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HÉRITAGE : Adama vit un véritable calvaire, depuis la mort de son mari

« Mon mari travaillait à Kamsar, quand il est tombé malade, il m’a donné ses relevés de salaire et tout, avant que sa famille ne le fasse admettre à Ignace Deen. J’ai tout fait pour rencontrer mon époux, jusqu’à ce qu’il rende l’âme. Pourtant quand il m’a épousé il y a dix ans, il ne s’entendait pas avec sa famille, c’est moi qui les ai réconciliés. Je l’ai même contraint à loger un de ses demi-frères et sa femme. Mais il m’avait prévenu que sa famille allait me le faire regretter. Je faisais tout pour sa famille, parce que je gagnais plus ma vie que mon époux en travaillant la terre. Tout allait bien entre nous jusqu’à ce que mon mari meure un jeudi soir. Ils ont commencé leurs manœuvres cette nuit même. Pendant que les gens étaient partis l’inhumer le lendemain, le plus âgé de ses demi-frères a envoyé les jeunes de la famille pour défoncer la porte. Ils ont fait sortir tous mes effets, gâté mon armoire et pris les papiers de la maison et ceux de notre mariage ainsi que la somme de six millions de francs guinéens. J’étais complètement déboussolée. J’ai même essayé de me suicider en m’attachant à une corde, c’est une Léonaise qui m’a sauvé la vie », c’est par ces propos que Adama, veuve depuis septembre dernier, commence à raconter l’épreuve qui lui est imposée depuis la disparition de son époux. 

Le cas de cette dame n’est pourtant pas isolé dans la société guinéenne. Elles sont nombreuses ces femmes, alors qu’elles ne sont pas encore sorties de l’affliction consécutive à la disparition de leurs maris, à se retrouver subitement privées des biens qu’elles possédaient en tant qu’épouses. Alors que certaines ont contribué, par le dur labeur, à l’accumulation des richesses du couple souvent mises au nom du mari. Ce phénomène touche des femmes de toutes les classes et de tous les âges, mais plus particulièrement les veuves sans enfants.

En Guinée, il n’existe aucun organisme spécifique spécialisé dans le traitement des dossiers de ces femmes. Interrogé sur la question, l’Office de protection du genre et des mœurs (OPROGEM) n’a pas été en mesure de fournir des données se rapportant au phénomène dans le pays. Toutefois, des responsables ont annoncé leur intention de ressortir prochainement la situation des veuves dans les statistiques annuelles du service, au lieu de les regrouper dans le cadre des violences basées sur le genre. Comme c’est le cas actuellement. « Il y a plusieurs formes de violences dont elles peuvent être victimes. Les veuves peuvent être victimes de violences verbales, dépouillées des biens de leurs défunts époux, ou faire l’objet de harcèlement pour se remarier avec quelqu’un de leurs belles-familles, comme un petit-frère du défunt », a juste confié au Djely hors micro un commissaire de police.

En Guinée, le décès du mari est synonyme de descente aux enfers pour de nombreuses femmes. Photo d’illustration. (c) Mr_Achraf / Iwaria.com/

Le constat est, presque, identique du côté de la justice, où les avocats qui accompagnent les rares victimes qui portent plainte sont pour la plupart des généralistes, ne maîtrisant pas bien la problématique. La majorité des cas sont de ce fait réglés à l’amiable. Le dossier de dame Adama est devant la justice. « On est partis au (bureau du) quartier. On m’a donné raison. Puis, nous sommes allés à la gendarmerie et au tribunal également. Au tribunal, on leur a fait comprendre qu’ils encouraient jusqu’à 5 ans de prison. Les parents de mon défunt mari m’ont demandé pardon et signé l’engagement de payer l’argent (…) Je compte aller jusqu’au bout, mais je crains qu’ils usent de leur influence pour me faire pire que ce qu’ils ont déjà fait, surtout que les papiers de la maison laissée par mon défunt mari sont toujours au niveau du tribunal. Je crains qu’ils n’aillent négocier là-bas. Quant aux papiers de notre mariage, il y a quelqu’un qui est venu me dire que le petit frère de mon époux avec lequel je cohabite a dit les détenir, mais qu’il ne saurait pas comment me les rendre sans se faire prendre », poursuit-elle.

Mais que dit l’islam sur ce sujet ?

En Guinée, plus de 85% de la population sont musulmans. Certes, la charia n’est pas utilisée dans les tribunaux mais de nombreux notables s’en inspirent dans la résolution – à l’amiable – des conflits entre individus. La coran est la principale source sur laquelle se basent les imams qui sont appelés à régler les questions d’héritage. Or, d’après les règles islamiques, les frères et sœurs, qui sont généralement pointés du doigt dans les affaires d’accaparement d’héritage, ne peuvent bénéficier de l’héritage d’un défunt qu’en dernier ressort, explique oustaz Thierno Sadou Bah. « Quand un homme meurt, on évalue ses biens. On y prélève ses dettes s’il y en a, s’il reste de l’argent (ou d’autres formes de biens), il doit être partagé comme suit : la mère et le père héritent chacun 1/6 de l’héritage de leur défunt enfant, 1/4 revient à sa/ses femme(s) si le défunt n’a aucun enfant, sinon la ou les épouses ne se partagent que 1/8 de l’héritage. Le reste revient aux enfants, de telle sorte que les garçons aient le double de ce qui revient aux filles. Si le père et la femme du défunt ne vivent plus, la part de ces derniers revient à ses enfants. Par contre, si le défunt n’a aucun enfant, leur part ne revient qu’à son père. Ce n’est que si le défunt n’a ni enfant, ni père que ses frères et sœurs peuvent bénéficier de son héritage », détaille l’imam Mamadou Oury Diallo.

Comme de nombreuses autres veuves, dame Adama s’inquiète des biens laissés par son défunt mari. Selon elle, les papiers de sa maison restent toujours gardés par la justice. D’après son avocat, Me Mohamed Abou Camara, une partie du dossier relative au vol et à la destruction de biens est mise en délibéré pour le 16 février prochain au Tribunal de première instance de Dubréka. Mais le litige relatif à un terrain n’est pas encore porté devant le tribunal.

Hawa Bah

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