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Guinée : pourquoi les prix des denrées alimentaires ont-ils augmenté ?

Depuis le début de la crise post-électorale d’octobre dernier, les prix des produits de première nécessité, comme le riz, l’huile d’arachide, le sucre, la farine, l’oignon, la viande…, ont connu des hausses dans les différents marchés de Conakry et de l’intérieur du pays.


Fourchette de prix de quelques denrées alimentaires dans un marché de Conakry (à la date du 18 février)

  • Le sac de riz ‘blanc’ importé de 50 kilogrammes est passé de 240 000 à 290 000 francs guinéens ;
  • Le sac de sucre de 50 kilogrammes est passé de 330 000 à 390 000 francs guinéens ;
  • Le bidon d’huile d’arachide de 20 litres est passé de 250 000 à 300 000 francs guinéens ;
  • Le bidon d’huile de palme de 20 litres est passé de 185 000 à 240 000 francs guinéens ;
  • Le sac de farine de 50 kilogrammes est passé de 225 000 à 270 000 francs guinéens.

Interrogés par Ledjely.com, les commerçants avancent deux raisons pour expliquer la hausse des prix de ces produits. Pour certains, cette flambée est due à la hausse du taux de change (la plupart des produits de consommation étant importés). Mais pour d’autres, c’est la fermeture des frontières avec certains pays voisins, décidée par les autorités guinéennes, qui est à l’origine de cette hausse quasi-généralisée des prix dans les marchés.

Et cette situation n’est pas sans conséquence pour les citoyens dont beaucoup d’entre eux vivent avec un faible revenu. Ce sont les citoyens les plus vulnérables qui payent le lourd tribut de cette hausse. C’est le constat qu’a fait Ledjely.com, ce jeudi, à travers une de ses reporters qui a fait le tour de plusieurs marché de la capitale guinéenne.


Assis sur une chaise en plastique dans son magasin où sont stockés plusieurs sacs de riz, des bidons d’huile et d’autres produits alimentaires, le coran posé sur ses pieds qu’il lisait tranquillement, Ousmane Diallo a sursauté après avoir entendu ma salutation. Me prenant pour une de ses clientes, il ferma le livre saint qu’il lisait et se dirigea vers moi avec ces termes : « Oui, madame ! Que voulez-vous, du riz ou de l’huile ? » Avec un petit sourire aux lèvres, je lui ai répondu que je suis journaliste et je lui ai dit les raisons de ma visite chez lui. Il se prêtât à mes questions sans réticence, comme l’ont fait plusieurs autres commerçants auxquels je me suis approchée.

Ousmane Diallo m’a confirmé effectivement qu’il y a augmentation des prix dans les marchés. Il est de ceux disent que l’augmentation du taux d’échange est la cause principale de la flambée des prix dans les marchés. « Le taux de change avait toujours évolué en dents de scie. Mais depuis le lendemain de l’élection présidentielle d’octobre dernier, la devise ne fait qu’augmenter. Avant 100 dollars étaient entre 800 000 et 900 000 francs guinéens au maximum. Et 100€ étaient entre 900 000 et 1 million de francs guinéens. Maintenant les 100 dollars vont jusqu’à 1 million de franc et quelques et les 100€ vont au-delà de 1 200 000 francs. Donc, avec cette inflation, les prix ne feront qu’augmenter. Parce que nous n’allons pas revendre nos produits sans aucun bénéfice quand même », m’a-t-il expliqué.

Mais pour Abdoulaye Sidibé, la flambée des prix des denrées de première nécessité n’a qu’une seule cause : « la fermeture des frontières ! » Arrêté sous le soleil, les mains posées sur ses hanches, ce commerçant-importateur de produits alimentaires supervisait ses travailleurs qui déchargeaient un conteneur plein de marchandises. Un mouchoir bleu à la main avec lequel il nettoyait de temps en temps la sueur sur son front. Après plusieurs insistance de ma part, il a fini par accepter de répondre à mes questions. Lui aussi confirme l’augmentation des prix, tout en mettant l’accent sur la fermeture des frontières pour la justifier. « On importait beaucoup de marchandises du Sénégal par la voie terrestre, m’a-t-il confié.  Mais depuis la fermeture des frontières, on est obligé d’embarquer nos marchandises dans un bateau. Arrivée au port, on ne débarque pas la marchandise comme ça. Il faut payer le dédouanement et d’autres frais portuaires. Une fois débarqué, il faut négocier des camions pour transporter la marchandise jusqu’à Madina. Il faut aussi payer des gens pour décharger le conteneur et son contenu et le stocker dans nos magasins. La  procédure est longue et est beaucoup plus coûteuse que la voix terrestre. Avec toutes ces dépenses, c’est inévitable que les prix grimpent pour tous les Guinéens ; parce qu’il faut qu’on ait un peu de bénéficie ».

Tout acte a ses conséquences ! Le panier de la ménagère est durement impacté par cette flambée des prix dans les marchés. Les femmes, qui s’occupent de la préparation de la cuisson dans les familles, s’en plaignent. Il suffit de faire un tour dans un des marchés de la ville pour se rendre compte de la difficile réalité.

Interpellée à la rentrée du marché de Sonfonia-Gare, dans la banlieue de Conakry, un panier à la main, Aissatou Baldé dit être sidérée par la hausse des prix dans les marchés. Agée d’une trentaine d’années et mère de 3 enfants, la jeune dame invite les autorités et les commerçants à penser aux Guinéens qui ont un pouvoir d’achat limité, en revoyant à la baisse les prix des denrées alimentaires. « Tout est cher actuellement ! Et les prix augmentent chaque jour. Un kilo de riz importé qu’on pouvait acheter à 5 000 francs guinéens est vendu actuellement à 6 500, un pot d’huile d’arachide à 4 500 francs, un kilogramme de sucre est à 9 000 alors qu’il était à 7 500 il y a quelques mois. A cela s’ajoute le prix pain qui a aussi augmenté », m’a expliqué la mère de famille avec une grossesse bien poussée.

D’autres femmes rencontrées dans ce marché partagent le cri de cœur lancé par la dame. Elles demandent à l’État de penser à la réouverture des frontières pour favoriser la baisse des prix des produits de première nécessité. Maimouna Sylla est vendeuse de piments et mère famille. Elle vit avec un mari au chômage depuis cinq ans. « Comment nourrir ma famille avec cette cherté de la vie ? », se demande-t-elle, le regard vide. Assise sur un tabouret derrière la table sur laquelle elle a étalé ses piments, Maimouna m’explique que c’est quand elle revend ses piments qu’elle arrive à nourrir sa famille de « plusieurs membres », sans pour autant me dire leur nombre exact. « Des fois, je peux avoir 50 000 à 60 0000 francs de bénéficie par jour. C’est avec cet argent que j’achète des condiments pour le repas de la journée. Il arrive des moments où je n’écoule pas toute ma marchandise. Quand c’est le cas, c’est du riz accompagné de l’huile simple que nous mangeons. Tout est cher. Aujourd’hui, si tu veux manger une bonne sauce il te faut au minimum 60 000 francs. Ce qui n’est pas à la bourse de tout le monde, comme moi », m’a-t-elle confié.

Mariama Ciré Diallo

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