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MARIE-MADELEINE DIOUBATÉ : « Tous les ingrédients sont réunis pour une grave crise post-électorale »

Cette semaine, une délégation de haut niveau de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), de l’Union africaine et des Nations-Unies a séjourné à Conakry, où elle a rencontré les acteurs sociopolitiques guinéens en prélude à la présidentielle du 18 octobre 2020. Une visite qui fait couler beaucoup d’encre et de salive ce week-end, après notamment la passe d’armes entre le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) et la délégation de la communauté internationale.
Pour Marie-Madeleine Dioubaté, actuellement à tête du Congrès populaire africain (CPA), cette visite montre l’intérêt que la communauté internationale accorde au prochain scrutin présidentiel. Toutefois, la femme politique estime que cette venue de la délégation est intervenue bien trop tard. Car, estime-t-elle, cela ne servira pas à panser les plaies. Elle l’a dit ce samedi lors d’un entretien téléphonique accordé au Djely.

Bonjour madame Marie-Madeleine Dioubaté ! Dites-nous quelle est votre perception de la récente mission conjointe de la CEDEAO, de l’UA et de l’ONU en Guinée ?

Marie-Madeleine Dioubaté : Je pense que la mission conjointe de la CEDEAO, de l’UA et de l’ONU en Guinée prouve que les organisations internationales appréhendent les élections à venir en Guinée. Je pense cependant  que cette mission est arrivée bien trop tard, elle ne servira pas à panser les plaies. D’autre part, ces institutions ont manqué de fermeté avec le président Alpha Condé. C’est avant qu’elles auraient dû veiller au respect de la Constitution. Elles n’ont pas su consolider les institutions démocratiques dont elles sont garantes, et il y a en plus, une forme d’hypocrisie de la part de ces institutions qui n’ont toujours pas entériné la résolution contre les 3ème mandat en Afrique.

Quelle analyse faites-vous de leur déclaration ?

Leur déclaration est une réponse diplomatique et ambiguë. La CEDEAO et l’UA savent que le parti au pouvoir a fait un passage en force de la nouvelle constitution et que celle-ci a été rejetée avec force par la grande majorité des Guinéens qui l’ont démontré lors de manifestations monstres, malgré la répression. Je dirai également que ces institutions ont démissionné face à la ferme intention de Monsieur Alpha Condé de briguer un 3ème mandat, qu’elles n’ont pas tenu compte des aspirations du peuple de Guinée dans sa grande majorité et enfin qu’elles reviendront au moment de la crise post-électorale presque inéluctable. A quoi servent ces institutions qui sont sensées empêcher les crises multiformes sur le continent et faire respecter les engagements des chefs d’Etats ? N’ont-elles pas un rôle central dans le dispositif de prévention des conflits ?

Selon vous, à quoi on peut s’attendre ?

Tout dépendra du peuple guinéen qui est devant un choix crucial : devenir de plus en plus pauvre, entrer dans une dictature féroce sans aucun avenir à l’horizon pour les jeunes qui vont se lancer de nouveau sur la route de l’exode ou décider de prendre son destin en main. Dans tous les cas, la Guinée est assise sur une grenade qui attend d’être dégoupillée. Tous les ingrédients sont réunis pour que la Guinée s’achemine vers une grave crise post-électorale, dans un climat de tensions alimentées entre autres par les divisions ethniques et politiques. Il est fort probable qu’à l’annonce des résultats, il y ait de très graves affrontements dans tout le pays qui pourraient dégénérer en insurrection et qui pourrait rendre la situation incontrôlable. Les différents candidats y ont-ils songé ? Qu’ont-ils à y gagner si le pays brûle ?

Pensez-vous que la venue de la communauté internationale peut permettre une sortie de crise ?

Je crains malheureusement que la CEDEAO ne soit pas en mesure de permettre une sortie de crise à quelques jours du scrutin présidentiel. Les Guinéens doivent comprendre que les puissances étrangères ne peuvent pas se substituer à eux pour reconquérir leur liberté, leur indépendance. « A vaillant cœur, rien d’impossible ! », « Aides-toi et le ciel t’aideras ! », dit-on.

Propos recueillis par Aliou

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