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RD CONGO: et ce qui devait arriver arriva

Ça y est. Ce n’est pas vraiment une surprise. Mais ça a le mérite d’avoir été acté. Le premier ministre congolais et son gouvernement n’ont plus la confiance de l’Assemblée nationale. Par leur approbation massive de la motion de censure qui leur était proposée ce mercredi, les parlementaires congolais décident de congédier Sylvestre Ilunga Ilunkamba et son gouvernement. Et par cet acte, c’est Félix Tshisekedi, jusqu’ici otage de l’ancien président Joseph Kabila, qui se libère. L’esclave qu’il était brise les chaînes qui le maintenaient prisonnier et peut désormais agir à sa guise. Toutefois, le président Tshisekedi ne devrait pas perdre de temps à savourer sa victoire. Même si c’est très tentant, il est vrai. Mais il doit réaliser que la liberté qu’il vient de s’octroyer a son revers. Désormais, il est seul face aux Congolais. Plus aucun prétexte. Plus aucune excuse. Pas non plus de bouc-émissaire. D’où l’intérêt de se remettre au boulot, très vite. D’autant que les défis ne manquent pas.

L’entente rompue

Pour Sylvestre Ilunga Ilunkamba et son gouvernement, le répit n’a duré que 24 heures. A une majorité écrasante de 367 députés sur un total de 377 votants, les parlementaires ont approuvé la motion de censure qui leur était soumise. Et pour eux, le vote était d’autant plus facile qu’il suffisait d’imputer tout ce qui n’aura pas marché durant les deux dernières années à M. Ilunkamba et à son gouvernement. Des problèmes sécuritaires dans l’est du pays, au phénomène de la corruption qui mine encore la gouvernance, en passant par l’apathie de la justice et même la présence d’armées étrangères dans le pays. Bref, les arguments ne manquaient pas pour faire chuter le gouvernement qui, jusqu’ici symbolisait le pacte entre Tshisekedi et Kabila. Cette entente, de l’avis d’une frange importante de la classe politique congolaise, a davantage desservi le Congo et les Congolais qu’elle ne les a servis. C’est en tout cas le prétexte que met en avant le président congolais et ses partisans pour y mettre un terme. Et visiblement, ils ont réussi à convaincre du monde.

Des acquis, mais aussi des défis

Cependant, Félix Tshisekedi ne doit pas en rester à ce divorce. D’ailleurs, s’il ne fait pas attention, avec cette rupture, il se met une corde au cou. Car maintenant qu’il s’est libéré de l’emprise et s’est quelque peu mis à l’abri des crocs-en-jambe de l’ancien président, il n’a plus droit à l’erreur. Certes, il a posé quelques actes. Au nombre desquels, on peut citer les réformes en cours du système éducatif avec notamment la gratuité de l’enseignement primaire. La récente libération des condamnés pour l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila est également perçu comme un acte à la fois de courage et d’apaisement. On n’oublie pas non plus le procès dit des 100 jours qui avait abouti à la condamnation notamment de Vital Kamerhé, ex-directeur de cabinet du président Tshisekedi. Il y a donc eu des efforts. Mais il en reste. En tout cas aux yeux des Congolais dont la situation quotidienne n’a pas fondamentalement été impactée par la nouvelle gouvernance. Peut-être en partie parce que le phénomène de la corruption demeure encore prégnant dans la société congolaise en général et dans l’administration publique en particulier. Mais c’est surtout dans la partie orientale du pays, frontalière avec l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi où les populations, prises en tenaille entre différents groupes armés, attendent de voir les impacts de la présidence Tshisekedi. Dans cette zone-là, en proie à des violences depuis des années, on n’en est même pas à réclamer le développement. On veut juste sauver sa vie et celles des membres de sa famille. On veut cultiver ses champs, faire paître son troupeau et envoyer ses enfants à l’école. Sans avoir à se faire lyncher ou à se faire violer pour les femmes. Des choses aussi basiques de la vie, mais qui demeurent un luxe dans cette partie du pays. Maintenant qu’il s’est affranchi, Tshisekedi doit pouvoir combler de telles attentes. En tout cas, il n’aura plus aucune excuse. A lui donc de se mettre à la tâche, sans tarder !

Boubacar Sanso BARRY

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