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TROISIEME MANDAT : faut-il s’y résoudre ?

Il est peut-être temps de se faire une raison. Les chances de réussir à empêcher le président Alpha Condé de s’octroyer son troisième mandat sont aujourd’hui plus minces qu’elles ne l’étaient il y a un an. L’objectivité et le réalisme nous commandent d’envisager plus sérieusement cette regrettable réalité. D’autant que l’échec de la mobilisation de ce lundi 20 juillet tend à confirmer une tendance à l’essoufflement de la contestation que l’on observe depuis un certain temps. Aussi, ceux qui sont opposés au projet du chef de l’Etat devraient conséquemment tenir compte de cette donne en perspective. Ce qui suppose notamment une réorientation de la stratégie par rapport en particulier aux objectifs qui sont assignés au combat.

Le FNDC, un mérite

Soyons clairs cependant, la dynamique de la contestation qui s’est mise en place depuis plus d’un an aura eu son mérite. En particulier, l’initiative et l’état d’esprit cultivés et entretenus autour du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) sont à saluer. Ils sont en effet l’incarnation d’un autre idéal de la Guinée. De même qu’ils symbolisent le refus de la sombre fatalité à laquelle notre pays semble malheureusement vouer. Bien sûr, à l’heure du bilan, au FNDC, on pourra trouver des griefs dont certains particulièrement légitimes. Mais en attendant, saluons le courage et respectons l’engagement dont la dynamique aura fait montre. Mais en même temps, il convient de faire montre d’humilité pour admettre que l’objectif d’empêcher de fait Alpha Condé d’avoir son fameux troisième mandat est très probablement voué à l’échec. En tout cas, le réussir relèvera désormais d’un petit miracle.

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Mais il ne faudra certainement pas s’en tenir à admettre cet échec. Il faudra ensuite examiner tout aussi objectivement les raisons qui auront empêché la Guinée de faire comme le Burkina Faso. Entre autres, on pourra alors noter : la communautarisation du débat politique, la répression féroce de la contestation (tueries de manifestants, interpellations à la pelle, extorsion de fonds, harcèlement judiciaire, etc.) par les tenants du troisième mandat, l’instrumentalisation politique de l’administration et de l’Etat, les achats de conscience, une conception encore féodale du pouvoir, etc. En somme, la contestation avait peu de chance. Les gens auront fait ce qu’ils ont pu.

Et maintenant ?

La réalité de l’échec de la mission admise et les facteurs explicatifs de cet échec identifiés, il reste à aborder la suite des événements. Que faut-il faire maintenant ? La contestation doit-elle se dissoudre au lendemain du 18 octobre prochain ? Surtout pas. Comme Y’en a marre au Sénégal, Balai citoyen au Burkina Faso ou la Lucha en RD Congo, le FNDC doit survivre à son objectif initial. Mais à partir de cette date, une nouvelle forme de lutte doit se mettre en place. Une nouvelle forme de lutte dans laquelle l’accession de X ou Y au pouvoir serait exclue des objectifs. Une nouvelle forme de lutte dont par ailleurs les résultats ne seraient pas espérés à court-terme. Idéalement, dans cette nouvelle donne, politiques et acteurs de la société civile devraient rompre leur coalition. En effet, il est de la nature des choses que les objectifs des politiques et ceux de la bataille à mener à partir de la réinstallation d’Alpha Condé au pouvoir ne sont pas compatibles. Les premiers sont souvent guidés par des motivations électoralistes et court-termistes. Alors que les défis actuels du pays nécessitent un combat qui soit plus dans la durée et surtout qui porte sur les principes et les valeurs. La Guinée, aujourd’hui, a davantage besoin de réarmement moral que d’un leader charismatique et providentiel. Ce ne sont pas tant la roublardise et sa réputation de stratège politique qui confèrent à Alpha Condé l’ascendance qu’il a aujourd’hui sur ceux qui lui contestent le troisième bail. Cette ascendance, il la doit surtout à la prédisposition de certains Guinéens à l’accompagner, quitte à fouler au sol un certain nombre de principes et de valeurs. Les mêmes conditions avaient, en 2001, permis à Lansana Conté, dont la réputation de manœuvrier n’était pourtant pas aussi établie, de triompher de leaders aussi intelligents que l’actuel président ainsi que les regrettés Ba Mamadou, Siradiou Diallo et Jean-Marie Doré, entre autres. Le problème ne situe donc pas nécessairement au niveau des hommes-leaders. Il est surtout question de la conscience collective dont ceux-ci héritent. Une conscience commune qui est manifestement restée figée entre 2001 et 2020. Il serait donc infiniment plus bénéfique de travailler à façonner un nouveau type de Guinéen. Un nouveau type qui se nourrirait autant de riz que des valeurs de justice, d’égalité, de vérité, d’honnêteté, de droit, de liberté, de compassion, d’empathie, etc.

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Boubacar Sanso BARRY  

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