Ledjely.com
Accueil » KEMOKO TOURE : « J’ai rêvé, mais je ne rêve plus »
A la une Actualités Afrique Politique Tribune

KEMOKO TOURE : « J’ai rêvé, mais je ne rêve plus »

Plus jeune, Kémoko Touré avait nourri beaucoup de rêves pour lui-même, pour la Guinée qu’il porte tant dans son cœur, mais au-delà pour l’ensemble du continent africain. C’était notamment à la veille de son départ pour la France pour les études. Il caressait l’immense espoir qu’à son retour, un peu partout en Afrique et surtout en Guinée, il trouverait un environnement et surtout une élite préparés et prédisposés à aider à combler le retard qu’accuse le continent berceau de l’humanité du fait de certaines vicissitudes de l’histoire. Malheureusement, quand il est revenu, il lui a bien fallu déchanter. Car la réalité face à laquelle il s’est retrouvé était aux antipodes de celle qu’il s’était imaginé. Du coup, il ne rêve plus.

En quittant ma Guinée en ce mois de Juillet 1967, j’avais la tête pleine de rêves :

  • Je rêvais de me rendre en France, cette ancienne puissance coloniale qui avait tenu à nous débarrasser de nos cultures et de nos valeurs pour nous persuader qu’elle constituait le seul vrai rempart à nos peurs et à nos peines ;
  • Je rêvais de faire de brillantes études universitaires et ce, quels que soient les obstacles qui auraient la mauvaise idée de se dresser sur mon chemin ;
  • Je rêvais d’accomplir une carrière professionnelle exemplaire sans jamais nourrir de complexe à l’égard de qui que ce soit. En effet, le hasard m’a fait naître dans une famille qui avait des valeurs fortes de respect de soi et des autres assorties du refus de tout assujettissement ;
  • Je rêvais de fonder ma propre famille et de donner à nos enfants les meilleures éducations culturelle, sociale et scolaire possibles ;
  • Je rêvais de revenir un jour en Guinée pour faire bénéficier au plus grand nombre l’expérience que j’aurais acquise ailleurs et les rêves de développement du pays qui m’animaient déjà et qui se préciseront au fur et à mesure de mon parcours personnel ;
  • Je rêvais de retrouver des compatriotes guinéens libres mais soudés autour d’un socle de valeurs qui feraient de chacun d’eux un patriote, respectueux du travail bien fait, respectueux du bien public et imperméable à la corruption ;
  • Je rêvais enfin de trouver à mon retour, de jeunes dirigeants éduqués et cultivés, pétris de notre Histoire et soucieux du sacrifice de nos Martyrs, qui seraient animés de la volonté de faire des Africains, habitants du Continent-Berceau de l’Humanité, les Premiers de la Classe.

Hélas ! Mes rêves concernant la transformation heureuse de la Guinée et par extension de l’Afrique subsaharienne se sont transformés en cauchemars. Même s’ils ne sont plus tout jeunes, les dirigeants que j’ai trouvés à mon retour au pays ne manquent pas de savoir livresque mais ils souffrent majoritairement :

  • De la non connaissance ou de la non conscience de l’Histoire des Noirs ;
  • De l’oubli de nos Martyrs et de leurs sacrifices pour la liberté et pour l’émancipation des Africains ;
  • De l’addiction à l’argent facile et donc de la perméabilité au détournement et à la corruption ;
  • Du complexe inconscient d’infériorité à l’égard d’une autre couleur de peau ;
  • Du syndrome du « Sans moi le chaos » qui est la traduction d’un profond mépris pour leurs compatriotes. Ils se croient d’abord omniscients avant de devenir rapidement omnipotents et criminels. Avec la dilapidation et la distribution sans vergogne des deniers publics, ils n’ont aucun mal à s’attacher les services de prédateurs qui ont d’ailleurs très vite appris à leur survivre, contribuant ainsi à perpétuer la misère
  • Depuis l’indépendance, le pays aurait été en mesure de dégager d’importantes ressources qui auraient pu être consacrées au développement. Pour arrêter ce gaspillage, il suffirait peut-être que tout Président « élu » soit automatiquement érigé en « Roi » indétrônable pour le restant de sa vie ! Le pays ferait ainsi l’économie :
    • De jeunes vies inutilement sacrifiées et arrachées à l’amour des parents au nom de la « démocratie » ;
    • Des énormes sommes détournées ou distribuées à la faveur des incessantes campagnes électorales qui ne font que contribuer à la fracture sociale et au renforcement de la haine entre les élites du pays.

Depuis que j’ai perdu mes illusions, je continue malgré tout à me demander quand et si l’élite Africaine de Guinée sera un jour contaminée par le virus vertueux du patriotisme économique pour que chacune de ses composantes agisse au quotidien avec la conscience collective de sa responsabilité individuelle.

L’Ignorance, la Pauvreté et…la Bêtise ne sont pas des fatalités !

Kémoko TOURE.

Industriel. Consultant. Ecrivain.

Articles Similaires

“Chanceux est celui qui croisa le natif d’Arada sur le chemin de la Diplomatie !”

LEDJELY.COM

N’ZÉRÉKORÉ : des coups de feu entendus dans un quartier de la commune urbaine

LEDJELY.COM

KOUROUSSA : un père de famille tué dans un accident de la circulation

LEDJELY.COM

ABOUBACAR SOUMAH : « Le mouvement syndical ne tolérera aucune immixtion du gouvernement »

LEDJELY.COM

COVID-19 : un an après l’apparition de la maladie en Guinée, l’ANSS dresse le bilan

LEDJELY.COM

MALI : le président du CMA assassiné à Bamako

LEDJELY.COM
Chargement....