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GUINÉE : des voix s’élèvent pour demander la libération des « détenus politiques »

Depuis la tenue de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, des centaines de citoyens dont des membres du bureau exécutif national de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) ainsi que des alliés de l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (ANAD) ont été interpellés et placés en détention à la maison centrale de Conakry par les autorités guinéennes. Certaines de ces arrestations sont consécutives aux violences post-électorales qui ont éclaté le 20 octobre à Conakry et dans certaines villes de l’intérieur du pays. A la date du 29 janvier 2021, quatre détenus politiques sont morts avant l’ouverture de leurs procès ; tandis que sur des centaines d’arrestations opérées par la justice guinéenne, seulement une dizaine de détenus ont vu leurs dossiers s’accélérer, aboutissant à l’ouverture de leurs procès.

Plus largement, aujourd’hui, ce sont tous les opposants au régime du président Alpha Condé qui sont dans la ligne de mire des autorités judiciaires et policières guinéennes. Ils s’appellent Ousmane Gaoual Diallo, Etienne Soropogui, Foniké Menguè, Madic 100 frontière, Ismael Condé, Cellou Baldé… leur point commun : ils sont incarcérés depuis des mois à la prison centrale de Conakry après s’être opposés au président Alpha Condé et à son troisième mandat. D’autres opposants ont connu un sort tragique. Eux ne respireront plus jamais l’air de la liberté, étant décédés en détention provisoire. C’est le cas de Roger Bamba, Ibrahima Sow, Mamadou Lamarana Diallo et Mamadou Oury Barry. Si la plupart des personnes arrêtées attendent encore le début de leurs procès, les plus célèbres d’entre eux ont commencé à défiler devant les juges. Foniké Menguè, lui, après près de deux semaines de grève de la faim, a été jugé et condamné jeudi dernier à onze mois de prison ferme. Au même moment, des centaines de détenus n’ont toujours pas été présentés à un avocat, ni à un juge ; alors que les conditions carcérales sont de plus en plus dénoncées.

« Des prisonniers politiques »

Du coté des organisations de la société civile guinéenne, notamment celles de défense des droits de l’homme, beaucoup jugent que ces arrestations sont politiques, la purge ne ciblant que les militants de l’Union des forces démocratiques de Guinée, les alliés du parti dirigé par Cellou Dalein Diallo et les partisans du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Donc, tous des opposants au régime du président Alpha Condé. Ces derniers temps, ils sont nombreux ces activistes de la société civile qui plaident pour une « humanisation » des conditions carcérales dans les prisons guinéennes et à demander le jugement sans délai des détenus arrêtés pour leur activisme politique, à défaut de leur accorder une libération provisoire.

Pour Me Alpha Amadou DS Bah, le vice-président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH), tout porte à croire que ceux qui ont été arrêtés à l’occasion de la dernière présidentielle sont des détenus politiques. « On a l’impression que ces personnes ont été arrêtés dans le cadre d’un vaste règlement de comptes, une chasse aux sorcières qui en dit long sur le processus même qui a conduit à cette élection. Depuis plus d’un an, le combat du FNDC est allé crescendo dans la violence, dans le refus systématique de l’exercice d’un droit fondamental qui est celui de manifester. Donc, je pense que tout ça dénote de la situation qui prévaut dans notre pays », souligne-t-il.

« Les violences qui se sont exercées pendant ce processus électoral sont venues de tous les bords. Mais si on arrête dans un seul camp, ça à l’air d’être perçu comme étant une justice à double vitesse. Et cela n’honore pas l’image de la démocratie pour laquelle le président Alpha Condé revendique plus de 40 ans de combat », fait remarquer pour sa part Mamadou Kaly Diallo, membre de la Baïonnette intelligente.

Recul démocratique et violations des droits de l’homme

La situation de certains détenus dans les prisons guinéennes, selon le deuxième responsable de l’OGDH, constitue un recul démocratique. « On pensait que cela n’allait plus se faire dans notre pays, étant donné que depuis plus d’une décennie, tous les acteurs politiques, l’OGDH et les autres acteurs de la société civile se battent justement pour que les acquis ne soient pas remis en cause. Malheureusement, tout est en train d’être remis en cause », déplore-t-il, ajoutant qu’on ne peut « utiliser les parquets à des fins politiques dans le seul but de mâter une opposition politique ».

Me Alpha Amadou DS Bah estime que des précautions doivent être prises pour que les prisons guinéennes soient désengorgées ne serait-ce que par l’organisation rapide des procès des opposants arrêtés, à défaut de les libérer purement et simplement. « Je pense qu’il y a une lenteur extraordinaire qui s’est installée aujourd’hui au niveau des différents parquets. Les dossiers ne sont pas programmées à temps, les (cas) de flagrant délit dont on parle ne sont pas pris en compte au niveau de la programmation du jugement. Donc, il faudrait absolument que ces procès soient organisés le plus tôt possible pour permettre de juger ces gens qui, pour la plupart, ont été arrêtés à des heures tardives dans des conditions que nous connaissons tous. Il faut au moins organiser leurs procès pour que le maximum de personnes puissent bénéficier de libération », insiste-t-il.

Et Mamadou Kaly Diallo, chargé des relations avec les jeunes de l’axe au compte du programme Démocratie sans frontières, de rappeler : « Même un inculpé est couvert par le principe de présomption d’innocence. En principe, un citoyen est envoyé en détention pour être sanctionné, pas pour être détruit. Parfois, on a des morts en détention, sans compter la capacité d’accueil de la maison centrale préalablement définie et l’écart grandiose de nos jours. Il faut vraiment humaniser les maisons d’arrêts. Ce n’est pas typique à la Guinée, c’est une exigence aujourd’hui du monde moderne. C’est une question de droits de l’homme ».

Le dialogue politique

Pour décrisper la situation sociopolitique actuelle en Guinée, beaucoup d’observateurs pensent qu’un certain nombre de conditions doivent être réunies pour ramener les Guinéens dans un climat apaisé. Pour ce faire, « l’assouplissement des mesures de détention » est une nécessité, explique de son côté Me Foromo Frédéric Loua. « Il est important que le gouvernement fasse l’effort nécessaire pour désamorcer cette crise, en procédant à la libération des détenus qui peuvent l’être, et ceux-là qui peuvent bénéficier de liberté provisoire. Il faudrait que ces mesures soient envisagées sérieusement par les autorités. En ce moment, on peut aller vers un dialogue qui sera de nature à décrisper la situation sociopolitique en Guinée », analyse encore le président de l’ONG Mêmes Droits pour Tous (MDT).

Mamadou Kaly Diallo, lui, émet des réserves quant aux éventuelles conclusions du cadre de dialogue permanent récemment mis en place par le président Alpha Condé. « Aujourd’hui, la crise de confiance est énorme entre les acteurs. Le principal challenger du président Alpha Condé estime être le président élu. Cellou Dalein Diallo réclame toujours la reconnaissance de sa ‘victoire’. Quand on est dans un pays où la crise a atteint un tel seuil, encore une fois, c’est préoccupant. Je pense que l’issue heureuse de cette crise, ce serait plus d’implications des pays partenaires et amis de la Guinée, pour qu’on puisse s’en sortir. Je crois que la crise actuelle est très profonde », conclut l’activiste.

Hawa Bah

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