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G5 SAHEL: quel bilan depuis le sommet de Pau?

Les cinq dirigeants du G5 Sahel se retrouvent ce mardi 30 juin à Nouakchott (Mauritanie) autour d’Emmanuel Macron et du premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, du président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahmat, de la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, mais aussi de la chancelière allemande, Angela Merkel et du premier ministre italien, Guiseppe Conte qui participeront par visioconférence. Ils se retrouvent pour faire le point de la situation dans le Sahel. Six mois après le sommet de Pau du 13 janvier dernier, ils auront à cœur d’évaluer les changements notables induits par les décisions qui avaient été actées au cours de cette rencontre dont le président français avait profité pour tancer ses homologues africains. D’ores et déjà, les autorités françaises dans les communications distillées ça et là s’empressent d’annoncer de manière anticipée que le bilan est positif. Elles s’accrochent en particulier à l’élimination, le 3 juin dernier, d’Abdelmalek Doukdel, le défunt chef d’Aqmi, pour faire valoir ce nouvel optimisme. Mais du côté des pays du G5 Sahel, même s’il n’est pas certain que les dirigeants oseront le clamer lors du sommet de ce mardi, on ne partage pas l’euphorie de la présidence et du ministère des Armées français. Si des progrès, il y en a eus, ceux-ci demeurent si relatifs qu’ils ne donnent pas droit au triomphalisme dont font montre les autorités françaises.  

Le véritable progrès autour duquel tout le monde peut être d’accord depuis le sommet de Pau touche à un aspect que les responsables français ne reconnaissent pas officiellement. Il s’agit de celui du sentiment anti-français qui prévalait dans la région sahélienne il y a justement six mois. C’est d’ailleurs le motif inavoué qui a avait poussé Emmanuel Macron a convoqué manu militari ses homologues sahéliens à Pau. Alors qu’il était soumis à une insoutenable pression depuis la disparition, en novembre 2019, de treize soldats au cours d’un mystérieux télescopage de deux hélicoptères de Barkhane, il n’entendait pas laisser prospérer le sentiment anti-français qui montait de tous les pays de la région. Et cela, il l’avait clairement signifié à IBK et aux autres. Menaçant de ramener ses soldats à la maison s’il n’était pas mis fin à cette hostilité contre la présence française dans la région, il avait obtenu d’eux des engagements forts. Et force est constater que depuis, on n’en parle plus. Comme par enchantement, les nationalistes ont depuis rangé leurs vuvuzelas. Et c’est donc le seul résultat tangible en lien avec ce sommet.

Car pour le reste, c’est vraiment le statu quo. Ou que la situation par endroit est même pire qu’elle ne l’était en janvier. Bien sûr, quelques terroristes ont été neutralisés depuis, dont le plus emblématique reste Abdelmalek Droukdel. Mais rien ne dit que cela relève des résultats exclusifs du sommet de Pau. Des succès épisodiques comme cela, la lutte antiterroriste en a toujours remportés. Mais cela ne change rien au fait que les armées des pays de la région demeurent toujours hautement vulnérables face aux djihadistes qui écument cette vaste bande sahélienne aride et en proie à une pauvreté extrême. Incapables de faire face au défi sécuritaire de leurs pays respectifs, ces armées trainent en revanche de lourds soupçons d’exactions contre les populations qu’elles sont censées protéger. De même, contrairement aux prétentions des autorités françaises, rien ne dit que les rapports de force ont été inversés, y compris dans la zone des trois frontières, entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Bien sûr, ces derniers mois, les terroristes ont fait valoir moins d’audace et de témérité qu’ils ne l’avaient fait jusqu’ici. Mais il n’est pas inutile de préciser que les quelques attaques qu’ils ont pu perpétrer depuis janvier auront entrainé près de 600 morts, selon l’ONU. Par ailleurs, s’il ont été moins actifs ces derniers mois, a-t-on cherché à comprendre quel lien cela pouvait avoir avec l’avènement de la maladie du nouveau coronavirus?

Il n’y a donc pas à sauter de joie. D’autant qu’à la dimension strictement sécuritaire, vient se greffer la question touchant au développement. Un aspect qui, en réalité, n’a jamais été qu’une simple incantation. Il en est question à chaque sommet. Mais celui-ci à peine terminé, les préoccupations touchant au volet du développement de la lutte contre le terrorisme sont rangées dans les oubliettes. Enfin, comme pour dire que l’optimisme des autorités françaises a quelque chose de paradoxal, on a la crise actuelle au Mali. Dans un pays dont les 2/3 du territoire sont occupés par différents groupes criminels, le président de la République fait lui-même face à une contestation qui menace de le faire démissionner. Et c’est dans un tel environnement que la France trouve les raisons de nourrir un quelconque optimisme. Il faut croire qu’on ne perçoit pas la même réalité.

Boubacar Sanso BARRY

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