intellectuelle, et que j’ai le devoir de m’exprimer. Et, au-delà de cela, n’ai-je pas le droit d’avoir des opinions personnelles qui ne reflètent que ma pensée ? Enfin, on m’a reproché d’attaquer ma famille et en particulier la personne du Roi. Cela n’a évidemment jamais été mon propos, ni mon intention. Je sais combien la situation est complexe et délicate en Belgique. Je sais que le souverain ne peut agir politiquement sans l’accord du gouvernement. Je sais aussi combien mon neveu est passionné d’Histoire mais également sensible aux aspirations et sentiments de ses concitoyens.

Nous vivons un moment charnière. L’opportunité de dialogue entre les communautés doit être saisie. Le racisme doit être combattu de toutes nos forces à tous les échelons et dans tous les secteurs de la société. Il ne suffit pas de n’être pas raciste, il est essentiel d’être antiraciste. Nous devons ouvrir une nouvelle page d’Histoire dont nous n’aurons pas honte.

Et si on est croyant, pourquoi ne pas reprendre le slogan de l’universitaire et activiste Américaine Jane Elliot: “Dieu a créé une seule race: la race humaine. Les hommes ont créé le racisme”, et entendre ce que la science nous enseigne: tous nos ancêtres sont Africains. Ne sommes-nous dès lors pas tous Africains ?

Marie-Esmeralda de Belgique

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