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GUINEE: de Charybde en Scylla

Le bond qualificatif que les Guinéens croyaient avoir fait, en passant du régime de parti unique à celui du multipartisme intégral, n’est qu’une illusion, à en croire l’auteur de cette tribune. Il n’y a donc aucun progrès. Au contraire, le pays est resté figé dans un certain immobilisme, en dépit des apparences. Ce statu quo, l’auteur l’impute certes en premier lieu à l’élite guinéenne, dans son ensemble. Ceci étant, il ne voudrait aucunement dédouaner le Guinéen ordinaire. 

Cela ne fait plus l’ombre d’un doute : Alpha Condé est candidat aux prochaines échéances électorales. Après deux expériences de présidence à vie, en voici une troisième qui s’annonce pour la Guinée. Pourtant, l’accession au pouvoir de l’ancien sorbonnard en 2010 avait suscité beaucoup d’espoir. Espoir que son équipe et lui viendraient par exemple à bout de certaines pratiques dignes des républiques bananières, où les intérêts des individus l’emportaient toujours sur ceux des institutions, composantes de tout système politique. Tout conspirait à dire qu’en Guinée, plus aucun président n’aurait la lubie de réviser, à fortiori de changer la constitution en vigueur, aux seules fins de s’octroyer quelques mandats de plus. Mais, aujourd’hui, les faits sont là : ce ne sont plus que des espoirs ratés.

Le désenchantement des soleils des indépendances ne nous a toujours pas quittés. Appelons un chat un chat ! 62 ans ! Le train du progrès est encore à quai ! Je ne m’accentuerai pas sur le retard économique que le pays accuse. Des données foisonnent sur le sujet. Et je n’en suis pas spécialiste. Ce sur quoi va porter mon propos réside dans l’examen de la participation politique des populations guinéennes. Il n’est pas de vie politique sans des citoyens. Passifs ou actifs, c’est à leur nom que les gouvernants prétendent agir. Ce qui revient à dire qu’ils sont leur source de légitimité. « Au nom du peuple, je fais ceci ou cela… », voilà peut-être la seule chose commune aux promoteurs d’un troisième mandat et à ceux qui leur sont opposés. Peuple ! Quel terme vague et imprécis ! Tant et si bien qu’il donne lieu parfois à des usages pas loin de l’abus de langage. On s’érige en porte-parole du peuple. Or, personne n’est le peuple et le peuple n’est personne. Le peuple des promoteurs du troisième mandat correspond-il à celui des défenseurs de la constitution de Mai 2010 ? Pas du tout, du moins pour les acteurs concernés. Sur un terrain strictement scientifique, on répondra le contraire : le peuple est indivis. L’appréciation qu’on donne des mouvements sociaux débouchant sur des changements de régime éclaire. Par exemple, on dira moins de la révolution burkinabé qu’elle a été le fait de quelques groupements politiques — quand bien même cela serait exact— que de celui du peuple burkinabé, étant donné que ceux qui étaient restés sans y prendre part ne sont point exclus dans les discours tendant à rendre compte de ce morceau de l’histoire burkinabé. Les free riders en tirent parti.

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Par ailleurs, la question n’est pas de savoir dans quel camp trouve-t-on la majorité. Le peuple ce n’est ni la majorité ni la minorité. C’est ce qui rassemble ceux qui sont hors de l’élite, la plèbe pour être fidèle à une sémantique de filiation romaine. Transposé à la situation guinéenne, on en vient à remarquer que l’idée qu’on se fait du peuple en Guinée trahit la définition d’origine romaine. Oubliez Rome une seconde ! Suivez mon regard ! Force est de dire qu’en Guinée, les populations sont plus des sujets que des citoyens. La représentation qu’on se fait du pouvoir politique a gardé tous les vestiges du premier régime. A partir de 1990, la Guinée a libéralisé son champ politique, mais elle ne s’est jusqu’aujourd’hui point libéralisé dans l’exercice du pouvoir politique. En fait, celui qui est gestionnaire du pouvoir politique a des attributs qui rappellent beaucoup la période du régime du parti unique. En théorie, on a tourné dos au Parti Unique, dans la mesure où deux partis au moins sont mis toujours en compétition aux différentes élections. En pratique cependant, les consciences (individuelles ou collectives) ne s’en sont point détachées. Pour preuve, la vision paternaliste qu’on se fait du pouvoir est toujours là, comme s’il s’agissait d’une plaie incurable. Rien ne me semble plus désolant que d’entendre des gens se résigner de vivre dans le dénuement, sous prétexte que c’est Dieu qui donne le pouvoir. Ainsi, malgré leur misère, ils restent bras croisés. La Guinée a fait le choix du multipartisme et de la démocratie comme type de régime politique, ceci est une bonne chose. Mais de là à croire qu’ils suffisent à faire du peuple, maître de la trajectoire politique de son pays est un leurre. Jusque-là, ce sont les élites qui sont maîtres du jeu. Autrement, comment pourrait-on justifier les mensonges à répétition de nos gouvernants sur des projets, dont la moindre brique n’est sortie de terre, ne jamais être inquiétés ? Si le pays traîne dans la fange, j’en veux pour beaucoup à ceux qui rient du premier ministre lorsqu’il met la non-électrification de certaines parties du territoire national sur la mort d’un soi-disant chinois. Tolérer cela, c’est se préparer demain à entendre que la Guinée, c’est Sodome et Gomorrhe des temps modernes !        

Fassou David Condé

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