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Non, cher Monenembo, l’erreur serait la non-participation aux élections présidentielles

Le débat autour de la participation ou non de l’opposition guinéenne est donc engagé. Si Tierno Monenembo et bien d’autres Guinéens notamment au sein du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) ne veulent même pas envisager l’hypothèse que les opposants puissent compétir avec Alpha Condé lors de la présidentielle prochaine, d’autres par contre pensent que l’erreur serait de laisser Alpha Condé seul aller à ce scrutin. C’est le point de vue défendu dans cette tribune. L’auteur trouve en effet que la participation des opposants à la présidentielle du 18 octobre n’est pas incompatible avec la lutte contre le troisième mandat.

J’écris cette tribune en mon nom propre, et non en celui d’aucune organisation formelle ou informelle à laquelle j’appartiens ou au sein de laquelle je milite. Face au débat très houleux sur la participation des partis politiques membres du FNDC aux élections présidentielles prochaines, j’ai décidé de prendre du recul et d’analyser avec le moins de passion et le plus d’objectivité possibles, l’opportunité, la légalité et la légitimité de participer à ces élections. Je me suis suis également penché autant que je le peux sur les risques potentiels associés à une participation ou non à ces élections. Lors de mon analyse, je suis resté résolument concentré sur l’objectif ultime de l’alternance en 2020, c’est à dire celui non négociable du départ d’Alpha Condé de Sekhoutoureya dans quatre mois.

J’ai lu les écrits de plusieurs partisans de la démocratie et membres du FNDC, qui sont totalement opposés à la participation des partis politiques aux élections présidentielles prochaines. Notre cher aîné, Monsieur Thierno Monenembo, le grand écrivain et véritable référence intellectuelle, pense même qu’il serait une folie de participer auxdites élections.

A mon humble avis, cependant, bien chers aînés, chers concitoyens, l’erreur serait de ne pas aller aux élections!

Non, Cher Thierno Monenembo, l’erreur ou la folie serait de ne pas aller aux élections!

A travers mes lectures, quatre principaux arguments sont fournis par nos amis qui pensent qu’il ne faut pas aller aux présidentielles: l’absence de base juridique, le respect pour la mémoire des victimes, la cohérence par rapport aux législatives et la certitude de perdre les élections.

De la base juridique de la candidature de l’opposition

Premièrement, sur la question de la base juridique, il est important de rappeler que, conformément à la constitution de 2010, la seule valable en Guinée, les élections présidentielles doivent se tenir en octobre et Alpha Condé est le seul Guinéen qui n’a pas le droit de se présenter à ces élections. Ceux qui disent qu’une participation à ces élections serait une reconnaissance tacite du chiffon de papier qu’Alpha Condé veut utiliser pour justifier sa présidence à vie ont certes raison, mais ils oublient que les élections qui auront lieu en octobre seront organisées sur la base de la constitution de 2010. Si c’était sur la base du chiffon de document du RPG, l’élection devrait se tenir en 2021 certainement, car la rétroactivité sur laquelle le dictateur veut baser son éventuelle candidature ne peut s’appliquer uniquement au nombre de mandats, elle devrait s’appliquer à toutes les dispositions, y compris la durée de mandat qui deviendrait six ans désormais. Donc, conformément à la constitution de 2010, même si Alpha Condé évoque un autre texte fabriqué, l’opposition a le droit et l’obligation de participer à ces élections. Il ne faut pas se tromper de cibles ou de débats, la seule préoccupation doit demeurer la participation d’Alpha Condé qui serait une atteinte grave à la marche de notre démocratie. C’est comme si on demandait à la victime de renoncer à ses droits constitutionnels parce que le violeur a tenté́ de commettre une forfaiture. Non, la victime doit faire fi de la forfaiture, et exiger le respect de son droit constitutionnel initial : présenter sa candidature aux élections et exiger la non-participation d’Alpha Condé.

De la mémoire des victimes de la répression

Deuxièmement, l’argument du respect pour la mémoire des victimes est avancé par beaucoup de personnes, y compris des gens qui n’ont jamais été indignés par les massacres de jeunes manifestants paisibles, y compris par les bourreaux. C’est quand même aberrant de voir que les personnes qui ont commis ou soutenu les coupables des crimes odieux interpellent le camp des victimes au respect de la mémoire des jeunes qu’ils ont arrachés sans vergogne à l’affection de leurs familles, dans l’unique but de maintenir un vieillard au pouvoir. Quant aux partisans de la démocratie qui ont perdu des parents et amis dans ce combat, il faut leur dire que la participation à ces élections est la meilleure manière d’honorer la mémoire des victimes. Ces victimes sont tombées sous les balles assassines d’Alpha Condé pendant qu’elles réclamaient une alternance en 2020, et ces élections constituent une des solutions pouvant conduire à l’alternance. L’objectif du FNDC, et de tous les combattants de la démocratie, est d’empêcher le maintien du dictateur Alpha Condé par tous les moyens possibles, en créant autant d’obstacles légaux possibles.

