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MALI : le dialogue peut enfin commencer !

Après deux grandioses mobilisations aux allures de démonstration de force, le Mouvement du 5 juin sort de la logique des surenchères. La coalition que dirige l’influent imam malien, Mahmoud Dicko abandonne ainsi son exigence préalable autour de la démission du président malien, Ibrahim Boubacar Keïta. Aussi, l’opposition consent à s’asseoir autour de la table avec ceux qui soutiennent le pouvoir malien, en vue de débattre des points pouvant aider à sortir de la crise. Bien sûr, cette attitude plus réaliste est à saluer, en ce sens qu’elle est de nature à aider à mettre fin à cette incertitude politique dont le Mali, en proie à une crise sécuritaire depuis environ une dizaine d’années, n’a point besoin. Pour autant, Mahmoud Dicko et ses lieutenants doivent continuer à demeurer sur leur garde. Car si IBK et les siens semblent affaiblis, en réalité, ils ne sont qu’un lion blessé qui attend l’occasion de renverser la situation en sa faveur.

Il faut aller au dialogue. D’autant que le pouvoir malien, acculé et mal en point, en est demandeur. Il fait conséquemment mine d’être prêt à des concessions. Mais qu’on ne s‘y trompe pas, il ne voudra pas si facilement se lester de son pouvoir. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la plus grande offre qu’il a jusqu’ici faite, porte sur la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Or, ce n’est là que du cosmétique et du dilatoire à la fois. Cela ne touche point aux fondamentaux de la crise malienne. Le problème n’est pas que dans la confiscation du pouvoir par un clan fidèle à Ibrahim Boubacar Keïta. Généralement, les dirigeants s’empressent d’opter pour cette solution avec le dessein inavoué d’acheter ainsi les principaux meneurs de la fronde, qu’ils discréditent par la même occasion. Ce risque-là, les opposants maliens doivent en tenir. En tout cas, s’ils tiennent à garder la confiance que les Maliens leur portent. Confiance sans laquelle ils n’auraient par ailleurs sans doute pas pu ébranler comme ils l’ont fait le pouvoir.

S’ils tiennent à continuer à bénéficier du soutien et de l’estime de leurs compatriotes, Mahmoud Dicko et les autres doivent mettre au centre des discussions avec le pouvoir malien les valeurs et les pratiques de la gestion du pouvoir. En premier lieu, avec le contexte qui prévaut dans la sous-région, il faudra dès l’instant résoudre la question d’un éventuel troisième mandat pour le président IBK. En effet, dans trois ans, il ne faudra pas que cette question remettre le feu aux poudres. De manière claire et précise, on doit faire comprendre au président malien qu’il ne doit même pas envisager l’éventualité d’un bail supplémentaire. Et au-delà des engagements, des mécanismes devront être mis en place pour garantir l’exécution fidèle et rigoureuse des points d’un éventuel accord.

Les opposants maliens devront également exiger l’indépendance effective pour les institutions maliennes. D’autant que sur cette question, le Mali a connu ces dernières années un recul inacceptable. Ainsi par le passé, le vérificateur général était à lui seul un glaive contre la corruption. Désormais, il est réduit à sa plus petite expression et ses rapports, quoiqu’accablants contre le président et ses proches, dorment dans les tiroirs. De même, le tollé soulevé par les récentes législatives atteste de l’inféodation d’une instance aussi stratégique que l’est la Cour constitutionnelle. Des réformes institutionnelles d’envergure sont donc nécessaires pour permettre au Mali, au-delà de la gestion de la crise sécuritaire, de reprendre sa marche en avant.

Le Mali a également mal à sa gouvernance économique. S’il est admis que le pays ne croule pas sur de l’or, des observateurs estiment cependant que les rares ressources dont il dispose ou qui lui sont octroyées par les partenaires, sont amassées par la minorité de ceux qui sont au sommet de l’Etat, pendant que les autres Maliens végètent dans la misère. L’incapacité du pays à enrayer le péril djihadiste viendrait surtout de là. L’armée dont c’est le rôle et la mission de s’attaquer aux menaces sécuritaires serait en effet laissée pour compte. Manquant d’équipements et de formation, elle ne peut tout simplement pas rivaliser avec des groupes terroristes ayant pour quelques-uns les armes les plus sophistiquées, achetées notamment avec les rançons récoltées au gré des prises d’otages. De l’autre côté, les Maliens lambda, privés des services les plus basiques et broyant du noir, se font enrôler dans les groupes à coup de manipulation. Manipulation qui, quelquefois, utilise la corde sensible du communautarisme, mettant ainsi en péril l’unité du pays. Or, cette situation, pour l’inverser, il faut des actions à la fois concrètes et hautement symboliques. Il ne suffira pas d’un engagement verbal en faveur de la lutte contre la corruption et l’exploitation éhontée des deniers publics. Tout de suite et maintenant, de présumés corrompus doivent être démis de leurs fonctions et poursuivis dans le cadre de procès où leur droit à la défense sera garantie. Si au terme d’une telle procédure, des sanctions sont prononcées, cela servira d’exemple.

Si le dialogue est donc nécessaire voire indispensable, il ne s’agira cependant pas de n’importe quel dialogue. Les discussions à valeur cathartique devront surtout permettre de débattre des principaux maux dont souffre aujourd’hui le pays, en vue d’un traitement qui permettra de tourner une page sombre d’environ une dizaine d’années. Telle est l’attente des Maliens vis-à-vis de Mahmoud Dicko et de ses camarades.

Boubacar Sanso BARRY  

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