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TROISIEME MANDAT : Côte d’Ivoire, Guinée, des fâcheux précédents ?

Ça y est ! Alassane Ouattara et Alpha Condé ont leurs troisièmes mandats. Pour l’un et l’autre, ce fut laborieux, dira-t-on. Mais à l’arrivée, les objectifs que se fixaient les présidents ivoirien et guinéen sont au rendez-vous. Cette implacable réalité saute d’autant plus aux yeux que les deux cérémonies d’investiture organisées respectivement le lundi 14 et le mardi 15 décembre ont été rehaussées par la présence de nombre de leurs homologues africains. Ce qui, à défaut de passer pour un encouragement, sonne tout au moins comme une reconnaissance pleine et entière des nouveaux mandats dans les deux pays. En sorte qu’il est à se demander si l’on n’assiste pas à une remise en cause de ce que, il y a quelques années encore, on prenait pour acquis de la région ouest-africaine, à savoir le principe de l’alternance. D’autant que les partisans de ces mandats à vie peuvent désormais, au niveau international, compter sur des parrains aussi influents que sont la Russie, la Turquie ou encore la Chine.

L’échec d’Abdoulaye Wade face à Macky Sall en 2012 et l’insurrection ayant mis fin au long règne de Blaise Compaoré en 2014, avaient été perçus comme un message selon lequel en Afrique de l’ouest, les peuples sont les véritables détenteurs du pouvoir. En comparaison avec l’Afrique centrale où l’alternance relève encore d’un idéal lointain, cette partie occidentale du continent était souvent présentée comme le phare qui irradiera le reste de l’Afrique de sa lumière démocratique. Plus concrètement, il y a cinq ans, personne n’aurait cru que dans un des pays de cette zone un dirigeant s’octroierait un mandat de plus envers et contre la volonté de ses compatriotes. Eh bien, Alassane Ouattara et Alpha Condé remettent en cause ces certitudes. Et par la même occasion, ils sèment le doute et l’incertitude chez bon nombre de militants pro-démocratie en Afrique. En effet, si eux l’ont réussi, qu’est-ce qui empêchera d’autres d’envisager la même chose ? Macky Sall, au Sénégal, ne sera-t-il pas tenté par exemple ? Et Patrice Talon, au Bénin ? En tout cas, rien n’est plus impossible. Si les présidents ivoirien et guinéen, en dépit de ce qu’ils ont représenté en tant qu’opposants, n’y ont pas résisté, personne d’autre ne surprendrait véritablement en s’engageant sur la même voie.

Et les démocrates africains ont d’autant plus de souci à se faire que l’évolution des rapports de force au niveau international est de nature à favoriser l’émergence ou le maintien des autocraties. En effet, les modèles proposés par Paris et Washington ne sont plus les seuls qui soient à la disposition des dirigeants du continent africain. Le trio Russie-Turquie-Chine offre une autre option. Convoitant également les potentialités de l’Afrique et soucieux d’étendre leurs zones d’influence, les trois usent d’une approche à laquelle les dirigeants du continent sont plus réceptifs. Mise à disposition d’importantes liquidités via des accords signés en toute opacité, non-ingérence dans les affaires intérieures des pays, protection et parrainage dans les grandes instances de décisions internationales…ce sont là quelques-uns des arguments dont use ce trio pour supplanter les partenariats bâtis sur les ruines du colonialisme.

Alassane Ouattara et Alpha Condé ne relèvent donc pas nécessairement d’un phénomène marginal. Surtout qu’ils semblent également surfer sur une tendance qui met en évidence les dirigeants au caractère trempé et au verbe haut. Bolsonaro du Brésil, Erdogan de la Turquie, Poutine de la Russie, Xi Jinping de la Chine ou encore Trump des Etats-Unis, en sont les exemples vivants. Et ces dynamiques évolutives, les sociétés civiles africaines devraient les prendre en compte dans des réflexions plus globales en vue de les intégrer dans les luttes qu’elles mènent pour l’ancrage de la démocratie et des droits humains sur le continent.

Boubacar Sanso BARRY

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