Participer à ces élections augmente ce nombre d’obstacles, et ne pas participer limiterait le champ d’action contre la forfaiture. Il est important à ce niveau de rappeler que si l’opposition présente sa candidate et découvre que le dictateur Alpha Condé est aussi candidat, elle exigera le retrait de la candidature d’Alpha Condé afin de continuer sur la trajectoire du combat initial, respectant ainsi la mémoire des victimes. Mais si elle ne présente pas de candidature, les victimes seront abandonnées dès que les campagnes seront ouvertes. Comme je l’ai dit avant même la création du FNDC, il faut empêcher la candidature d’Alpha Condé, empêcher son élection ou lui rendre la gouvernance difficile à travers tous les moyens légaux disponibles. Il faut mettre ce complexé hors d’état de nuire.

De la cohérence par rapport aux législatives de mars 202

Troisièmement, la question de la cohérence par rapport aux législatives est posée, souvent même par les personnes qui soutiennent que la non-participation aux législatives était une erreur. C’est simplement ridicule de voir ces personnes conseiller aux politiques d’être cohérent dans les erreurs : parce que tu as commis une erreur en mars, il faut la commettre encore en octobre, et tu seras cohérent. Par ailleurs, il faut rappeler que les élections présidentielles qui s’annoncent sont légales, non couplées d’une forfaiture de changement constitutionnel, tout en donnant la possibilité à l’opposition de dissoudre l’assemblée illégitime qui est actuellement logée au sein de notre parlement. D’aucuns diront que cette possibilité de dissoudre l’assemblée est une illusion car une victoire contre Alpha Condé, dans les conditions actuelles, est impossible.

Des chances de l’opposition

Cela conduit au quatrième point: avec un fichier taillé sur mesure, une CENI et une cour constitutionnelle aux ordres, il est impossible de battre Alpha Condé. Je crois plutôt qu’il est très facile de battre Alpha Condé actuellement mais il est plutôt impossible de le voir accepter pacifiquement les résultats. Avec les résultats calamiteux de ses 10 ans de gestion, battre Alpha Condé ne demande même plus assez d’efforts. Mais il est évident qu’il essaiera de proclamer des résultats truqués, afin de se maintenir au pouvoir. Donc, pour gagner la bataille déjà entamée et honorer la mémoire des victimes, l’opposition a l’obligation de s’assurer que les résultats effectifs des élections seront déterminés et mis à la disposition du public en temps réels, tout en obligeant Monsieur Alpha Condé de les respecter, afin d’éviter une crise postelectorale à notre pays. Il faut rappeler à l’équipe de Monsieur Alpha Condé que des logiciels très performants existent actuellement et que toutes les ressources seront mobilisées pour collecter, consolider et proclamer les résultats reflétant la volonté du peuple de Guinée de sanctionner son pouvoir despotique qui n’a brillé que par les crimes humains et financiers. La société civile pourrait se mobiliser aux côtés de l’opposition dans ce combat, si Monsieur Condé est candidat.

Loin de l’idée de faire des comparaisons faciles avec certains pays de la sous région où des présidences à vie ont été empêchées à travers les urnes, il faut dire à Alpha Condé que le peuple n’acceptera pas une falsification des résultats en faveur de son parti, bien entendu la candidature de sa personne ne sera pas acceptée dans la foulée. S’il présente un autre candidat pour son parti, la société civile se retirera du combat, et laissera le combat politique entre partis politiques. Mais s’il est candidat, il entérinerait directement la défaite de son parti. Après les élections présidentielles auxquelles Alpha Condé sera candidat, la victoire de l’opposition sera une simple formalité. Elle sera annoncée par les voies légitimes et populaires, et les institutions de la république, tout comme les partenaires étrangers, se rangeront sans nul doute du côté de la vérité, c’est à dire du côté du parti de l’opposition qui vaincra Alpha Condé.

Donc, si le RPG veut le “changement dans la continuité”, il doit changer de leader pour la continuité du parti. Chers militants du RPG, ayez le courage de dire à Alpha Condé qu’il n’est pas irremplaçable.

Chers leaders de l’opposition, déposez vos candidatures à temps, et continuons le combat jusqu’au départ de Monsieur Alpha Condé. Il doit être et sera remplacé en 2020 par un autre Guinéen, de la mouvance ou de l’opposition.

Wassalam! Amoulanfe!…

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