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MALI : le président IBK annonce une “dissolution de fait” de la Cour constitutionnelle

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé, samedi 11 juillet au soir, une « dissolution de fait » de la Cour constitutionnelle pour tenter de dissiper les tensions quasiment insurrectionnelles qui parcourent la capitale Bamako depuis deux jours.

La Cour constitutionnelle focalise les protestations en cours, avec le président lui-même. Dans une brève allocution télévisée, la deuxième en une semaine, M. Keïta a fait savoir qu’il abrogerait les décrets de nomination des juges de la Cour encore à leur poste, ce qui revient selon ses termes à une « dissolution de fait ».

La décision de la Cour constitutionnelle d’invalider une trentaine de résultats des élections législatives de mars-avril passe pour un élément déclencheur de la contestation qui a atteint son apogée vendredi et samedi.

M. Keïta a paru ouvrir la voie à des législatives partielles dans les circonscriptions concernées par les invalidations de la Cour constitutionnelle, comme l’avait recommandé une récente mission de bons offices de la communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) dépêchée pour désamorcer les tensions.

« J’ai décidé d’abroger les décrets de nomination des membres restants de la Cour constitutionnelle et d’aller vers la mise en œuvre des recommandations issues de la mission de la Cédéao », a-t-il dit. « Cette dissolution de fait de la Cour va nous conduire dès la semaine prochaine à demander aux autorités compétentes la désignation de membres pour que, rapidement, une cour reconstituée nous aide à trouver les solutions aux contentieux issus des élections législatives. » Certains des neuf membres de la Cour ont déjà démissionné. Un est mort.

Interpellation de membres de l’opposition

Le pouvoir malien a fait interpeller des responsables et des membres de la contestation au lendemain de troubles quasiment insurrectionnels dans la capitale Bamako. L’opposition conteste le pouvoir du président, Ibrahim Boubacar Keïta, en fonction depuis 2013.

Après Issa Kaou Djim et Clément Dembélé la veille, deux autres leaders du mouvement dit du 5-Juin, Choguel Maïga et Mountaga Tall, ainsi que deux hommes décrits comme des têtes pensantes ont été interpellés samedi par les forces de sécurité, ont affirmé des responsables et des témoins. Les autorités ont gardé le silence sur ces opérations.

Au même moment, la ville qui portait encore les stigmates de vendredi demeurait le théâtre de heurts et d’incidents qui y ont maintenu un climat de grande nervosité et d’incertitude quant à l’avenir. Ces incidents sont allés en s’intensifiant à l’approche de la soirée, des groupes de jeunes continuant à dresser des barrages, à lancer des pierres et à défier les forces de sécurité.

Barricades dans les rues de Bamako

Les forces antiémeutes montées sur des pick-up et soutenus par un véhicule blindé ont dispersé à coups de gaz lacrymogènes quelque 150 jeunes regroupés dans le quartier de Badalabougou aux abords d’un des trois ponts reliant les deux parties de Bamako de part et d’autre du fleuve Niger, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) sur place.

Des manifestants ont intercepté des véhicules pour les vider de leur contenu, a constaté un correspondant de l’AFP. De nouvelles barricades ont commencé à se dresser dans la soirée de samedi, y compris sur la grande place de l’Indépendance, a constaté Matteo Maillard, correspondant du Monde au Mali.

La veille, Bamako a connu sa pire journée de turbulences civiles depuis des années, marquée par au moins trois morts et des attaques contre des symboles aussi éminents du pouvoir que le Parlement et la télévision nationale. Le premier ministre, Boubou Cissé, a fait état de quatre morts et d’une cinquantaine de blessés lors d’une visite à l’hôpital, mais des doutes sont ensuite apparus sur la réalité du nombre de morts.

Ces évènements aux perspectives imprévisibles ajoutent à la volatilité d’une situation qui alarme les alliés du Mali, inquiets d’un élément déstabilisateur de plus dans un pays confronté au djihadisme et à une série de défis majeurs, dans une région elle-même tourmentée.

Saccage de l’Assemblée nationale

Boubou Cissé a renouvelé l’appel au dialogue réitéré dans la nuit par le président et assorti d’un message de fermeté. Le premier ministre a indiqué qu’il formerait « très rapidement » un gouvernement « resserré » pour rétablir l’ordre « dans les meilleurs délais » et faire face aux défis maliens. Il a dit vouloir le faire « avec l’ensemble des forces vives ».

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